[mise à jour, 20 décembre 2012, 10h45] Ajout d’un courrier de la mairie et du vœu adopté en conseil d’arrondissement

Après la diffusion de la vidéo montrant des manifestant-e-s anti-avortement aux propos homophobes devant l’hôpital Tenon dans le XXe arrondissement de Paris, Yagg a contacté la préfecture de police pour en savoir plus sur l’implication des forces de l’ordre dans ce rassemblement. Sur les images, on peut voir des agents de la police s’en prendre à des citoyen-ne-s qui s’étonnent de l’atteinte portée à la laïcité dans l’espace public.

PAS DE TROUBLE À L’ORDRE PUBLIC
Pour la préfecture de police, les citoyen-ne-s qui ont été violenté-e-s peuvent porter plainte et saisir l’Inspection générale des services pour qu’une enquête soit menée en interne sur les agents à l’origine de ces violences. «Il faut regarder le contexte général», tempère la préfecture qui ne veut ni excuser les agents ni les condamner.

Mais si les policiers ne sont pas intervenus contre les manifestant-e-s homophobes anti-avortement, c’est parce que la préfecture n’agit qu’en fonction du critère du trouble à l’ordre public. En 2011, ces manifestant-e-s ont vu leurs démonstrations interdites car ils «empêchaient le bon fonctionnement du centre hospitalier». Depuis, on leur «accorde un périmètre», reconnaît la préfecture, qui leur permet de manifester tant qu’ils n’interrompent pas les activités de l’hôpital Tenon. Et avant chaque rassemblement, l’association SOS tout-petits sollicite une autorisation de la préfecture.

LIBERTÉ D’EXPRESSION
Quant au fait qu’il y ait des prières en pleine rue, la préfecture n’émet pas d’avis: «Ils expriment une opinion religieuse, c’est dans le cadre de leur liberté d’expression». «Qu’ils prient ou qu’ils chantent du Mireille Mathieu, nous ne sommes pas juges sur le fond», insiste la préfecture. Alors pourquoi intervient-on contre les prières de rue pratiquées par des musulmans et pas contre celles-ci? «Les prières de rue que l’on a connues dans le XVIIIe arrondissement avaient un caractère fréquent et troublaient l’ordre public parce qu’il était impossible de faire passer les secours», répond la préfecture.

Dans un communiqué, la mairie du XXe déplore «qu’au nom du principe de la liberté d’expression», la préfecture continue d’autoriser ces manifestations anti-avortement. «Les habitants du XXe arrondissement ne supportent plus cette situation qui dure depuis trop longtemps et me font part de leur indignation et de leur désir de retrouver un quartier Gambetta apaisé», écrit la maire Frédérique Calandra. En dépit d’un vœu du conseil d’arrondissement et de multiples courriers adressés à la préfecture par l’élue (lisez le deuxième courrier de relance envoyé au préfet de police), la police a continué à autorisé les manifestations devant l’hôpital Tenon.

«Dans notre République laïque, quelle que soit la religion, les appels à la prière dans la rue sont illégaux, rappelle Frédérique Calandra. J’ajoute que certains propos entendus dans la vidéo relèvent de l’homophobie, également condamnable par la loi.» Sur ce point, la préfecture acquiesce: «Les associations peuvent porter plainte», reconnaît-elle. Les forces de l’ordre n’auraient-elles pas pu agir directement en constatant le flagrant délit? «Leur mission était la sécurisation et la cohabitation pacifique, répond la préfecture. Nous n’avons pas de commentaires à faire sur les dérapages verbaux.»


Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur SOS tout petit devant l’hopital Tenon

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