Suite aux déclarations de Marisol Touraine sur le don du sang, Victor Silberfeld (le frère de Judith, de Yagg) a spontanément envoyé une lettre à la ministre de la Santé, au Président de la République et au président de l’Établissement français du sang. Nous la reproduisons ici:

«DON DU SANG: POURQUOI JE FAIS GRÈVE», PAR VICTOR SILBERFELD
Monsieur le Président de la République,
Madame la Ministre de la Santé,
Monsieur le Président de l’Établissement français du sang,

Je suis donneur de sang depuis 1992. J’avais 19 ans. En vingt ans, j’ai dû donner plus de 20 litres de mon sang. Mon sang appartient au groupe B-, ce qui en fait un produit rare et recherché.

Ce geste de solidarité, de générosité, vous le refusez aux hommes qui admettent avoir eu, une fois dans leur vie, fût-ce avec toutes les précautions possibles, une relation sexuelle avec un autre homme. Cette discrimination a pu paraître légitime à une époque où la connaissance scientifique sur les infections sexuellement transmissibles n’avait pas atteint le niveau qu’elle a aujourd’hui. Heureusement, la recherche progresse, et il n’y a désormais plus aucun sens à exclure du don du sang les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes (HSH). Pourtant, vendredi dernier, Madame Marisol Touraine, ministre de la Santé, a déclaré que, contrairement à ce qu’elle avait annoncé dans le passé, elle ne modifierait pas cette règle.

C’est pourquoi je vis comme une injustice cette discrimination qui persiste. Solidaire, je le suis des malades qui ont besoin de mon sang. Je le suis également avec les hommes injustement discriminés par une règle que vous êtes seuls à pouvoir changer.

C’est pourquoi j’ai décidé de vous mettre devant vos responsabilités.

Je vais donner mon sang d’ici la fin de cette année. Ce don de sang sera le dernier que je ferai avant que les HSH soient autorisés à donner le leur.

J’espère que d’autres s’exprimeront dans le même sens. J’espère que pendant quelques semaines, l’état des stocks vous fera comprendre l’idiotie de votre attitude. J’espère surtout que vous réagirez vite, et ferez le geste qui sauve: me convaincre de retourner donner mon sang. J’espère ne pas être le complice de votre couardise et mettre en danger la vie de malades qui ont besoin de sang.

Je déclare donc la grève du sang et fais miens ces propos de Boris Vian: «Sil faut donner son sang, allez donner le vôtre, vous êtes bon apôtre, Monsieur le Président».

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, Madame la Ministre de la santé, Monsieur le Président de l’Établissement français du sang, l’expression de mes salutations les plus respectueuses.

Victor Silberfeld

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