Mais qu’est-ce qui fait une telle opposition au «Mariage pour tous» et à l’adoption?

Ce dimanche, un millier de Réunionnais, bien encadrés spirituellement dans une manifestation laïque, nous ont prouvé que sur notre île on peut s’unir pour «une noble cause», celle de protéger la famille.
La protéger de quoi?
Et bien de cette horde sanguinaire prête à «égorger nos fils et nos compagnes», qu’on nomme pudiquement les homosexuels.
Poussettes en avant, comme des baïonnettes, vêtus de blancs comme si une tragédie version affaire Dutroux avait eu lieu, ils ont parcouru l’aimable capitale, affublés de slogans, divers et épars.
Comme quoi, faire le lien entre homosexualité et pédophilie est un sous-entendu constant (à chaque interview de certains notables locaux, ceux-ci ne peuvent s’empêcher de parler de pédophilie ou de ménage à trois quand ils parlent de mariage pour tous). Mais je vous rassure, le lien n’est jamais direct.

TOLÉRANTS MAIS PAS TROP
Mais que sont-ils vraiment ces homosexuels?
Et que veulent-ils vraiment?
Pourquoi attirent-ils autant l’attention sur eux?

Il est sûr que la confrérie, pardon, le collectif «mariage un homme-une femme» n’en a que faire des requêtes de ces «dégénérés», «contre nature», et «pervers», de ces «duos» (comme ils disent) en doléance et de leurs particularités.

«On est tolérant, mais faut pas exagérer» comme titrait un article de presse au lendemain de l’événement. Après tout, il n’y a pas à légiférer pour des minorités. La France a autre chose à faire en ces temps agités. Après tout, la Réunion, c’est un peu comme l’Iran: des homosexuels, il n’y en a pas ou prou, il suffit de voir le nombre de plaintes pour homophobie déposée dans notre région.
Et pourtant, quand je lis certaine personne ayant soutenu cette manifestation et qui m’a pour autant écrit la veille en ces termes: «Il y a eu ce jeune adolescent qui était traumatisé par le rejet de ses parents, cet autre jeune homme qui subissait des violences de la part de son compagnon,  à qui j’ai fait conseiller de porter plainte, et qui à ma grande colère, s’est fait ridiculiser par l’officier de police en se moquant de lui avec ses collègues, en sa présence, ce qui fait qu’il est reparti sans porter plainte», j’ai comme un doute…
Non je vous rassure, il n’y pas de problème avec l’homosexualité ici comme en métropole.

Après tout, ce vice nous vient d’ailleurs, nous à la Réunion, une famille c’est un homme et une femme mariés!
Pourtant quand on jette un œil sur le nombre de mariages localement, on se marie moins à la Réunion qu’en métropole statistiquement.
Mais bon, pour une bonne cause, on est prêt à affréter des bus, à faire des conférences de presse dans les hôtels.
Heureusement que ces homosexuels n’ont pas ces moyens-là pour préparer leurs manifestations, sinon ils seraient peut-être bien plus nombreux que nous ne le pensons.

NI SUBVENTION, NI AIDE
Il faut dire que les associations qui luttent contre l’homophobie ne coûtent rien, ici, à la collectivité, elles ne subissent aucune subvention, ni aide, ni soutien de la part des institutions locales ou de leurs représentants. Et ce n’est pas faute de les avoir rencontrés.
Après tout, n’ont-ils pas déjà des droits, et pourquoi rajouter «un foutoir législatif» au foutoir ambiant?
À quand des bus affrétés pour sauver les crèches qui semblent mal en point quant à leurs subventions.
Crèches, familles, est-ce que ces deux mots auraient un rapport?
Mais là, je vous rassure; pas de bus, pas de conférence de presse dans des hôtels et pas de manifestation pour défendre une chose bien nécessaire aux familles, et les emplois qui vont avec.

Non, pas besoin.

Mais au fait, pourquoi ces «homosexuels»  veulent-ils se marier?
Parce qu’ils sont bien souvent déjà en couple et que les pacs, décernés dans un grand esprit de tolérance dans les tribunaux, ne les couvrent pas sur certains sujets comme la filiation, l’adoption, l’héritage.
Se moquer de l’homoparentalité en ce qui concerne la filiation n’est pas très charitable vis-à-vis des enfants eux-mêmes, et guère sécurisant pour ces familles qui en assurent et en assument l’éducation. Si l’un décède, et qu’il est le détenteur des droits, l’autre n’a aucune chance de se voir confier la garde de l’enfant, même si il l’a élevé pendant des années. La sécurité de l’enfant est, dans ce cas, bien mise à mal.
Non, l’enfant n’est pas un droit, ou disons les enfants de familles homoparentales n’ont pas à avoir de droits, ils n’existent pas.

Sujet tout aussi intéressant, si deux personnes d’un même sexe ont passé leur vie ensemble, et que l’une des deux vient à s’en aller pour rejoindre notre Seigneur, et bien je vous avoue que la pension de réversion part avec. Ce qui, je vous l’avoue là aussi, n’est pas le cas avec le mariage. Mais bon, les homosexuel-le-s ne sont que des jeunes en mal d’amusements libidineux (voir Les Invisibles, film présenté au festival de Cannes sur le sujet).

Un mot sur l’adoption, à tous nos marcheurs du dimanche.
Si vous aviez des enfants d’une famille homoparentale devant vous, leur diriez-vous «ce ne sont pas vos parents»?
Auriez-vous le courage de leur dire à ces homoparents, «vous n’êtes pas des parents»?
La théorique d’une marche, la rhétorique sur le sujet n’est pas la réalité, et si vous désiriez leur tenir ces propos, je me ferais un plaisir de vous en présenter. Je vous rassure, ces enfants d’homoparents connaissent la vérité sur leurs origines, ce qui ne les empêche pas d’aimer et d’être aimés par leurs homoparents dans la parentalité au quotidien, si ce n’est dans la parenté biologique d’un des deux…
Bon nombre d’entre eux ont été adoptés par des parents célibataires, ayant mis de côté leur couple homosexuel, leur conjoint, le temps des démarches. Alors, pourquoi ne pas faire une loi pour encadrer tout cela ou alors interdire l’adoption aux célibataires dont l’homosexualité est supposée? (De quoi ravir les associations de lutte contre les discriminations)
Concernant ces enfants adoptés, je vous rassure, ceux-ci savent que les filles ne naissent pas dans les roses et les garçons dans les choux.

Je vous rassure, dans l’esprit du «bien vivre ensemble» réunionnais je ne suis pas sûr que les quelque 8%  à 10% d’homosexuels se sentent à leur place ici, encore moins pour les natifs logés dans le «fénoir».
Je vous rassure, lorsque cette loi passera, ce ne seront «que» les jeunes homosexuels créoles qui seront exclus dans le refus de principes égalitaires, tels que le droit à fonder quelque chose comme une famille, ou encore le droit à léguer quelque chose, des biens comme des valeurs.
Le droit à un avenir, plus qu’à un présent. Le droit d’exister et d’être reconnu.

SEULEMENT TROIS MAIRES FAVORABLES À L’ÉGALITÉ DES DROITS
Ce qui me gêne en cet instant, dans toute cette agitation, c’est que ce sont les Réunionnais de souche qui seront victimes de cette opposition sans débat réel, imbibée d’homophobie passive. Trois maires seulement se sont déclarés clairement en faveur du mariage pour tous.
Les Réunionnais venus de métropole, pour ne pas dire les métropolitains, pourront toujours aller convoler, à l’endroit qui les a vus naître sans craindre l’opprobre, ou la moukate d’employé de l’état civil dont l’homophobie passive aura été justifiée par les états de conscience ou d’âme des premiers magistrats de leur commune.

Je vous rassure, nous savons que nous sommes issus d’un père et d’une mère, avec qui pour certains, cela s’est bien passé, et pour d’autres, beaucoup moins bien du fait de leur «orientation sexuelle».
Je vous rassure, les jeunes que je rencontre en tant que délégué du Refuge à la Réunion, victimes d’homophobie, sont victimes de l’homophobie d’un papa, et d’une maman.
Certains en meurent, d’autres préfèrent rejoindre la métropole, mais en tous cas tous s’en vont vers le ciel.
C’est bien là que je souhaite, dans mon athéisme laïc, que ce soit vous, les marcheurs du dimanche qui ayez raison, et qu’au ciel il y ait un Dieu pour les recevoir.
Un Dieu moins sectaire, un Dieu plus humain, un Dieu qui n’a que faire du sexe des anges.

Stéphane Ducamp, délégué régional du Refuge
Les intertitres sont de la rédaction.