Christophe Martet

Elle a déjà 16 ans, mais elle m’est revenue en mémoire. Je veux parler de la pub pour Orangina Rouge: «Mais pourquoi est-il aussi méchant?». C’est cette même question que je me suis posé en relisant les propos des antimariages depuis plusieurs mois (qui a dit que j’étais maso?).

 

DE POLONY À BARBARIN, LA COURSE À LA PHRASE LA PLUS BÊTE ET MÉCHANTE
Cela avait commencé plutôt mollement en septembre avec une Natacha Polony qui sur le plateau de On n’est pas couché (dont l’animateur faut-il le rappeler est gay) s’était écrié: «Le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme, il se trouve que la Nature fait que c’est comme ça». Dans la même période, l’Église testait ses premières diatribes, avec Mgr Barbarin jouant les Cassandre: «Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera.»

Si les attaques restaient le fait de quelques réacs encartés, dont certain-e-s sont payé-e-s (y compris par le service public) pour dire des âneries, on aurait pu laisser passer. Mais à partir du mois d’octobre, voyant le gouvernement reculer sur la PMA et retarder le passage du projet de loi devant le Conseil des ministres, les opposants, relayés par certains médias –alors que les pro semblaient aux abonnés absents–, s’en sont donnés à cœur joie. Une montée vers la phrase la plus bête et méchante de l’homophobie.
La palme revient au député UMP de l’Aube Nicolas Dhuicq, qui explique calmement à la tribune de l’Assemblée nationale, que les enfants d’homos sont des terroristes en puissance. Le maire du VIIIe arrondissement de Paris, lui, a publié un billet dans le journal local, pour expliquer les menaces qui pèsent sur la France avec le projet de loi: «pédophilie, inceste, polygamie». Rien que ça.

Ces propos délirants qui annoncent la fin du monde, dignes de croyances moyenâgeuses sont ensuite relayés par les représentants des religions (toutes confondues, elles s’opposent au projet), des politiques, des psychiatres.

Une fois disqualifiées toutes ces oppositions qui ne sont rien d’autre que de l’homophobie (alors que beaucoup s’en défendent), reste cette interrogation: qu’est-ce qu’on a bien pu leur faire pour qu’ils soient si méchants? J’ai eu beau chercher, il ne peut y avoir de réponse sensée, raisonnable. Leurs propos sont tellement hors de la vie réelle, que pour expliquer cette haine des homos, je vais plutôt poser quelques questions, que vous trouverez peut-être abracadabrantesques. Mais pas plus que celles des anti.

Commençons par les croisés de longue date comme Christian Vanneste ou Hervé Mariton. Examinons le douloureux problème des hétéros-folles méchantes (oui parce qu’il y a des hétéros-folles gentilles mais c’est une autre histoire). Leur gestuelle et leur diction «maniérées», comme aurait dit ma grand mère, ont-elles pu tromper leurs camarades de classe ou de régiment au point de leur valoir quolibets et insultes homophobes? D’où aujourd’hui leur stratégie de retournement de l’insulte?

Autre hypothèse: ces hommes et ces femmes opposé-e-s à l’égalité des droits auraient-ils eu une première mauvaise expérience avec un gay/une lesbienne, genre elle dansait sur du punkrock et lui avait mauvaise haleine?
Un cas de figure particulier mais qui pourrait expliquer bien des choses. Les homophobes ont-ils eu des parents (oui les homophobes aussi ont eu des parents) qui étaient un peu borderline et leur montrait avant la puberté les films de… John Waters. Et en particulier cette scène culte, dans laquelle Edith Massey, engoncée dans un costume en cuir dix tailles trop petit, confie à son neveu qu’elle aurait vraiment préféré qu’il soit pédé («I’d be so happy if you’d turn nelly»).

Un peu plus tard dans le film, Edith Massey finira dans une cage à oiseau géante, une main en moins, pour avoir aspergé d’acide Divine. Oui c’est vrai, cela peut définitivement choquer les âmes sensibles.
Une pause pour évoquer le cas du gay-plus-gay-sans-mariage. Il faudrait expliquer à Xavier Bongibault que plus personne ne se teint les cheveux en couleur blé-soleil-jaunasse (sauf peut-être Frigide Barjot, ceci expliquant peut-être cela).

Mais revenons à nos ouailles engluées dans l’homophobie.  Soyons justes. J’ai croisé dans ma vie des gays misogynes et des lesbiennes séparatistes. Certain-e-s pouvaient même aller jusqu’à être hétérophobes, lâchons le mot. Mais je ne les ai jamais entendu-e-s déverser une telle haine de l’autre.

Dernière question. Ces parangons de vertu seraient-ils marié-e-s à des gays et des lesbiennes tellement enfermé-e-s dans leur placard qu’ils en auraient développé une haine d’eux-mêmes si profonde que cela donnerait une «mauvaise image de l’homosexualité»? Et l’on pourrait continuer ainsi.

Dernière note, un peu plus sérieuse celle-là. Les masques sont franchement tombés depuis hier quand Frigide Barjot a expliqué face à la caméra de Yagg que l’UMP et surtout Civitas étaient les bienvenus à la manifestation du 13 janvier (ne vous trompez pas de date, la seule manif c’est celle du16 décembre). Il n’y a pas dans ce concert d’opposants les homophobes et ceux qui ne le seraient pas du tout ou juste un peu.

Celles et ceux qui se prononcent aujourd’hui contre le mariage et l’adoption pour les couples homos font le jeu des pires extrémistes, ceux qui détruisent des œuvres d’art et frappent des femmes dans la rue. Mais alors pourquoi sont-ils si méchants? Peut-être parce qu’ils n’ont peut-être rien de mieux à faire de leur vie.

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