On ne peut pas dire que ce soit une grande surprise: invité ce matin de France Inter, Gérard Collomb a confirmé ce que l’on savait déjà: il existe des parlementaires socialistes opposé-e-s au projet de loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Le maire socialiste de Lyon a donné l’exemple de Bernadette Laclais, députée de Savoie et maire de Chambéry, auteure d’une tribune dans Le Monde. Il cite ensuite Louis Besson (qui n’est plus parlementaire) et Bernard Poignant (qui ne l’a jamais été).

Lui-même ne sait pas encore s’il votera le texte au Sénat. «Sans doute», dit-il: «Je veux regarder dans le détail la façon dont le texte évoluera. Il y a un texte qui est présenté aujourd’hui, on ne sait pas effectivement ce qu’il sera demain à l’Assemblée nationale». En clair, si le texte permet aux couples lesbiens d’accéder à la procréation médicalement assistée (PMA), il s’y opposera.

LA PEUR DE LA «MARCHANDISATION DES CORPS»
Car sa grande crainte, c’est que l’ouverture du mariage aux couples homosexuels mène à la «marchandisation des corps». «On va permettre effectivement le mariage. Demain on voit bien qu’il y a des gens qui disent qu’il faut permettre l’adoption. Demain vous direz sur la procréation assistée. Et demain vous allez avoir, vous avez un risque de marchandisation des corps. Parce que des gens qui ont des moyens financiers élevés vont demander à des femmes qu’ils paieront de pouvoir porter un enfant pour eux. Et ça je pense que c’est une évolution de la société. Nous qui sommes socialistes, qui sommes contre effectivement un libéralisme effréné, faire que ce libéralisme aille jusqu’à la disposition des corps, comme cela se fait dans un certain nombre de pays… Vous allez sur des sites internet, vous pouvez effectivement acheter un certain nombre de femmes qui porteront votre enfant.»

Les journalistes Patrick Cohen et Thomas Legrand ont eu beau tenter de lui démontrer que les questions n’étaient pas liées (la gestation pour autrui existe dans des pays où les couples homos ne peuvent pas se marier, notamment), Gérard Collomb n’en démord pas: «Le problème de l’homoparentalité va faire effectivement qu’il y aura derrière, sur ces thématiques, de plus en plus de gens qui effectivement voudront, vivant en couple homosexuel, avoir des enfants, et vous aurez un phénomène d’accélération de ce type de commerce, qui aujourd’hui est totalement marginal mais qui demain va devenir plus important».

Mais que l’on se rassure, sur le mariage lui-même, il a «progressé»: «J’étais contre il y a quelques années, et en discutant avec un certain nombre d’amis, je me suis dit bon d’accord, je vois les arguments qu’ils peuvent donner». Au point d’en célébrer? Le maire de Lyon botte en touche: «Ça, c’est une question qui un jour est venu d’une interview sur Europe 1. Ce que j’expliquais c’est que le maire de Lyon ne marie pas qui que ce soit, les mariages se font dans les mairies d’arrondissements et c’est les maires et les adjoints d’arrondissements qui procèdent aux mariages». «Il arrive que des maires même de grandes villes procèdent à des mariages eux-mêmes», remarque Patrick Cohen. «Bien sûr, bien sûr. Mais ce n’est pas sur cette question et sur cette réserve que je m’exprimais alors.»

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