On connaît Arthur Vauthier, le jeune réalisateur des Dieux préfèrent les hommes, plutôt en tant que co-organisateur des kiss-in contre l’homophobie. Et puis un jour, il nous envoie un lien vers son court métrage et l’on tombe sous le charme.

JALOUSIE
Dans la mythologie grecque, Hyacinthe est un jeune prince spartiate d’une grande beauté, aimé à la fois d’Apollon et de Zéphyr. Arthur Vauthier en propose une lecture contemporaine, un huis clos entre hommes où il est question de jalousie, de relation fusionnelle et de désir de posséder l’autre.

Photo magnifique, belle direction d’acteurs, Les Dieux préfèrent les hommes surprend par sa maîtrise et sa profondeur sur un sujet casse-gueule, et évite les clichés inhérents aux références antiques. À coup sûr, un réalisateur à suivre. On en a profité pour lui poser quelques questions (après la vidéo ci-dessous).


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Les Dieux préfèrent les hommes

Comment est né ce court métrage? Dans quel cadre? Arthur Vauthier: C’était à l’origine un court métrage étudiant pour mon master de réalisation à Paris VIII, mais je l’ai pris d’emblée comme un véritable premier projet, plus que comme un simple exercice universitaire.

Pourquoi avoir choisi de revisiter le mythe grec de Hyacinthe? Qu’évoque-t-il pour toi? Je ne voulais pas d’un mythe qui ait été trop investi par la littérature, la psychanalyse, ou le cinéma, comme peuvent l’être ceux de Narcisse ou d’Œdipe. Il me fallait un mythe encore méconnu, sur lequel je pouvais poser un regard neuf et me dire: qu’est-ce que cette vieille histoire me raconte, en filigrane, à moi le lecteur du 21e siècle?

Il y a en nous des désirs vains qui me fascinent: le désir de posséder l’être aimé, le désir de rester jeune et vivant; nous avons beau savoir qu’ils sont inaccessibles, ils mobilisent notre intelligence et nous obsèdent.

La jalousie, les relations fusionnelles, le désir de posséder l’autre… Ce sont des thèmes qui reviennent souvent chez les gays? Il ne s’agit pas de thèmes propres à l’homosexualité. J’espère que tous ceux qui regarderont ce court métrage y reconnaîtront leurs propres fêlures et se diront: que l’on soit un homme ou une femme, et que l’on aime une femme ou un homme, ce sont les mêmes angoisses qui reviennent, les mêmes désirs.

Le noir et blanc de Jean-Baptiste Lamontre, le directeur de la photo, est magnifique. Quelles ont été ses sources d’inspiration? Jean-Baptiste et moi avons beaucoup travaillé en amont en nous inspirant du travail de Sven Nykvist, le chef opérateur d’Ingmar Bergman, et notamment de son travail dans Persona. Un film à voir absolument, qui m’inspire beaucoup.

Le court métrage terminé, on a envie de voir la suite! C’est pour quand? Un roman sur le feu, une attirance grandissante pour le documentaire, pour les collaborations avec d’autres cinéastes en herbe (ou expérimentés)… la suite s’annonce prolifique!