L’histoire est-elle condamnée à se répéter, se demandent les 100 députés socialistes qui s’engagent pour l’égalité des droits dans une tribune publique publiée ce mardi 27 novembre sur le site de Mediapart.

Et si ces députés par cette question entendent mettre en accusation la droite, force est de nous rappeler que l’adoption du pacs ne se fit pas sans une certaine obstruction à gauche.

Les propos de François Hollande sur la liberté de conscience des maires n’ont pas été sans raviver de douloureux souvenirs.

Le Président, se plaçant dans les pas de Lionel Jospin, n’allait-il pas renouveler avec le mariage le tour de force réussi en 1999 par le gouvernement socialiste de faire adopter le pacs tout en semant colère et défiance chez nombre d’homosexuels?

TRAHISON
Pour beaucoup, la sortie du chef de l’État (suffisamment commentée par ailleurs pour que je ne revienne pas sur l’aberration d’entendre un Président de la République encourager benoîtement des élus à se décharger de l’application de la loi) a résonné comme une trahison.

Tout à sa volonté d’apparaître comme le défenseur du consensus, François Hollande a non seulement montré qu’il n’avait pas rompu avec l’homophobie sans laquelle on ne peut placer à équivalence de légitimité le droit à trier ses concitoyens en fonction de leur orientation sexuelle et l’exigence d’égalité, mais il a également montré qu’il n’avait toujours pas compris que la question de l’ouverture du mariage est avant tout une question éthique.

Si François Hollande pense que l’égalité peut se vendre à la découpe, morceau par morceau, et croit qu’il peut traiter les gays comme un lobby auquel il suffirait d’octroyer quelques concessions pour les faire entrer dans un jeu d’équilibriste politique, il se trompe lourdement.

UN MOUVEMENT D’ÉMANCIPATION
Le mouvement gay n’est pas et n’a jamais été un lobby. C’est un mouvement d’émancipation. Ses associations ne se sont jamais battues pour des mesures particulières mais au contraire ont toujours défendu une vision solidaire de la société et l’universalité des droits.

Et c’est ainsi qu’elles ont remporté leurs batailles. Peut-être serait-il temps de reconnaître que tous bénéficient de leurs combats pour une meilleure prise en charge des malades, pour une revalorisation de l’AAH, pour le développement des soins palliatifs et de la prise en compte de la douleur, de la charte du patient hospitalisé, etc.? Qui a la malchance de fréquenter les hôpitaux le constatera aisément. De même, le pacs ne profite-t-il pas autant (voire plus?) aux hétéros qu’aux homos?

Est-ce ce qu’ont enfin compris ces parlementaires socialistes, que les gays ne demandent aucun traitement de faveur mais simplement les mêmes droits que tout un chacun, libres à eux ensuite d’en faire usage ou non? Que leurs couples, leurs familles et leurs enfants bénéficient des mêmes protections et considération que les autres.

RAPPORT DE FORCE
Bien que tentée de ne pas bouder le plaisir du jour, tant les dernières semaines furent difficiles, cette tribune, de par son aspect tardif, n’élimine pas toutes les interrogations.

Fait-elle partie de l’opération déminage rendue nécessaire par les propos de François Hollande?

Traduit-elle un rapport de force au sein du PS? Et dans ce cas devons-nous nous réjouir du verre à moitié plein et de la mobilisation d’une centaine de parlementaires ou nous rappeler que le groupe socialiste ne compte pas moins de 296 inscrits à l’Assemblée nationale et 127 au Sénat?

Seront-ils assez déterminés pour ne pas reculer face à un François Hollande déjà tenté de renvoyer nos mariages dans les placards des mairies, de ne pas capituler si (ou quand?) le gouvernement multiplie les lâchetés? Sauront-ils défendre, plus que le mariage, plus que les droits de nos familles, une certaine idée de la république?

Ou devrons-nous ranger cette tribune sur les rayons encombrés des promesses qui s’évanouissent et dont nous devrions nous contenter au prétexte que la droite n’en ferait pas tant?

Puissent ces députés se montrer à la hauteur de leurs engagements. Une seule chose est certaine, plus que jamais la mobilisation s’impose.

Gwen Fauchois, journaliste de 1997 à 2001, responsable de la communication d’Act Up-Paris de 1994 à 1997
Les intertitres sont de la rédaction.

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