Un coming-out d’homoparent à Matignon, en plein débat sur l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, ça n’arrive pas tous les jours. Et même si ce n’est pas celui du Premier ministre, ça a son importance.

Jean-Marc Ayrault avait déjà un directeur de cabinet ouvertement homo en la personne de Christophe Chantepy, il a désormais un chef de cabinet hors du placard, puisque Jean-Pierre Guérin (photo, 2e en partant de la gauche) a fait son coming-out vendredi dernier, lors d’un débat au conseil général de Seine-et-Marne sur l’élargissement du congé parental accordé aux agents départementaux aux couples gays et lesbiens (lire Le chef de cabinet du Premier ministre fait son coming-out). Adopté, cet élargissement fait suite à l’annonce, début octobre, de l’octroi, par le conseil général, d’un congé parental à la compagne d’une mère lesbienne.

Ce week-end, sur son blog, l’élu PS est revenu sur cette sortie du placard inattendue.

«Jamais je n’aurais pensé devoir évoquer en séance publique ma vie privée, écrit-il. Pourtant le comportement de certains m’y a poussé. Je n’en tire ni gloire ni honte, seulement le sentiment d’être fidèle à ce que je suis et à mes convictions.»

Il publie aussi le texte de la déclaration qu’il a faite lors de la séance du 23 novembre:

«C’est probablement la première fois que j’interviens dans une enceinte politique pour évoquer ma vie privée. J’ai toujours pensé que la préservation de l’intimité de chacun n’avait rien à faire dans le débat public.

«Je n’ai jamais rien revendiqué pour moi-même.

«Pourtant, ce débat aujourd’hui et la pusillanimité de mes amis de l’UMP démontre que le combat pour l’égalité est un combat de tous les instants. Il montre que, malheureusement, ai-je envie de dire, le combat contre toutes les discriminations est loin d’être terminé.

«Tout comme je suis las de voir dans ma propre commune certains utilisant ma vie privée, faisant circuler l’information sous le manteau, voire en la déformant et en la dévoyant.

«Je vis avec mon compagnon depuis 15 ans déjà et j’ai un enfant qui a un peu plus de cinq ans. Nous formons une famille. Ce n’est pour moi ni un sujet de fierté ni un sujet de honte. C’est un fait!

«Nous formons une famille avec les mêmes soucis et les mêmes joies que toutes les autres familles: l’inquiétude quand mon fils a de la fièvre, le sourire face à sa curiosité, la volonté qu’il réussisse à l’école, l’envie de lui transmettre des valeurs…

«Ce choix d’avoir un enfant, je vous l’accorde, n’était pas évident. Mais plus que d’autres peut-être, nous en avons pesé les conséquences, non pas tant pour nous, mais pour lui.

«Oui, je le dis simplement: nous formons une famille. À l’image de tant de familles recomposées dans notre pays.

«J’ignore si demain j’épouserai mon compagnon. Je ne revendique rien pour moi-même. Mais dans ce domaine comme dans tant d’autres, je revendique le droit à l’égalité.

«Aujourd’hui, le projet qui nous est présenté par le Président du conseil général va dans le même sens. Pourquoi celles et ceux qui participent à l’éducation de leur enfant auraient-ils moins de droits parce qu’ils ont une orientation sexuelle différente?

«Car derrière ce débat, c’est bien un sujet plus large que nous portons: celui du refus de toutes les discriminations!

«Notre République a le devoir de protéger tous ses citoyens, pas d’opposer les uns aux autres.

«Peut-être du fait de mon expérience personnelle, je suis plus sensible que d’autres au combat de celles et de ceux que l’on qualifie rapidement de minorités.

«Mais n’oublions jamais que nous sommes tous potentiellement victimes de discriminations, qu’elles soient liées au genre, à l’origine, à l’âge, au handicap ou à l’orientation sexuelle.

«Mais tous ensemble, nous formons une majorité.»

Ce coming-out en annonce-t-il d’autres? Alors que les opposant-e-s au mariage des couples gays et lesbiens se font toujours plus entendre – même s’ils/elles n’ont rien à dire –, alors qu’une grande manifestation nationale est organisée le 16 décembre pour l’égalité des droits entre les couples, c’est encore et toujours de visibilité que les personnes LGBT ont besoin.

Photo DR (Jean-Pierre Guérin, avec notamment Jean-Marc Ayrault et Olivier Faure, député PS de Seine-et-Marne)

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