Tandis que la question de l’ouverture du mariage aux LGBT doit faire prochainement son entrée au Parlement, ses opposants appellent – à la grande joie des médias – à un débat préalable. Nos opposants ne sont pas homophobes, disent-ils, ils s’offusquent même qu’on puisse les soupçonner d’en être. Ils veulent «un débat». Ils savent ce qui est bon pour l’enfant. Et à les entendre, ce sont eux les victimes. D’ailleurs, auprès des politiques et des journalistes, ça marche! Exactement comme lors du «débat sur l’identité nationale», il s’agit pour nos adversaires de poser des fausses questions pour ébranler l’opinion. Comment stopper cette mascarade?

Je reviens d’un plateau radio où j’ai ainsi eu l’occasion de papoter avec des représentants de l’UMP et d’«une manif pour tous». Invité à «un débat», je leur ai donc posé des questions: «pourquoi vous, hétéro, vous considérez-vous comme supérieur à moi, homo? en quoi serait-il normal que vous ayez des droits que je n’ai pas?». J’ai eu beau répéter les questions, je n’ai jamais eu de réponse.

UNE RECETTE RODÉE LORS DU «DÉBAT SUR L’IDENTITÉ NATIONALE»
La recette a été bien rodée lors de l’immonde «débat sur l’identité nationale». Posez une question d’apparence banale: «qu’est-ce qu’être Français?»; Dressez un plan de comm’ à base de dérapages contrôlés qui stigmatisent les arabes et les musulmanes; Arrosez d’un arbitrage satisfait: «on a bien débattu»; Et rajoutez un nappage de victimisation: si des voix remettent en cause la légitimité du «débat», hurlez à la liberté d’expression.

C’est bien à ce type de «débat» que j’ai assisté. Nos opposants sont bien incapables de justifier qu’on n’ait pas leurs droits ou qu’un enfant «devrait être élevé par un père et une mère». Mais un «débat» leur permet d’asséner leur litanie, en l’occurrence qu’ils n’ont rien contre les homos mais que ceux-ci ne sont pas dignes de se marier et d’élever des enfants. Un «débat» permet de rouvrir encore davantage la boîte de pandore de l’homophobie.

Lassé d’entendre pour la quinzième fois mes interlocuteurs se vanter d’être des défenseurs de la famille, je les ai invités à participer à la journée du 25 novembre contre contre les violences  conjugales. Cent cinquante femmes tuées par leur conjoints chaque année, des milliers de femmes victimes de violences. Et là, le garçon tout penaud en face n’a pas eu à répondre car le journaliste lui même a «recadré» on s‘écarte du débat»!

IL N’Y A PAS DE DÉBATS, IL N’Y A QUE DES CONSTATS
En fait, il n’y a pas de débat, il n’y a que des constats: tant que le droit scellera notre infériorité, les homophobes seront dans leur bon droit; tant que l’inégalité sera maintenue en droit, il y aura une hiérarchie entre les sexualités et le simple fait de se complaire dans cette hiérarchie constitue de l’homophobie.

Il ne suffit pas de ne pas tirer à bout portant sur des pédés pour ne pas être homophobe. Le climat d’infériorisation des gays et des lesbiennes auquel on assiste en ce moment contribue au mal-être des jeunes gays et des jeunes lesbiennes. Les opposants à l’égalité des droits entre homos et hétéros sont de fait homophobes car ils n’ont d’autres arguments que leur conviction que les homosexuel-le-s ne sont pas des êtres suffisamment égaux pour avoir les mêmes droits qu’eux… Il n’y a donc pas lieu de débattre. Il y a lieu de courage politique. Au lieu de quoi, la plupart des médias sont ravis de donner «une minute pour les homos, une minute pour les homophobes». Au lieu de quoi le Président de la République donne des gages aux homophobes en promettant d’autoriser des maires à être homophobes, en conscience s’il vous plait!

QUEL RÔLE JOUENT LES MÉDIAS?
Alors à nous de poser des questions! Quel rôle jouent les médias qui s’évertuent à nous mettre sur un pied d’égalité? Nous ne leur retirons rien aux obsédés de l’hétérosexualité! Eux ils nous privent de droits, et nous devrions être traités pareil? La notion de justice signifie-t-elle quelque chose pour les journalistes?

En plus d’être pédé, je suis juif. Personne – et c’est tant mieux – n’oserait aujourd’hui demander si les juifs doivent avoir les mêmes droits que les autres. Je prends cet exemple parce que contrairement à beaucoup, je ne parle pas au nom des autres… mais il y aurait bien d’autres équivalents. Et c’est pourtant bien à cela que l’on assiste ces temps-ci: «Les homosexuels peuvent-ils être des citoyens comme les autres?». Il n’y a pas de «débat». Il y a de la violence envers nous. Maintenant on arrête les frais, je veux leurs droits, je n’en peux plus d’entendre leurs avis, ça me détruit!

Xavier (membre des DurEs à queer)
Les intertitres sont de la rédaction.

Photo Romain Péneau