Julie CouplezLa stigmatisation d’un prétendu «type» de population, l’exclusion ou le refus d’accès à la citoyenneté de tel ou tel «groupe». Le déni d’humanité. Nous savons où cela peut mener dans l’Histoire, nos mémoires collectives savent et pourtant il nous faut sans cesse lutter contre l’oubli.

À travers le temps et les sociétés, des discours d’intellectuels, de politiques, d’idéologues, de religieux, de scientifiques ont porté des représentations du monde «aveugles», absurdes, stigmatisantes, déshumanisantes. Bien qu’ils aient plus ou moins changés de forme, ces discours douteux semblent toujours vivaces dans la bouche de certains de nos élites et à travers l’affichage des médias dominants.

Roms, femmes voilées, immigré-e-s, putes, transgenres, sans-papi(è)r(e)s… nombreux sont les exemples contemporains de «groupes» stigmatisés sur le territoire de la nation (à croire que toute une frange de la société française, à force, se complaît à ériger son ignorance en pilori).

L’autre exemple qui occupe actuellement le débat est celui des homosexuels, de leur combat pour l’égalité des droits et contre l’homophobie.

Beaucoup d’homos vous diront qu’ils s’en foutent du mariage pour tous, là n’est pas la question. Ce qui est insupportable c’est ce déferlement de haine, une haine qui à force d’étouffer nos voix semble avoir voulu anéantir toute chance de «comprendre» et de regarder cet «autre» en humain. Mais plus encore que leur honteuse stigmatisation par ces politiques et extrémistes de tous bords, c’est l’indifférence quasi-générale dans laquelle ce combat est mené qui me glace le sang, le silence de ceux qui auraient dû les soutenir.

Comment accepter qu’une partie de nos concitoyens soit ainsi montrée du doigt? Pourquoi sont-ils et doivent-ils être les seuls à porter le poids de leur combat tandis que ce dernier (au même titre que d’autres) semble impliquer la société dans son ensemble, dans la défense d’une certaine idée de la tolérance et du respect de la dignité humaine?

Alors je vous demande:
Associations nationales et internationales de défense des droits humains, où êtes-vous? Associations familiales, défenseurs de la laïcité, où êtes-vous? Catholiques en désaccord, où êtes-vous? Contestataires de la ligne suivie par vos partis, où êtes-vous? Artistes, célébrités, penseurs «humanistes», où êtes-vous? Hétéros où êtes-vous? Vous homos pourquoi une partie d’entre vous continue à refuser de voir la réalité en face, le mépris de vos droits et de votre citoyenneté?

Et vous amis, proches, voisins, je ne vous entends pas.

Le racisme est dangereux et insupportable, l’homophobie l’est tout autant, quand bien même on n’en est pas directement victime.

C’est pourquoi votre silence m’effraye.

Julie Couplez, militante à La Barbe

Ce texte, d’abord publié sur Le Plus, est reproduit ici avec l’accord de l’auteure.