À la lecture des médias une chose apparaît clairement la montée d’une certaine homophobie.

J’ai bien peur que ce débat dans sa «bipolarité», résumé au «pour» d’un coté et à un «contre» de l’autre, ne relève que de l’homophobie latente de notre société française.

Les confusions sont fortes et face au peu de pédagogie, de distinction, le mariage issu du code napoléonien se voit mixé avec le mariage religieux. Ni les médias, ni les politiques ne poussent trop loin l’explication des raisons d’un tel projet de loi. Cette égalité, qui avait pour but d’éviter l’exclusion d’une population, d’éviter la discrimination, dans son débat, s’avère quelque peu néfaste.

Ce qui est redoutable c’est qu’un projet de loi puisse avoir un effet inverse de l’effet escompté.

Pourquoi un projet égalitaire entraîne-t-il autant de passion?

«CE N’EST QU’UN DÉBUT»
J’ai écouté avant-hier soir une radio locale sur le sujet et j’ai été surpris (pour ne pas dire atterré) par autant de rejet, autant de mépris, et autant d’incompréhension, de la part des auditeurs, et ceci, hélas, bien souvent au nom de la religion. Bien sûr ce n’est pas la majorité de la population, dans le dernier sondage, 65% des Français restent favorable à ce projet.

Mais les invectives vont bon train, les noms d’oiseaux et de basse-cour commencent à fleurir de ci de là. Les polémiques enflent et ce n’est qu’un début.

Mais quelles en sont les causes?

Demain si cette loi passe, donnant l’égalité et la légalité aux personnes de même sexe, celles-ci risquent d’être victimes des tensions et prises de positions générées lors de ce débat quelque peu fétide.

Je n’ose même penser à l’accueil qui sera fait dans les mairies opposantes au projet, ou encore frileuses sur le sujet pour ceux qui auront eu la prétention de penser qu’en France on applique la loi sans état d’âme.

Je n’ose imaginer un couple de personnes d’un même sexe faisant requête pour se marier en mairie d’Étang-Salé, du Tampon, Cilaos, Saint-Joseph, Les Avirons, l’Entre-deux, Saint-Louis, Saint-Pierre, Salazie, Sainte-Rose, ou encore de Saint-Leu, et ceci sans compter les mairies qui ont refusé de se prononcer sur le sujet et qui de ce fait ne font planer aucun doute quant à la position de leur maire.

Ce que l’on avait déjà vu (et que l’on voit encore) concernant le pacs risque de se reproduire, accueil méprisant à la limite de l’homophobie (témoignages locaux).

«HOMOPHOBIE PASSIVE ET VISCÉRALE»
Est ce que ce débat ne légitime pas, de la part de certaines mairies, de futurs comportements imprégnés d’homophobie passive et viscérale?

N’a-t-on pas oublié, omis, laissé de côté les pourquoi d’un tel projet?

Quand on voit le rapport 2012 de SOS homophobie, et cette envolée de 128% des actes homophobes en France, à quoi doit-on s’attendre pour 2013 alors que cette «minorité» aura pu obtenir gain de cause auprès du gouvernement actuel?

Que l’on y soit favorable ou opposé, on peut tout de même être sensible aux conséquences d’un tel débat.

Pour rester à la Réunion, quelle partie de la population a le plus à craindre de l’opposition feutrée, ou si peu, de bon nombre de maires?

Tout ceux qui sont originaires de la métropole pourront très bien se rendre à Saint-Paul, Saint-Denis, la Plaine des Palmistes, Saint-Benoit, Sainte-Suzanne ou encore Petite Île, qu’importe, assuré d’un accueil approprié à la situation (ou encore réaliser leur union dans leur commune de naissance).

Mais qu’en sera-t-il pour ceux qui sont nés ici? 
Comment pourront-ils avoir l’envie d’officialiser leur relation et de faire des projets d’avenir, sachant que le maire de la commune qui les a vus naître, y est fortement opposé et qu’ils ne pourront qu’être vus d’un œil désapprobateur. La moukate?

Pour tout dire, si ce projet de loi se devait ou non de voir le jour, il ne risque d’en résulter, du fait de débat occasionné, qu’une montée d’homophobie décomplexée à la Réunion, et c’est bien là qu’il faut s’inquiéter.

Stéphane Ducamp, délégué régional du Refuge et secrétaire de LGBT Réunion