Médias, Société | 06.11.2012 - 14 h 41 | 0 COMMENTAIRES
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Sophia Aram: «Je ne suis pas mariée pour un tas de raisons, mais moi, j’ai le choix»

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Yagg a interviewé l'humoriste, qui ne cesse, dans ses billets sur France Inter, de défendre l'égalité des droits. Une rencontre, une vraie.

Après son billet du 19 septembre, intitulé Épouse-moi Natacha, sur France Inter, c'est devenu une évidence, il fallait interviewer Sophia Aram. Parce que des personnalités publiques qui s'expriment aussi souvent sur l'égalité des droits, sans qu'on le leur ait demandé, comme ça, naturellement, il y en a peu. Parce que chacune de ses chroniques est un petit bonheur – quel que soit le sujet –, un instant de bonne humeur et d'indignation partagées, qui tranche avec la grisaille quotidienne. Parce qu'elle a cette façon de se faire rire elle-même parfois qui la rend accessible. Parce qu'elle a tout compris, ou presque.

Rendez-vous est donc pris un mercredi matin, après sa chronique. Ce matin-là, elle s'est approprié l'univers de Tim Burton. La veille, elle s'était offert Alliance Vita et son oisillon. On ne se connaît pas, on a juste échangé 3 tweets, 4 emails, 5 sms. Elle est en train de prendre son 2e petit-déjeuner, avec Benoît Cambillard, son inséparable, le père de son fils, avec lequel elle écrit ses textes, qui met en scène ses spectacles… La conversation s'engage naturellement, sur le vide sidéral des arguments des anti-égalité des droits. Après quelques minutes, Benoît s'éclipse, l'interview officielle commence. Une conversation, plutôt qu'un entretien. Une rencontre.

Pour les raisons qui m'ont poussée à faire cette demande d'interview, ma première question est, une fois n'est pas coutume, presque une question de fan, plutôt que de journaliste: «Est-ce que vous vous rendez compte du bien que vous faites aux gens?». «Je me fais du bien à moi en le faisant donc j'espère que ça en fait aux gens, et quand on me le dit, je suis vraiment contente. Je le fais quand je suis à bout de nerfs, quand je n'en peux plus, quand ça m'exaspère, que je suis vraiment hyper agacée. Et moi qui ne suis pas concernée directement par ces débats-là, je me sens quand même impliquée parce que citoyenne et parce que ça me touche. Les inégalités, les injustices, tout ça, je n'en peux plus. Donc oui, je prends position et si ça fait du bien, tant mieux.»

«ON NE SE REND PAS COMPTE DE LA DOULEUR QUE ÇA PEUT ÊTRE»
«J'ai grandi en banlieue, avec des jeunes maghrébins, mon meilleur ami était homo, c'était impossible de le dire dans sa famille, une souffrance incroyable, une homophobie ambiante horrible, des sous-entendus… Il m'a même demandée en mariage pour essayer de se sortir de ça! On ne se rend pas compte de la douleur que ça peut être, ça pousse au suicide, ça pousse à la dépression... Il ne faut pas minimiser les problèmes qu'il peut y avoir derrière.»

Elle anticipe la question suivante – elle le fera plusieurs fois au cours de l'interview –, enchaîne sur l'égalité des droits. «J'avais fait une première chronique sur le droit au mariage, dans laquelle je disais que je n'étais pas mariée, je vis avec Benoît depuis bientôt 19 ans, et nous ne sommes pas mariés pour un tas de raisons, mais moi, j'ai le choix. J'ai le droit de me marier ou pas. Pour moi, c'est le minimum que l'orientation sexuelle ne soit pas un critère pour avoir le droit de se marier.»

Si la vidéo ci-dessus ne fonctionne pas, cliquez sur Liberté, égalité, mariage gay

L'agressivité des opposant-e-s la surprend-elle? Treize ans après le pacs, alors que d'autres pays ont déjà fait le pas? «Ce qui est terrible, c'est que c'est toujours les mêmes, ce sont les mêmes arguments, et ce sont les mêmes personnes, quasiment, que celles qui me font chier par ailleurs quand je fais un spectacle sur les religions, quand je fais des chroniques sur le Front national… Les arguments dérapent très vite, “qu'est-ce qu'elle fait là, sur le service public, payée par nos impôts” etc. Et ce n'est même pas intéressant. Hier, sur Twitter, Tugdual Derville d'Alliance Vita voulait débattre avec moi... Il veut débattre avec une humoriste! C'est quand même dire où ils placent le sérieux de leur cause! Ça pèse une tonne que le mec me propose de débattre avec lui.»

«JE NE MONTE PAS DANS UN BUS RÉSERVÉ AUX BLANCS»
Et donc, elle, elle n'est pas mariée… «Non. Et paradoxalement je ne suis pas vraiment pour le mariage, je n'aime pas tellement l'idée d'un agent administratif dans mon lit, qui va dire que je dois être fidèle, ceci cela... Je n'ai pas besoin, mais j'ai le choix, encore une fois, j'ai le droit de me marier ou pas. Et peut-être que je me marierai un jour, je ne sais pas. Ça fait discours de Miss France, mais l'argument c'était de dire je ne monte pas dans un bus qui est réservé aux blancs. Ça m'insupporte.»

Mais comprend-elle que certain-e-s se sentent menacé-e-s? Sa voix prend les intonations de la chroniqueuse: «Je pense qu'ils ont peur de perdre leurs privilèges, ils ne seront plus les seuls à avoir la carte famille nombreuse, ils ne seront plus les seuls à avoir la carte Ikea Family, et ils vont perdre tout un tas de privilèges, et ça quand même, il faut les comprendre. Ils avaient des privilèges de familles d'hétéros, qu'ils vont perdre.» Elle redevient plus grave. «Non, je n'arrive pas à comprendre. Franchement, d'un point de vue rationnel, je n'arrive pas à comprendre. C'est comme si ça venait mettre en péril leur famille à eux.»

Ce qu'elle ne comprend pas non plus (et elle n'est pas la seule), c'est pourquoi le projet de loi du gouvernement s'arrête à l'adoption. «L'homoparentalité, c'est déjà une réalité. Des couples qui ont recours à la procréation médicalement assistée, c'est une réalité. Et les enfants sont là. J'ai des couples de copines, dont une a porté les jumeaux, aujourd'hui s'il lui arrive quoi que ce soit, ses enfants deviennent quoi? Ils perdent une de leurs mamans et l'autre n'a aucun droit? Si c'est la grand-mère qui obtient la garde, c'est super dégueulasse, pour les mômes, c'est un double drame… Pour peu que la famille ne s'entende pas et tout ça… On ne prend justement pas en compte l'intérêt de l'enfant. C'est marrant, cette vision du monde dans laquelle ces enfants seraient malheureux, ces enfants seraient maltraités, ces enfants vivraient dans un monde de débauche… On a quand même entendu des horreurs qui en disent long sur ce qu'ils pensent des homosexuels. Un père qui pratique la sodomie ne pourrait pas élever un enfant!». Elle rit. «Je trouve ça triste de penser que la sodomie est réservée aux homos, mais après c'est leur problème à eux.»

Est-elle d'accord avec Dominique Bertinotti, qui, sur Yagg, a expliqué que le projet de loi était une loi de défense de la famille? «Mais complètement, bien sûr, c'est évidemment pour ça qu'il faut se battre. Il est là, l'intérêt de l'enfant. Et on parle de famille, on ne parle pas que de couple, le désir d'enfant existe qu'on soit marié ou qu'on ne le soit pas. Il y a des femmes qui ont des enfants seules, ça ne pose de problème à personne. Mais il faut prévoir tous les cas de figure, tout existe, on est dans un monde qui a changé, il faut s'adapter au monde dans lequel on vit. Le monde a bougé, et pas en mal, on n'est pas plus malheureux qu'avant.»

«Les enfants, il suffit de leur dire les choses, insiste-t-elle. Et c'est pour ça, je crois qu'hier, la chronique, ils [Alliance Vita] ne l'ont pas entendue, ils ne l'entendront pas, ils ne l'écouteront pas. Quand je dis qu'on ne ment pas aux enfants, il faut arrêter tous les mensonges, et je suis convaincue que dans une famille dans laquelle ce n'est pas papa-maman qui vivent sous le même toit et qui ont conçu l'enfant, on va dire la vérité, on va dire évidemment la vérité. On n'a pas le choix et on n'a pas envie de mentir de toute façon, on veut que son enfant soit en phase avec son histoire.»

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez On ne ment pas aux enfants

«IL N'Y A PAS LES GENTILS D'UN CÔTÉ ET LES MÉCHANTS DE L'AUTRE»
Elle est chroniqueuse, essaie «de ne pas être que militante, pour ne pas agacer, parce que sinon on n'entend plus. Il faut doser». Doser et équilibrer. «Je mets un point d'honneur à tirer sur la gauche quand elle déconne, pourtant je ne me suis jamais cachée de ma sensibilité de gauche. Sans avoir soutenu qui que ce soit parce que ce n'est pas mon job, et tout le monde s'en fout. Mais je tape aussi bien à gauche qu'à droite et je peux avoir de la sympathie pour des hommes politiques ou des femmes politiques de gauche comme de droite. J'essaie de ne pas faire dans la vision binaire du monde, il n'y a pas les gentils d'un côté et les méchants de l'autre.»

Une nouvelle fois, elle a commencé à répondre à la question avant qu'elle soit posée: est-ce que le changement de majorité a modifié sa façon de travailler ses chroniques? «Au lendemain du 6 mai, j'ai été interrogée par des tas de journalistes qui me demandaient “alors qu'est-ce que vous allez devenir?”. Je suis assez proche de Guy Bedos qui m'a dit “mais qu'est-ce qu'on va devenir?”. Je lui ai dit “attends, tu as bossé sous Mitterrand, ça va être pareil”. Déjà à droite ils sont en train de s'entretuer, et ça on l'avait vu venir, et puis à gauche, on s'en serait bien passé mais on a quand même de quoi faire. Et si Mitt Romney est élu! Je ne le souhaite pas, mais pour le business, ce serait bon!» Un rire, à nouveau, avant de répéter: «Mais je ne le souhaite pas».

«JE NE SUPPORTE PLUS QU'ON DISE ARABO-MUSULMANE»
Sophia Aram ne s'interdit aucun sujet, et surtout pas la religion. C'est même le thème central de son deuxième spectacle, Crise de foi, avec lequel elle tourne actuellement en France. «J'ai écrit ce spectacle avec Benoît il y a un peu plus de 2 ans maintenant, et il a une deuxième vie aujourd'hui, parce que l'actualité nous a rattrapés, s'amuse-t-elle. Au moment où on l'a écrit, on parlait de religion déjà, c'était un thème qui touchait pas mal l'actualité, et avec tout ce qui s'est passé, avec les printemps arabes, avec les débats qu'on a ici, avec les caricatures, avec toutes ces histoires-là, les gens l'entendent différemment. Je n'ai pas changé grand-chose, mais l'écho est différent. Je crois que je n'ai pas fini avec ce spectacle.»

Dans ses chroniques aussi, le sujet revient régulièrement. «Quand la religion s'invite dans les thèmes d'actualité, j'y vais. Et c'est drôle parce que les réactions des militants sur Twitter, c'est “cathophobe” et tout ça, mais je leur réponds “écoutez la chronique, allez voir mon spectacle, je fais la même chose sur les juifs et sur le musulmans. Je n'ai pas du tout de préférence”. Ils sont assez surpris parce qu'ils sont convaincus que parce que je suis d'origine maghrébine et que je suis de culture musulmane, je ne peux pas être athée. Et je le revendique d'autant plus fortement qu'on ne l'entend pas. Je ne supporte plus qu'on dise arabo-musulmane, ça va, quoi. Déjà je suis française, et puis je suis de culture musulmane, je n'ai pas de problème avec ça, j'ai été élevée dans la religion musulmane, mais en revanche, moi, je crois qu'il n'y a personne la-haut.»

À propos de religion, que pense-t-elle des accusations d'islamophobie contre Caroline Fourest? «Je suis très proche de Caroline, j'ai beaucoup de sympathie pour elle, elle est sur des combats que je soutiens. Ce que j'ai du mal à comprendre, c'est qu'on peut se faire attaquer même par des gens dont on est proche idéologiquement. Il y a encore une fois quelque chose d'irrationnel dans les oppositions autour de Caroline Fourest, elle a canalisé une haine venant de gens dont on aurait pu penser qu'ils auraient pu la soutenir, des mecs qui ont fini par me taper dessus parce que j'ai pris position quand elle a sorti son bouquin sur Marine Le Pen, j'avais fait un papier pour lui dire qu'elle pouvait se cacher derrière moi, que je serais l'Arabe qui cache la Fourest, etc. Il y a des prises de position qui sont compliquées parce qu'elle se bat pour la laïcité, et on pense que parce qu'elle est laïque elle est islamophobe, qu'elle est cathophobe… Il y a une crispation sur l'islamophobie, moi aussi je commence à m'en prendre, parce qu'il y a un angélisme ambiant. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, je suis fille de musulmans, mon père est pratiquant et j'ai beaucoup de respect pour ses croyances et sa pratique. Je n'y crois pas et je revendique le droit de ne pas croire, mais il a le droit de pratiquer. Mais l'intégrisme, le repli identitaire et tout ça, il faut se battre contre ça, je reste convaincue qu'il faut se battre contre ça.»

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Et l'égalité des droits. Trouve-t-elle normal ou absurde que les représentants religieux soient auditionnés? «Je ne comprends pas très bien. On connaît leur point de vue, on sait à peu près ce qu'ils vont dire… Quand on parle de laïcité, pour moi, ça fait partie du deal. Et aussi longtemps qu'on ne leur impose pas de marier, au sein d'une mosquée, d'une synagogue ou d'une église, des homosexuels… La question ne se pose pas puisqu'on ne reconnaît pas un mariage religieux. C'est aussi pour ça que je ne vois pas la pertinence de ce débat-là puisqu'on leur laisse la partie religieuse, parce que la séparation de l'Église et de l'État existe depuis 1905. C'est bon, ils ont leurs églises, ils ont leur temples, on ne les obligera pas à se marier avec des homosexuels s'ils ne veulent pas se marier avec des homosexuels…» Elle cite Lionnel Luca, Christian Vanneste, Brigitte Barèges. «C'est fou, c'est Sodome et Gomorrhe pour eux, sauf que l'issue de Sodome et Gomorrhe est assez intéressante. Ils oublient, ils ont tendance à occulter la suite.» C'est vrai, ça, la suite: Loth ayant survécu à la destruction de Sodome et Gomorrhe, part habiter avec ses filles dans une caverne, dans la montagne. Sans autre homme. Pour donner une descendance à leur père, ses filles lui font boire du vin et couchent avec lui

«ON M'A REPROCHÉ D'AVOIR MANQUÉ DE DÉLICATESSE FACE À… JEAN-MARIE LE PEN»
Ce que l'on aime aussi avec Sophia Aram, c'est cette façon de se prendre les gens de front. Nadine Morano, par exemple. «Oui, ça a marqué les esprits! Parce qu'elle a répondu. Les invités sont toujours là, mais elle, elle a répondu.» Mais est-ce qu'elle a peur d'aller trop loin, par moments? «Non. Je n'ai jamais eu l'impression d'aller trop loin. Je suis déjà allée loin, mais sciemment. Quand j'ai Jean-Marie Le Pen à côté de moi, je me dis c'est la dernière fois qu'il est là en tant que président du Front national, c'est l'occasion ou jamais, et je n'ai pas envie de lui faire de cadeau. On m'a reproché mon papier, je m'en suis expliquée aussi dans la presse, etc., quand Guy Carlier avait fait son papier pour me traiter de pauvre conne, je n'ai quand même toujours pas compris ce qu'on m'avait reproché. Je crois qu'on m'a reproché d'avoir manqué de délicatesse face à… Jean-Marie Le Pen. Qui, lui, quand même, s'est caractérisé depuis toutes ces années par son tact et sa finesse.»

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Et Morano, alors? «Je n'écris pas de la même manière quand je sais que la personne est en face de moi... Pour Nadine Morano, j'avais écrit 2 papiers, un au cas où elle restait, un au cas où elle partait. Je pensais qu'elle ne resterait pas parce que je me la faisais régulièrement dans tous mes papiers donc son attaché de presse lui avait dit de partir, mais elle pensait que je faisais le flash, donc elle a été très étonnée par le contenu de mon papier. Je lui ai dit qu'elle était vulgaire mais je crois que je lui ai dit trop tôt, parce qu'après elle a encore plus exprimé cette vulgarité.»

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Elles se sont expliquées dans le couloir après la chronique: Nadine Morano trouve drôle que son ami pizzaiolo parle de sa pizza DSK à la béchamel, Sophia, elle, trouve cela vulgaire. On se souvient de la suite, les prétendues excuses de Philippe Val (le patron de France Inter), la tribune de Sophia dans Libération… «Et je la recroise sur un plateau télé quelques mois après et là, elle lâche son truc sur “j'ai une amie qui est tchadienne, elle est plus noire qu'une arabe”… Mais ça va pas? Et après pour s'en sortir elle parle du couscous… Oh la la la la la la... “Je ne suis pas raciste, j'adore danser le zouk”…»

«Dans le précédent gouvernement, ils sont allés très loin. Quand on me demande si je les regrette, franchement à la fin ils ne me faisaient plus rire. À la fin j'avais perdu mon sens de l'humour. J'aime ce pays, j'ai beaucoup de respect pour les institutions de la république, j'ai beaucoup de respect pour le poste qu'ils occupent, mais ils ont fait vachement de tort à la République, même, je crois. Et c'est au nom de ça que je ne regrette pas ces prises de position, et que je suis contente qu'ils soient partis, parce que je pense que là je n'arrivais plus à faire un papier drôle! Et puis la fin de la campagne était assez gerbante aussi. Une semaine de plus et je pense qu'on arrivait à l'IVG, qu'on arrivait à la peine de mort, et là, ce n'était pas possible.»

«IL Y A TOUJOURS EU BESOIN DE GENS POUR VENIR ÉGRATIGNER LE POUVOIR»
Avec internet, l'écho des chroniques est démultiplié, elles ont plusieurs vies, sont parfois déterrées sans que l'on sache vraiment pourquoi. N'accorde-t-on pas trop d'importance à ce qui fait le buzz, qu'il s'agisse d'une chronique de Sophia Aram ou d'un «clash» d'Eric Zemmour? «Bien sûr que si! Moi ça me paraît dément… Ça peut être disproportionné, quand on me demande de prendre position, quand on me demande de venir à des tribunes, on m'a déjà proposé des trucs qui me paraissent tellement fous… Ça va, je suis clown, je fais 3 minutes de chronique 2 fois par semaine, on va se détendre! Les auditeurs sont là, ils écoutent en allant bosser, ça les fait sourire quand ils partent, ou quand ils se brossent les dents à la maison, ce n'est pas plus que ça. Je ne crois pas qu'il faille non plus penser que je suis là avec mon drapeau à la main et que je milite, il faut aussi remettre ça à sa place. Il y a toujours eu besoin de gens pour venir égratigner le pouvoir, les prises de décision, les religieux et tout ça, il y a toujours, il y a toujours eu et il faut qu'il y ait. Ça me paraît important. Et c'est bien aussi qu'il y en ait qui soient capables d'être là quand on est dans l'alternance. Il y en a eu pendant 10 ans avec la droite, enfin même plus, là on peut passer à gauche et on peut avoir des humoristes, peut-être même des humoristes de droite, s'ils sont drôles. Il doit y en avoir, c'est sûr. Nous, ça ne nous fera peut-être pas rire, si on a une sensibilité plus à gauche, mais il y en a forcément.»

«J'AI UNE LIBERTÉ FOLLE»
Entre menaces et pressions, est-ce que c'est un métier dangereux, humoriste? «Au quotidien c'est très sympa à vivre. J'ai une liberté folle, je dis ce que je veux, j'ai l'invité en face de moi, je peux mettre les 2 pieds dans le plat… Cette liberté est quand même assez jubilatoire. En plus c'est le contraire de ce que je suis dans la vie, c'est le contraire de l'éducation que j'ai eue. J'ai toujours été là où on m'attendait, très apprise, très première de la classe, très sérieuse, très studieuse… Là, je peux tout lâcher, je vais avoir 40 ans et je suis libre de dire ce que je veux! J'en profite et je me régale. Après, j'ai découvert le racisme, je savais que ça existait mais j'ai été victime de racisme pour la première fois quand j'ai démarré les chroniques, pas seulement sur le FN, je me suis fait traiter de sale juive dès ma 2e chronique. C'est arrivé très vite. Et avec le FN, les “rentre dans ton pays”, les “on va te mettre des saucissons dans le cul” et tout ça, c'est arrivé aussi assez fortement. Il y a une violence de la part des gens, et je pense que cette violence est plus importante parce que je suis une fille. Sans du tout vouloir faire un discours victimaire, je crois quand même qu'un mec pourrait dire ce que je dis, il ne s'en prendrait pas autant. Une fille, elle peut parler des problèmes du quotidien, elle peut dire “j'ai bientôt 40 ans, je trouve pas de mec” et ça fait rire tout le monde, je peux raconter mes histoires de vergetures, ça ferait marrer, mais parler de politique, parler de religion, parler de thèmes de société qui piquent un peu, ce n'est pas le domaine d'une fille chez nous.»

«Après, dangereux… Ce n'est pas très normal d'avoir été obligée de porter plainte, obligée d'avoir des flics pour me surveiller, d'avoir des gardes du corps quand je suis annoncée quelque part… Ce n'est pas normal, ce n'est pas quelque chose que j'accepte, c'est quelque chose que je vis. Je ne suis pas dans la parano, je n'ai pas peur de sortir dans la rue, mais je fais gaffe. Et puis à la fois j'ai accepté ce rôle-là. Je n'ai pas accepté les menaces, mais j'ai accepté qu'il y en ait que ça dérange, et ce n'est pas ce qui va m'arrêter.»

Retrouvez Sophia Aram le mardi et le mercredi à 8h55 sur France Inter et en tournée avec Crise de foi, jusqu'en juin 2013.

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Cofondatrice et rédactrice en chef de Yagg.
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