Le soir du débat entre François Fillon et Jean-François Copé, Thomas a été profondément remué. Homosexuel en couple depuis trois ans, il n’a jamais été militant des droits LGBT. «Grosso modo, dans l’ensemble, ça ne se passe pas si mal en France», pensait-il alors. Jusqu’à ce que François Fillon affirme que s’il est élu président en 2017, il reviendra sur la loi ouvrant le mariage à tous les couples. «Que des gens soient contre, je peux le concevoir et l’entendre, explique Thomas. Il peut y avoir de l’ignorance et on peut dire des aberrations. Mais que ça devienne une priorité de retirer ce droit…»

Le déclic s’est produit. Choqué et en colère, Thomas réfléchit à ce qu’il pourrait faire pour «militer à [sa] façon». C’est ainsi que naît Oui au mariage gay.fr, un site internet qu’il a créé en quelques jours avec un ami développeur. Le concept est simple: les homosexuel-le-s sont invité-e-s à renseigner le montant des impôts qu’ils/elles ont versé à l’État cette année, via la taxe d’habitation, la taxe foncière ou les impôts sur le revenu. En une semaine, près de 300 personnes ont participé et auraient contribué au budget national à hauteur de 5,6 millions d’euros. «Chacun met ce qu’il veut, il n’y a pas de vérification et rien n’est enregistré», précise Thomas.

UNE DÉMARCHE «CARICATURALE» MAIS «ASSUMÉE»
Faudrait-il payer des impôts pour avoir le droit de se marier? Le créateur de Oui au mariage gay.fr reconnaît que la démarche est «caricaturale», «mais c’est assumé», insiste-t-il. «Si on paie des impôts, on doit avoir des droits comme tout le monde», juge-t-il. Aux États-Unis, la chanteuse Sia avait tenu le même raisonnement il y a deux ans, suivant en cela la rockeuse Melissa Etheridge et le millionaire Charles Merrill. Elle songeait alors à cesser de verser de l’argent à l’État tant qu’il n’y aurait pas d’égalité des droits. Thomas n’envisage pas d’aller aussi loin pour l’instant. Il voudrait juste qu’il y ait «un effet boule de neige» autour de ce site pour montrer à quel point les personnes LGBT jouent un rôle crucial.

Créer ce site, c’est sa façon de se battre pour l’égalité des droits. «Pour les jeunes de 11 à 14 ans qui découvrent leur homosexualité, ça doit être dur en ce moment, estime-t-il. En écoutant les homophobes, j’ai ressenti la même honte que quand j’avais 16 ans! Il y a un problème!» Un problème qu’il commence tout juste à cerner notamment quand il reçoit des réactions à son initiative. Une journaliste d’un magazine éducatif destiné aux enfants lui a ainsi expliqué que l’homosexualité n’était qu’une preuve supplémentaire de «la déviance de l’être humain et de l’homme» et que «si les gays ne peuvent pas se reproduire, il y a forcément une raison»…

Jusqu’ici, Thomas n’avait jamais participé à une gay pride, mais demain, il manifestera devant l’Assemblée nationale pour montrer son engagement. «J’ai été élevé par une mère célibataire et je vais très bien, assure-t-il. Et je veux me marier et avoir des enfants, alors j’espère qu’on ne reviendra pas sur cette loi.»

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