Après avoir qualifié le mariage pour tous les couples de «supercherie» samedi, dans son discours d’ouverture de l’Assemblée plénière des évêques de France, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, en a remis une couche hier dimanche, lors de la célébration de la messe à la basilique Notre-Dame-du-Rosaire, en défendant «le droit des enfants à se construire en référence à celui et à celle qui leur ont donné la vie», en clair un père et une mère.

«AUCUNE LÉGITIMITÉ»
Des propos dont «l’incohérence et l’inconvenance» dérange l’Association des familles homoparentales (ADFH). «La vraie supercherie c’est de faire croire que l’Église aime tous les enfants alors même qu’elle s’est bien gardée de promouvoir une solution permettant de protéger les enfants des familles homoparentales au même titre que ceux élevés au sein des couples mariés, souligne l’association. Si l’Église admet que l’amour peut exister entre deux personnes de même sexe, qu’elle crée donc une célébration au nom de cette universalité tant défendue, qu’elle bénisse nos enfants dans toutes ses paroisses et qu’elle reconnaissance enfin que l’amour est dans la vérité d’une société en constante évolution. L’ADFH rappelle que le mariage existait avant l’Église. L’Église n’a aucune légitimité à s’immiscer dans l’organisation du mariage civil dont elle n’est ni l’organisatrice ni la garante. En mettant au même niveau l’enfant adultérin et l’enfant légitime, la République avait déjà divorcé en 2001 du catholicisme en lui rappelant que le mariage n’était plus le sacro-saint endroit où la famille pouvait exister. La famille est un prisme dont l’Église ne possède qu’une facette. Ce n’est pas en tentant de posséder les esprits par la peur qu’une société se grandie, s’accepte et s’unifie.»

«DÉCALAGE»
«Rappelons que l’Église, toujours en décalage avec la société, est opposée à l’IVG, la contraception, ou encore le divorce, renchérit GayLib, mouvement associé à l’UMP. Selon elle, un enfant aurait besoin d’un père et d’une mère comme référence pour se construire. Les centaines de milliers de familles monoparentales apprécieront.»

«RÉSISTER AUX PRESSIONS»
«Il est profondément désolant d’avoir à rappeler encore une fois que l’appel à une loi permettant aux couples de même sexe de se marier, de fonder une famille et de sécuriser celles qui existent déjà ne poursuit qu’un seul et unique objectif universaliste: l’égalité», ajoute SOS homophobie, qui appelle «les parlementaires, mais aussi l’ensemble des citoyen-ne-s à résister aux pressions des institutions confessionnelles, dont les représentants (une fois n’est pas coutume, nous ne pouvons pas féminiser ce mot), tout en déclarant rejeter l’homophobie, ont encore des attitudes ou propos stigmatisant les homosexuel-le-s».

«SOS homophobie appelle les parlementaires à s’inspirer de la devise de la République, plutôt que des dogmes religieux, insiste l’association. Nous les soutenons dans leur engagement en faveur de l’égalité des droits, et les invitons à observer les pays européens qui ont ouvert le mariage, l’adoption et la PMA aux couples de même sexe ces dix dernières années: aucun n’a sombré dans la décadence annoncée, aucun ne remet en cause cette juste réforme.»

«En affirmant qu’il s’agit “d’imposer le mariage de quelques-uns à tous”, André Vingt-trois montre à quel point il refuse de comprendre quel est l’esprit du projet de loi, dénonce quant à elle l’Inter-LGBT. Il s’agit bien d’étendre aux couples de même sexe des droits réservés aux couples hétérosexuels. Cela ne changera rien à la vie des couples hétérosexuels. Permettre à notre société d’être plus inclusive, plus égalitaire, plus propice au vivre ensemble, plus respectueuse de toutes les familles, de tous les enfants et de tous les couples: voilà l’esprit de ce projet de loi.»

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