Christophe Martet

Depuis le début du mois d’octobre, il ne se passe plus un jour sans que les opposants au mariage pour tous et à l’adoption ne fassent parler d’eux. Des manifestations d’Alliance Vita aux récents propos du président des notaires, les principales dispositions du projet de loi sont caricaturées, dénigrées, déformées. Les anti jouent sur des peurs anciennes, surfent sur une homophobie toujours prégnante dans une partie de la population, agitent le chiffon rouge de la gestation pour autrui (GPA) alors que celle-ci n’est pas prévue dans le projet tel qu’il a été divulgué par Le Monde.

SILENCE ASSOURDISSANT
Même l’Élysée, si l’on en croit Le Figaro, s’inquiète de la montée en force des opposants. Jean-François Copé n’a-t-il pas évoqué la possibilité d’une manifestation de masse? Pendant ce temps, même si des actions sont menées ici ou là (notamment à Nantes, Lyon et prochainement à Lille), un silence assourdissant émanent de l’Inter-LGBT qui regroupe des dizaines et des dizaines d’associations, du Centre LGBT Paris Ile-de-France, de la Fédération LGBT et de la Coordination Interpride. Pendant la campagne présidentielle, puis pour les municipales, il ne se passait pas une semaine sans que des actions ne soient entreprises pour informer les médias sur l’égalité des droits.

Bien sûr, il faut mettre au crédit de ces associations la médiatisation des revendications homos. Et même si l’égalité des droits est au programme de la gauche depuis au moins le milieu des années 2000 – Ségolène Royal promettait déjà le mariage en 2007– il a fallu la très forte mobilisation des associations LGBT pour que le candidat Hollande en fasse un thème souvent évoqué durant sa campagne.

Mais une fois élu, l’Histoire nous montre qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Et c’est maintenant qu’il faut redoubler d’efforts et se faire entendre.

Face aux opposants à l’égalité des droits, les associations devraient rendre coup pour coup. Démonter chacun de leurs arguments, inonder les médias de dossier explicatifs, multiplier les actions d’éclat pour détourner les rassemblements d’Alliance Vita.

La semaine dernière, ce sont deux jeunes filles hétéros qui à Marseille, ont fait le buzz en s’embrassant devant les manifestants antimariage, les tournant en ridicule. Mais au-delà de l’image, il faut convaincre. Nous savons que comme lors du pacs, les opposants avancent le plus souvent des arguments d’un autre âge. Là un psy nous prédit la fin des familles, là un notaire nous explique que la revendication du droit à l’enfant est problématique, alors que cela n’a jamais été formulé ainsi par les associations. Un évêque prédit la légalisation de l’inceste.

Tous ces arguments sont faux et ont un point commun: la haine des homosexuels. Mais à force d’être distillés dans les médias, il en reste toujours quelque chose.

La preuve, les sondages montrent que les opinions favorables au mariage chutent depuis cet été. L’opposition l’a bien compris. Plutôt tiède sur la question au mois de juin, elle est vent debout contre le projet. Ajouter à cela une mauvaise communication du gouvernement, puis un report de la présentation du texte au Conseil des Ministres et enfin, un report de l’examen à l’Assemblée, et vous avez une opposition qui boit du petit lait.

LA BATAILLE NE FAIT QUE COMMENCER
Dans l’euphorie de la victoire et face à une opposition qui faisait profil bas, affirmant qu’elle ne voulait pas renouveler ses erreurs avec le pacs, les associations ont cru que la partie était gagnée. Les faits sont en train de leur donner tort. La bataille ne fait que commencer. Plus que jamais, elles devraient méditer cet adage: Nous n’obtiendrons rien de ce que nous n’aurons pas arraché.