Dans une interview au Figaro.fr, Jean Tarrade, nouveau président des notaires, critique le projet de loi sur le mariage pour tous. Philippe Chauliaguet, président d’Homoboulot, a lu cette interview dans laquelle il voit poindre des arguments idéologiques.

«Bien sûr, il ne s’agit pas d’homophobie», par Philippe Chauliaguet, président d’Homoboulot

Suite à la lecture de l’article du Figaro, j’ai besoin de dire ce que j’en pense….du moins la partie la plus correcte ;-).

Quand je lis : «Nous ne portons pas de jugement sur ce projet, mais – c’est une question de bon sens – il faut prendre le temps de vérifier que les nouveaux textes correspondent bien à des vrais besoins et ne créerons pas des problèmes» et bien je n’ai pas envie de lire la suite. Pourtant j’ai continué, c’est mon côté: «je te donne toutes les chances de te rattraper»…ou «j’ai dû mal comprendre». Un notaire (président du Conseil Supérieur du notariat) qui parle au nom des notaires en 2012 et qui sous-entend que l’ouverture du mariage ne correspond peut-être pas à un vrai besoin: c’est insultant, c’est dangereux, c’est de l’IDÉOLOGIE ! Dans quel pays? Dans quel monde vit Monsieur Tarrade pour remettre en cause cela? Je serais curieux de connaître l’avis des notaires gays ou lesbiennes, oui oui il y en a…mais peut-être se cachent-ils/elles de ce monsieur?

Monsieur Tarrade sait utiliser l’expérience des pays ayant ouvert le mariage à tous mais seulement pour en retirer des arguments contre. Il fait un raccourci édifiant entre le nombre de personnes qui vont se marier et l’urgence à légiférer; c’est très mal connaître le sujet, il faudrait qu’il sache pourquoi cette revendication est née. Il faudrait qu’il sache que l’ouverture du mariage, ou mieux une loi sur l’égalité des droits, ne résoudra pas seulement des situations de couples mais elle sera surtout le symbole de l’égalité de traitement entre toutes et tous. Cette égalité aura pour conséquence un plus grand respect des LGBT et une plus grande facilité pour les adolescents à s’assumer en faisant rentrer cela dans les mentalités.

À partir de combien d’agressions, de combien de harcèlements, de combien de suicides d’adolescents devient-il urgent de légiférer ?

C’est l’enjeu principal des avancées que nous réclamons, la condition sine qua non, sinon nous aurions pu continuer à réclamer un pacs amélioré. Les associations LGBT veulent bien d’une loi complète et bien faite. Cela fait des années que des propositions de loi sont déposées à l’Assemblée par des parlementaires et que les associations LGBT sont auditionnées (bien sûr pas par l’UMP) alors Jean Tarrade et ses collègues ont largement eu le temps de connaître les risques éventuels et les signaler. Il a ses entrées à l’Assemblée Nationale pour y être auditionné, je l’invite à participer à l’amélioration du projet de loi s’il n’a finalement rien contre à priori ! Comme je ne suis pas en désaccord systématique sur tout, je reconnais que Monsieur Tarrade expose un vrai problème que ce «projet soulève notamment « pour les »  questions liées au statut du beau-parent.» En effet les associations LGBT veulent absolument que la loi reconnaisse et règle le statut des familles homoparentales et au delà la situation de tous les enfants élevés par des parents «sociaux» (même s’ils sont hétérosexuels, … nous sommes universalistes). Le travail de réflexion et de préparation a déjà été effectué (depuis plusieurs années) et il suffit de l’inscrire dans la loi, voire de faire vérifier cela en termes juridiques et sociaux par les autorités compétentes et par Monsieur Tarrade.

Quand Jean Tarrade écrit : «La revendication du droit à l’enfant nous inquiète un peu», c’est signe d’ignorance, je ne peux croire à de la malhonnêteté, puisque JAMAIS nous ne parlons de «droit à l’enfant» : ce n’est PAS une revendication. Mais c’est en général ce que disent nos détracteurs, les mêmes qui parlent de «mariage gay» et d’avantages particuliers pour une minorité.

Nos revendications visent à protéger toutes les familles et tous les enfants! Nous ne voulons rien inventer, les familles dont nous parlons existent, les enfants y grandissent actuellement dans un cadre juridique qui ne sécurise pas leur avenir. La réponse à la dernière question de l’interview est totalement idéologique, absolument non documentée….. c’est de l’ordre du fantasme. C’est de l’IDEOLOGIE ! Il faut lire la prose des associations LGBT pour savoir vraiment quelles sont les revendications. Le Figaro fait de bons articles et parfois même sur nos sujets, mais il n’y a pas que cela pour connaitre ce sujet. Ici j’ai bien peur que l’interviewé n’ai pas vraiment pris la peine de bien connaitre le sujet et qu’il profite de son poste pour faire passer son avis personnel. Je ne dis pas que le travail des associations LGBT est parfait, il correspond juste à ce que nous savons et pouvons faire, et nous sommes réalistes et universalistes. Les contradictions qui nous sont apportées en terme pseudo-juridique ou avec des oiseaux ridicules sont souvent profondément malhonnêtes et nous cantonne dans un rôle de sous citoyens de façon toute à fait décomplexée. Bien sûr, il ne s’agit pas d’homophobie.