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Santé, VIH | 25.10.2012 - 13 h 47 | 3 COMMENTAIRES
«Ce qui s’est passé depuis 3 ans au niveau de la politique de la santé est catastrophique pour les associations»
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Didier Arthaud est le président, tenace et déterminé, de Basiliade, un lieu d'accueil pour les personnes atteintes par le VIH. Il doit faire face à la diminution des aides publiques. Interview.

Didier Arthaud est le président, tenace et déterminé, de Basiliade, un lieu d’accueil pour les personnes atteintes par le VIH. Une structure, qui à cause des difficultés économiques, doit faire face à des situations de détresse, de solitude et de précarité. Et la communauté homo n’est évidemment pas épargnée.

Dans l’interview qu’il nous a accordée, Didier explique même qu’il voit de plus en plus de jeunes gays faire appel aux services de Basiliade. Le signe selon lui d’un manque de solidarité communautaire. Et si on se remobilisait?

Pouvez-vous nous rappeler la mission de Basiliade? Depuis sa création en 1993, Basiliade a toujours eu pour double mission d’accueillir et d’accompagner les personnes les plus démunies face à la maladie. Ce sont des personnes qui souffrent de précarité économique mais, bien au-delà, des personnes qui souffrent d’une précarité beaucoup plus globale, sociale, culturelle, affective ou encore sexuelle… C’est pour cela que notre mission est d’abord un accompagnement global et pas seulement médical ou social. Basiliade se veut être une étape dans la vie des personnes pour que chacun puisse retrouver le maximum d’autonomie.

Chaque soir, nous accueillons une vingtaine de personnes autour de repas conviviaux, préparés et partagés ensemble, entre volontaires et personnes accueillies sur notre lieu d’accueil de Paris Béranger (2e arrondissement) et de Lyon (1er arrondissement). Chaque après-midi, une dizaine de personnes participent à des ateliers de création artistique à l’Atelier des Épinettes (Paris 19e). Et puis, chaque jour, des centaines de personnes bénéficient d’un soutien individuel par des travailleurs sociaux (accès aux soins, aux droits, au logement, à la parentalité…).

Dès le départ, nous avons consacré beaucoup de notre énergie et de notre action au (re)logement des personnes, celui-ci étant un préalable indispensable à la mise en place d’un projet de soins ou d’insertion. Nous avons à ce jour un trentaine de logements à Paris et une quinzaine de logements à Lyon. Enfin, nous avons développé un pôle insertion qui accompagne environ 150 personnes par an à la formation et à l’emploi. Au final, ce sont environ 500 personnes qui croisent la route de Basiliade de façon plus ou moins régulière chaque année.

Comment a évolué le public que vous accueillez à Paris et à Lyon? Il y a 20 ans, Basiliade est né de l’urgence des situations vécues par des proches, des amis homos, qui mouraient dans des conditions humaines inacceptables, souvent à la rue, et souvent rejetés par leurs familles et leurs proches. Depuis, la maladie a évolué, passant d’une maladie mortelle à une maladie de plus en plus chronique et ce même si, en 2012, de trop nombreuses personnes que nous avons accompagnées tout au long de ces dernières années meurent encore. Le «visage» de la maladie a changé aussi. Nous nous sommes adaptés pour accueillir aussi de nombreuses femmes, souvent d’origine africaine, avec des enfants, qui apprennent leur maladie en arrivant en France ou qui ont tout fait pour venir en France, seul espoir pour elles d’être soignées et de ne pas mourir.

Depuis 2 ou 3 ans, je suis très triste de voir que des homos, souvent jeunes, font à nouveau appel à nous alors qu’ils avaient quasiment disparu de notre file active pendant 10 ans. Pour moi, c’est un immense retour en arrière et le signe que beaucoup de choses vont mal, notamment dans la communauté homo où tout ce qui touche au sida (prévention, solidarité…) n’a plus sa place. Une sorte de déni collectif très difficile à vivre pour des anciens comme moi.

Comment se porte l’association aujourd’hui? Basiliade vit ballotée au gré des vicissitudes de la politique de santé en France puisque la majorité de nos financements sont publics. Il est de plus en plus difficile de parler de la maladie. Une sorte de déni collectif s’est imposé au fil du temps, rendant nos actions de plus en plus difficiles à faire exister, tant sur un plan financier qu’humain. Mais le plus important, c’est que notre dynamique est bonne. Nous continuons d’assurer notre mission avec enthousiasme malgré la crise et nous avons même de beaux projets de développement, notamment en direction de l’insertion ou du monde des prisons. Nous avons aussi des partenaires très importants et solides comme Sidaction ou Solidarité Sida… Et puis, en 2013, Basiliade célébrera ses 20 ans, une façon aussi de voir notre action et notre avenir avec beaucoup de sérénité et d’enthousiasme.

L’aide aux malades est-elle toujours une priorité des pouvoirs publics? Il semble que cela soit assez difficile de faire exister des structures qui s’occupent des malades du sida en grande difficulté. Je pense notamment aux Petits Bonheurs ou à Café Lunettes Rouges qui a maintenant cessé d’exister. Ce qui s’est passé depuis 3 ans au niveau de la politique de la santé est catastrophique pour les associations. La séparation de la santé et du social est un immense retour en arrière par rapport à l’un des principaux acquis de la lutte contre le sida: la prise en charge globale des personnes malades.

Un simple exemple pour Basiliade: nos financements de la part de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France sont passés de 250000 à 60000 euros en l’espace de 2 ans, considérant qu’on ne fait pas de la santé mais du social. Et bien sûr, il n’y a eu aucun relai ou reprise de la part de la «Cohésion sociale»… Ces coupes budgétaires sont intenables économiquement pour une petite association comme Basiliade. Ne minimisons pas non plus l’usure des volontaires et des militants de la lutte contre le sida, de moins en moins nombreux et dont la relève est de plus en plus difficile. Beaucoup d’associations ont vu leur action s’effondrer ou disparaître à cause du manque de bénévoles ou d’un essoufflement de leurs conseils d’administrations…

Avez-vous besoin de bénévoles? L’action de Basiliade a toujours reposé sur un équilibre entre l’action des bénévoles et celle des professionnels. À Basiliade, les volontaires assurent la quasi totalité de nos missions d’accueil, que ce soit autour des ateliers de création artistique ou des repas communautaires. Plus de 5000 repas sont préparés et partagés ensemble tout au long de l’année. Nous sommes en quête de nouveaux volontaires mais, là encore, les temps sont difficiles. La solidarité est essentielle, y compris dans notre communauté. Et c’est un des messages les plus difficiles à faire passer actuellement. Sans bénévoles, Basiliade n’existe plus. Nous assurons un parcours d’intégration et de formation très important à tout nouveau volontaire. Il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences techniques pour devenir volontaire à Basiliade. Juste un peu d’énergie, de disponibilité et, surtout, l’envie de partager de bons moments avec des personnes qui sont là, juste à côte de nous, et que nous ne voyons pas toujours au quotidien.

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LES réactions (3)
  • Par helene 25 oct 2012 - 15 H 27

    il faut dire que Basiliade est une association chrétienne, qu’elle accueille souvent ceux et celles qui sont rejettés de partout, les trans par exemple (mais ça fait pas bien d’en parler alors on en parle pas, au début Basiliade n’en voulait pas ils ont évolués bravo). il faut dire aussi que Basiliade pratique un certain prosélitisme religieux catholique…sur des persones fragililsées par la misére c’est facile.

     
  • Par BONLIEU Nicolas 25 oct 2012 - 15 H 46

    BASILIADE n’est pas une association chrétienne mais « d’inspiration chrétienne ». Volontaire depuis plus de 10 ans, je n’ai jamais constaté de prosélytisme religieux, ni d’ostracisme à l’égard des trans. Chrétiens, musulmans, juifs, athées, toutes les religions (et parfois leur absence) sont présentes à BASILIADE. Une transsexuelle d’origine algérienne qui fréquentait très régulièrement le lieu d’accueil de Paris pour le repas du soir est décédée récemment. Une soirée en sa mémoire rassemblant ses amis a été organisée et des versets du Coran psalmodiés. C’était très émouvant.

     
  • Par Romain 25 oct 2012 - 18 H 26

    Basiliade est une association gérée avec des conflits d’intérêts….très nombreux…

     
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