«Ne nous trompons pas d’ennemi». Qu’est-ce qu’on a pu lire ce commentaire sur Yagg ces derniers temps! Alors commençons par remettre les pendules à l’heure. Non, je ne regrette pas d’avoir élu François Hollande. Non, je n’aurais pas préféré rempiler 5 ans de plus avec Nicolas Sarkozy. Non, non et non. Mais parce que ce gouvernement est moins pire, voire – osons – meilleur que le précédent, il faudrait se contenter de ça?

PEUR ET COLÈRE
Aujourd’hui, à quelques semaines de la présentation du projet de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, nous devrions être empli-e-s de joie. LE MARIAGE! (oui, les lesbiennes aussi peuvent pousser des cris de folles hystériques.) Enfin! Au lieu de cela, ce sont la peur et la colère qui habitent nos cœurs.

La peur de revivre le pacs – la lâcheté des député-e-s socialistes qui n’ont pas voulu «voter pour les pédés», faisant chuter temporairement une loi dont, toute imparfaite qu’elle fut, ils/elles auraient dû s’enorgueillir, la violence de la manif des anti-pacs, les dérapages dans l’hémicycle…

La colère de découvrir pour certain-e-s, d’accepter pour d’autres, que celles et ceux qui nous gouvernent ne comprennent pas l’un des mots les plus importants de la langue française: égalité.

Liberté, égalité, fraternité. Cette devise n’est pas juste là pour faire joli sur le fronton des mairies. Les 3 noms qui la composent symbolisent 3 idées qui n’ont de sens que comprises pleinement. Une semi-liberté, ce n’est pas la liberté. Il en va de même pour l’égalité: elle ne se divise pas. On est égal ou on ne l’est pas. On a les mêmes droits et les mêmes devoirs ou on ne les a pas. On ne peut pas être «séparés mais égaux», l’Histoire l’a montré, et continue de le montrer.

IMPUNITÉ
Qu’on en soit encore, en 2012, à devoir se battre pour l’égalité – entre hommes et femmes, entre homos et hétéros – a quelque chose de surréaliste. Que les propos que l’on lit et entend ces temps-ci puissent être écrits et prononcés sans vergogne et sans inspirer au gouvernement autre chose qu’un souhait de «débat serein» laisse pantois-e. A fortiori lorsque l’on tente de se projeter et d’imaginer ce qu’ils seront lorsque (et si) la question des droits des trans’ sera à l’ordre du jour des politiques… Les homos, et sans doute les trans’, seraient donc les dernières catégories de personnes que l’on pourrait insulter en toute impunité?

La peur et la colère. François Hollande est le 2e président de gauche de la Ve République. Pour la 2e fois, l’élection d’un président de gauche a entraîné avec elle un vent d’espoir. Lorsque l’on est porteur d’un tel espoir, sur des sujets aussi basiques et fondamentaux que l’égalité, l’équité, la justice sociale, lorsque l’on a promis et réussi à faire passer le sentiment que l’on croyait ce que l’on promettait (ce qui n’est pas donné à tout le monde), on a une responsabilité.

La peur et la colère. À tort ou à raison, l’Histoire nous le dira. En espérant que ce ne soit pas l’amertume qui les remplace dans nos cœurs.

«Pour certains, ça a l’air d’être simple», disait ce matin Jean-Marc Ayrault au sujet de l’ouverture du mariage. Mais oui, monsieur le Premier ministre, oui, c’est simple, très simple. C’est juste une question d’égalité. «Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune», énonce la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, dont on a fini par admettre qu’elle s’appliquait aussi aux femmes et aux citoyennes. Elle doit bien valoir pour les LGBT, aussi, allez. Ne laissez pas celles et ceux que le changement effraie dicter votre conduite. Vous êtes de gauche, vous n’avez pas peur. Vous avez l’Histoire avec vous.

Suivez Judith Silberfeld sur Twitter: judeinparis