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Société | 23.10.2012 - 18 h 49 | 1 COMMENTAIRES
Débat Obama/Romney (3/3): La vérité, rien que la vérité
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Le dernier débat entre les candidats à la présidence des États-Unis s'est tenu hier. Comme pour les précédents, retrouvez le compte-rendu de Susan Wood et le dessin de Paige Braddock.

debat Obama Romney 3 par Paige Braddock pour Yagg

Le dernier débat entre les candidats à la présidence des États-Unis, Barack Obama et Mitt Romney, s’est tenu hier, lundi 22 octobre, à Boca Raton, en Floride. Le modérateur était Bob Schieffer, le présentateur de l’émission Face the Nation sur CBS. Comme pour les précédentes rencontres, Susan Wood, conceptrice de logiciels californienne, ouvertement lesbienne, raconte la soirée pour les internautes de Yagg. Parmi les ami-e-s avec lesquel-le-s elle a regardé les différents débats, Paige Braddock, l’auteure du Monde de Jane, qui a, une nouvelle fois, croqué la soirée (cliquer sur l’image ci-dessus pour l’agrandir). Comme l’indique Susan à la fin de son récit, nous les retrouverons, Paige et elle, après les élections du 6 novembre…

LA VÉRITÉ, RIEN QUE LA VÉRITÉ, PAR SUSAN WOOD
«Ces débats me rappellent une très, très vieille émission de télévision, qui s’appelait To Tell the Truth (Pour dire la vérité) où des célébrités devaient repérer une personne au parcours exceptionnel dans un groupe d’imposteurs. À la fin de l’émission, le présentateur demandait toujours à la vraie personne de se dévoiler. Et si le le dernier débat présidentiel avait été conçu sur le même modèle, on aurait entendu quelque chose comme “Que le véritable Willard Mitt Romney se lève!”

Cette révélation aurait été utile ce soir, parce que, pour être honnête, il était carrément difficile de savoir si Romney était vraiment là, tellement on avait l’impression d’entendre Barack Obama! Très clairement, Romney voulait arranger son image de brute agressive, notamment auprès des électrices. Dans sa 2e phrase de la soirée, en réponse à une question sur le rôle des États-Unis au Moyen-Orient, Romney a appelé de ses vœux une «plus grande participation des femmes dans la vie publique». Ho là… Qui est ce type? À l’évidence, pas celui qui collectionne les classeurs pleins de femmes.

Contrairement à la rencontre avec le public la semaine dernière, lors de laquelle Romney avait semblé assez désagréable, ce débat a montré un Mitt plus doux, plus nuancé. Il a même eu le culot de reprocher au Président de l’attaquer! «M’attaquer ne constitue pas un programme”… Quel toupet!

Cette petite comédie a dû être un peu déroutante pour Obama, qui se mesure à l’autre Romney depuis près d’un an, à dessiner un programme politique sur lequel s’appuyer de façon à ce que les électeurs/trices américain-e-s disposent d’un vrai choix. Mais ce soir, Romney a enfilé ses habits de caméléon, se transformant d’agresseur en samaritain, de faucon en colombe, de patricien en homme du peuple. Son interprétation aurait mérité un Oscar, et la surprise se voyait sur le visage d’Obama. Ce doit être dur de toucher une cible mobile, surtout une cible qu’on n’arrive même pas à identifier.

Après le 2e débat, Charles Pierce, d’Esquire Magazine, a publié un portrait cinglant du candidat républicain, dans lequel il décrivait les multiples personnalités de Mitt Romney. Il y avait le type blanc arrogant, le crétin pleurnichard, et l’odieuse petite brute: Lofty (Hautain), Snippy (Geignard) et Dickhead (Tête de nœud). Ce soir nous avons fait la connaissance d’un 4e personnage, Shifty (Fourbe), qui ressemblait beaucoup à Lofty qui se prendrait pour Obama. À vrai dire, il a semblé d’accord avec Obama sur presque toutes les questions de politique étrangère, avec simplement par-ci par-là une intervention belliciste de qui vous savez. Tandis que Shifty félicitait le président d’avoir usé de menaces pour dissuader l’Iran de s’équiper de l’arme nucléaire, Dickhead insistait pour que l’Amérique ait une position plus ferme: des sanctions plus dures et une pression internationale accrue. Sans que l’on sache très bien ce qu’il veut dire par là. Obama n’a pas laissé passer cette mascarade, qui a remarqué que les énoncer d’une voix plus sonore ne rendaient pas les mêmes idées différentes. Quoique? Est-ce que Dickhead nous engagerait vraiment dans une nouvelle guerre? Difficile de savoir, parce que Shifty s’adapte à son public, balançant tout et n’importe quoi du moment que cela peut lui rapporter un vote. Il est impossible de le coincer sur les détails.

Honnêtement, ce débat était un peu ennuyeux. S’il n’y avait pas eu l’invité surprise qui habite chaque apparition de Romney, nous aurions peut-être choisi de regarder le baseball. Le thème central devait être la politique étrangère, mais finalement toutes les discussions sont revenues aux questions d’économie et nous avons été abreuvé-e-s, une fois de plus, des mêmes statistiques indigestes que l’on nous a déjà si souvent servies. Mais c’est dans cette direction que Shifty aime amener la conversation parce que l’économie est au fond du gouffre et qu’il est censé être un bon homme d’affaires. Mais regardez en quoi consistait ses affaires. Il a bâti sa réputation en rachetant des entreprises endettées, des sociétés en difficulté financière qui avaient besoin d’une injection d’argent frais pour survivre. Mais ces sociétés ont souvent été détruites, les salarié-e-s licencié-e-s, les fonds d’assurance-vieillesse vidés et les actifs cédés. Voilà ce que Shifty faisait comme affaires. C’est ce type qui dit qu’il «connaît le business», qu’il sait «comment créer des emplois». C’est ce type qui veut s’occuper de notre économie! Mais bien sûr, et pendant qu’on y est, confions la diététique au croque-mort. C’est à peu près aussi logique.

À l’heure qu’il est, nous sommes plus qu’un peu las de cette campagne électorale qui n’en finit pas. Et bien que Shifty ait rendu l’ensemble un peu plus excitant en nous surprenant constamment, nous sommes prêt-e-s à passer à la suite. Le débat de ce soir était, heureusement, le dernier. La prochaine fois que vous entendrez parler de nous, notre destin sera scellé. Si Obama a droit à un nouveau mandat, vous entendrez un soupir collectif de soulagement. Cela voudra dire que les Américain-e-s, qui étaient enfin revenu-e-s à la raison en 2008, ont encore un semblant de bon sens. En revanche, si la couronne est décernée à Shifty et à ses amis… non, je ne veux pas y penser.»

La vidéo du débat:

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur Complete Third Presidential Debate on Foreign Policy 2012: Barack Obama vs. Mitt Romney Oct 22

Le débat doublé en français par i>Télé

Le verbatim du débat sur Le Monde.fr

Le texte de Susan Wood en version originale sur From Paris with Yagg.

Illustration Paige Braddock (traduction: Bulle 1: «Je vous remercie d’avoir posé cette question, parce que j’aimerais parler de quelque chose qui n’a absolument rien à voir, pour rattraper ce que j’ai dit la semaine dernière…»; Bulle 2: «Vous avez cru que je parlais de 12000000 emplois? Ahahah! J’ai dit 12 emplois!»; Bulle 3: «Je sais que je change de programme toutes les 5 minutes, mais ma coupe de cheveux est présidentielle, non?»)

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LES réactions (1)
  • Par sossourires 23 oct 2012 - 18 H 58
    Avatar de sossourires

    « …… En revanche, si la couronne est décernée à Shifty et à ses amis… non, je ne veux pas y penser.»
    Il n’y a pas qu’elle.

     
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