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Chats, Santé | 19.10.2012 - 10 h 56 | 3 COMMENTAIRES
Nadège Pierre: «On souffre de sa suractivité sexuelle quand on perd de la liberté dans sa vie affective, professionnelle ou amicale»
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Libido et surpoids, prise de risques, addiction sexuelle… Nadège Pierre, psychosexologue, a répondu aux très nombreuses questions des internautes sur la sexualité.

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Le mercredi 10 octobre, Yagg recevait Nadège Pierre, psychosexologue au 190, centre de santé sexuelle, à Paris, pour un chat avec les internautes. Voici l’intégralité des échanges.

Nadège Pierre: Je suis très contente d’être à Yagg ce soir pour répondre aux questions des internautes.

Étienne: Bonjour. Question un peu bête: une psychosexologue, c’est quoi exactement?

Nadège Pierre: C’est une psychologue qui a une spécialisation en sexologie avec un diplôme universitaire de sexologie. Les sexologues sont soit médecins soit psychologues. Même si d’autres peuvent pratiquer la sexologie, on ne peut qu’être médecin sexologue et ou psychologue sexologue.

Silex: Bonsoir. Je me demande si je n’ai pas un problème de périnée: difficile de ne pas laisser quelques gouttes d’urine dans mon slip après être allé aux toilettes, comme si «je n’avais pas tout refermé»… Et parfois érection impossible… (peut-être lié à l’émotion ou au désir inconstant mais…) Y a-t-il un médecin que je pourrais consulter en toute confiance et qui saurait me dire?

Nadège Pierre: Oui il est possible de consulter un médecin, et je préconiserais de consulter un urologue qui fait de la sexologie, pour cette interrogation sur le périnée. Pour ce qui est de la question de l’érection, ce n’est pas forcément lié. Il manque des éléments comme l’âge, la fréquence des mauvaises érections. C’est peut-être le même médecin qui peut évaluer si la prise en charge est médicale ou psychologique. Il faut aussi savoir s’il y a des facteurs autres.

Thomas: Bonsoir, est-il vrai que le surpoids est facteur de baisse de libido?

Nadège Pierre: On peut observer que chez les personnes en surpoids une baisse de la libido. Cette baisse peut être organique quelquefois. Par exemple, des troubles cardiovasculaires ou du diabète. Mais il y a sans doute des facteurs psychologiques qui sont plus fortement liés: l’image qu’on a de son corps, l’acceptation ou le dégoût de soi, une déprime ou une dépression qui peuvent aussi parfois être la cause de ce surpoids. Probablement que les facteurs psychologiques sont très importants sur la libido. Mais être en surpoids ne veut pas dire qu’on ne peut pas avoir une vie sexuelle, en travaillant sur l’estime de soi, la capacité à séduire et à plaire, en réinvestissant le plaisir de son corps, etc. L’érotisme et le plaisir ne sont pas affaire de poids.

Sonja: Bonjour. Malgré mon désir pour ma partenaire et mes fantasmes, je n’arrive pas à être pénétrée (par un sextoy). Jamais pu avec un garçon non plus. Un trauma d’enfance peut-il jouer encore aujourd’hui (j’ai 35 ans)? Comment résoudre cela?

Nadège Pierre: Visiblement, ce que vous décrivez pourrait ressembler à du vaginisme, ce qui est l’impossibilité d’être pénétrée. C’est un trouble qui cède assez facilement avec une sexothérapie. Rencontrer un-e sexologue permet de faire céder le trouble, par la parole et avec des exercices. Vous évoquez cependant un traumatisme d’enfance. Le fait que vous en parliez montre que c’est sans doute lié. Il serait sans doute important pour vous d’évoquer cela avec un-e psychologue.

Stéphane: Croyez-vous à l’addiction au sexe?

Nadège Pierre: Je reçois en consultation beaucoup de personnes qui souffrent de dépendance sexuelle. Pour ces personnes, le sexe n’est plus lié au plaisir mais est devenu une contrainte interne qu’il faut soulager. Il y a différentes formes d’addiction sexuelle, qu’elle soit liée à de la pornographie sur internet (masturbation, plan webcam) ou à des rencontres avec ou sans prise de produits. On souffre de sa suractivité sexuelle quand on perd de la liberté dans sa vie affective, professionnelle ou amicale, etc.

John75: Plusieurs études ont lié la propagation de l’épidémie de VIH à la mauvaise estime de soi des gays… Faites-vous ce lien également?

Nadège Pierre:  Le développement de l’épidémie est lié à son histoire: groupe de population particulier ou zone géographique. Mais on peut entendre que certains jeunes gens qui souffrent de l’homophobie ou d’une mauvaise estime d’eux-mêmes prennent plus de risques et soient plus vulnérables à la contamination. Mais il faut rappeler qu’entre 1 et 15% des gays sont séropositifs en France ce qui rend plus risqué les rapports non protégés.

celine: Bonsoir, que pensez vous de l’éjaculation féminine? comment l’obtenir? Merci

Nadège Pierre: Je ne connais pas la technique qui favorise l’éjaculation féminine. Elle n’est pas liée à un plaisir ou à un orgasme plus important. Souvent, c’est un fantasme du ou de la partenaire. C’est important de savoir pourquoi on cherche à l’obtenir.

Christophe: Bonjour. Avez-vous l’impression que les gays se protègent de moins en moins?

Nadège Pierre: Il semblerait que d’une manière générale, les gays ont du mal à protéger leurs rapports sexuels de façon systématique. La transmission est souvent le fait de personnes qui ignorent leur séropositivité. Les gays qui connaissent leur statut sérologique positif soit choisissent d’avoir des rapports protégés, soit d’avoir des rapports non protégés mais uniquement avec des séropositifs.

nathalie: bonsoir, pouvez-vous nous dire comment interagissent amour et désir?

Nadège Pierre:  De multiples façons. Quelquefois l’amour bloque le désir, parfois il le décuple. L’amour sans désir peut aussi exister, le désir sans amour peut aussi exister.

nathalie: et quand il le bloque, comment peut-on faire?

Nadège Pierre:  Sans doute qu’il faut interroger les raisons du blocage: la peur de gâcher une relation, conserver un amour idéalisé sans sexe?…

Stéphane: Bonjour. Faites-vous des consultations avec des couples aussi? Si oui, quels sont leurs problèmes en général?

Nadège Pierre: Au 190, on peut recevoir des couples ensemble ou les partenaires séparément, soit pour travailler des questions sur la sexualité et la séropositivité ou discuter d’autres troubles de la sexualité qui sont parfois dus à des difficultés de relation dans le couple. Cependant, il n’y a pas de thérapie de couple au 190. Mais les thérapeutes de couples peuvent recevoir des couples de garçons ou de filles.

geraldine49: Étant transgenre stérilisée suite a un cancer de la prostate, je ne peux bien sûr plus me reproduire, mais en plus je ne peux plus avoir d’érection (nerfs érecteurs endommagés?) choc psychologique pendant l’opération (dixit le chirurgien , bof j’y crois pas) ma sexualité déjà difficile me pose de plus en plus de problèmes n’ayant pas de soutien psy (les pires), pas de soutien médical (pas de traitement hormonal). En plus un appareil génital réduit et donc difficile de pouvoir se masturber, que me conseillez vous?

Nadège Pierre:  Une partie de votre question mérite d’avoir un avis médical. Il existe des moyens mécaniques de pouvoir provoquer une érection. Recourir à un soutien psychologique pour pouvoir évoquer ces difficultés pourrait être une bonne chose pour vous permettre d’évoluer dans votre sexualité. Et cela pourrait vous permettre de discuter de la question du désir: est-il présent ou diminué?

Sébastien: Bonsoir. Quels sont les problèmes des personnes que vous recevez au 190?

Nadège Pierre: Les personnes qui viennent me consulter au 190 viennent soit pour des difficultés rencontrées dans leur vie sexuelle et/ou un mal-être plus général. Les difficultés sexuelles évoquées peuvent être, pour les hommes, les troubles de l’érection, la baisse du désir, l’addiction sexuelle, les prises de risque, la sexualité avec le VIH. Pour les femmes, la vie avec le VIH, l’absence de désir, l’absence de plaisir, les douleurs lors du rapport. Les gens viennent parler de leurs symptômes et de leur gêne, et s’engage un suivi régulier pour trouver des améliorations et plus de bien-être.

Mario: Bonsoir. Pensez-vous que la sexualité des gays a évolué avec le temps?

Nadège Pierre: J’imagine que depuis que les hommes ont un pénis, un anus, deux mains, deux pieds, une bouche, des oreilles, cinq sens, etc., ils ont toujours dû imaginer tout un tas de pratiques sexuelles et de plaisirs sexuels. Médiatiquement et sur internet, on peut voir des choses qu’on n’aurait pas imaginé et avoir l’impression qu’il y a des phénomènes de mode.

Yagg: Le mot de la fin à notre invitée…

Nadège Pierre: C’était trop court et beaucoup de questions mériteraient un plus long développement. L’équipe du 190 peut accueillir tous les hommes et toutes les femmes LGBT qui se posent des questions sur leur sexualité. Pratiques, orientation risque, etc.

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LES réactions (3)
  • Par etienne 19 oct 2012 - 11 H 21

    Bonjour. Il n’y a là-dedans rien que de très normal. Notre « personne »-alité, ce n’est pas que la chair, les os et tout ce qui est périssable,-éminemment périssable- ; c’est aussi, et surtout, « l’impalpable », et si mon impalpable est en mauvais état, ne fonctionne pas harmonieusement, le visible ne fera pas bien son « travail « . Sigmund l’a dit de façon plus sciencifique.

     
  • Par etienne 19 oct 2012 - 11 H 25

    L’Amour sans le sexe est peu de chose; mais le sexe sans l’Amour, ce n’est rien. Ce n’est pas moi qui l’ai pensé.

     
  • Par Elywen 19 oct 2012 - 15 H 00
    Avatar de

    @judith : mais quelle faute! :D
     » L’équipe du 190 peut accueillir toutES les hommes et toutes les femmes LGBT qui se posent des questions sur leur sexualité. Pratiques, orientation risque, etc « 

     
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