Égalité des droits, Homoparentalité, Mariage, Sondages | 17.10.2012 - 13 h 56 | 13 COMMENTAIRES
Sondage: 51% des Français-es favorables à la PMA pour les couples lesbiens
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La procréation médicalement assistée a les faveurs d'un plus grand nombre de Français-es que l'adoption, selon un sondage LH2/«Le Nouvel Observateur».

Alors que le projet de loi du gouvernement prévoit de faire découler du mariage le droit pour des couples de même sexe à adopter des enfants et écarte l’accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples lesbiens, un sondage LH2 pour Le Nouvel Observateur révèle que les Français-es sont légèrement plus favorables à ce droit qu’au précédent.

UNE (COURTE) MAJORITÉ POUR LA PMA MAIS PAS POUR L’ADOPTION
Ainsi, 51% des personnes interrogées approuvent la PMA pour les «couples homosexuels féminins», 45% s’y disent hostiles. En ce qui concerne l’adoption, 49% sont pour, 48% contre.

Autre enseignement de ce sondage: le travail de sape des opposant-e-s à l’égalité des droits porte ses fruits, puisque le pourcentage de Français-es favorables à l’ouverture du mariage continue de baisser. De 65% en août selon un sondage Ifop/La lettre de l’opinion et 61% selon un sondage Ifop/Le Figaro publié le 12 octobre dernier, on passe ici à 58% des Français-es (72% chez les sympathisant-e-s de la gauche et du PS, 47% pour les sympathisants de la droite, 48% pour celles/ceux de l’UMP et 46% pour celles/ceux du Front national). «La forte progression des opposants au projet et la médiatisation de leurs arguments ont (…) certainement joué, analyse l’Ifop. La période actuelle de crise renforce également sans doute les inquiétudes, et il semble qu’il y ait une certaine montée du conservatisme sur les questions sociétales due à un climat global anxiogène.»

LES CLIVAGES
Sans surprise, les sympathisant-e-s de gauche soutiennent très largement une avancée des droits pour les couples de même sexe, celles/ceux de droite beaucoup plus réticent-e-s: «Le clivage est fortement marqué, puisque concernant les trois droits testés dans ce sondage, les sympathisants du Parti socialiste y sont très largement favorables alors que les sympathisants de l’UMP y sont majoritairement opposés (respectivement 72%, 65% et 63% d’approbation concernant le droit au mariage, à l’adoption et à la PMA pour les électeurs du PS; contre respectivement 48%, 36% et 43% concernant le droit au mariage, à l’adoption et à la PMA pour les électeurs de l’UMP)», indique l’institut de sondage.

Les jeunes se montrent également plus ouvert-e-s: «Environ 6 à 7 personnes âgées de 18 à 24 ans sur 10 défendent les droits des homosexuels (73% concernant le mariage gay [sic], 66% concernant l’adoption et 70% concernant la PMA). A l’opposé, seules 3 à 4 personnes âgées de 65 ans et plus sur 10 se prononcent en faveur de ces droits (respectivement 36%, 30% et 39% pour chacun des droits)». De même pour les femmes, qui approuvent le mariage à 64% contre 51% des hommes, et l’adoption et la PMA à 54% contre 44% et 48% pour les hommes (sans distinction d’orientation sexuelle).

«Enfin, souligne l’étude, contrairement peut-être à certaines idées reçues, les Parisiens ne sont pas plus tolérants sur ces sujets que les personnes habitant en province. On observe même le contraire en ce qui concerne l’adoption des couples homosexuels. Les provinciaux sont ainsi majoritairement favorables à l’adoption (51%), ce qui n’est pas le cas des Parisiens (40%).»

Ce sondage a été réalisé par téléphone les 12 et 13 octobre auprès d’un échantillon de 974 personnes, représentation de la population française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).

Il s’inscrit dans un dossier, qui répond aussi à 7 questions sur la procréation médicalement assistée et donne la parole à des député-e-s sur la PMA:

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur Couples homos : les députés partagés sur la procréation

«UN ABOUTISSEMENT»
À celles et ceux qui, comme Élisabeth Guigou, prônent le «chaque chose en son temps», Erwann Binet, député PS de l’Isère, devenu en quelques jours le «porte-parole» des député-e-s PS pro-PMA, et Corinne Narassiguin, députée PS des Français-es de l’étranger, répondent, dans une tribune publiée ce jour dans Libération: «La loi qui naîtra des discussions au Parlement ne doit pas être une étape supplémentaire dans l’acceptation des couples homosexuels. Elle doit être un aboutissement». «En ce sens, le droit au mariage engage pour nous toutes ses conséquences sur la filiation, écrivent-il/elle. (…) Les impressions et les sentiments doivent laisser la place aux arguments. Et l’inconfort que l’idée du mariage homosexuel [sic] pourrait faire ressentir à certains doit être écarté pour laisser place à notre principal objectif: combler par un cadre protecteur l’insuffisance manifeste de la loi actuelle. Chacun doit se rendre bien compte que se joue là le maintien ou non en dehors de la loi des enfants élevés par des couples désormais reconnus.»

«Notre Histoire montre que l’accès aux droits et aux libertés publiques s’est rarement fait dans une communion universelle. Attribuer des droits à certains groupes en a toujours offensé d’autres, parfois majoritaires. C’est là que la République s’impose pour s’assurer que la minorité sans pouvoir, soit protégée de la « tyrannie » du plus grand nombre», conclut le texte.

Illustration Gami

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LES réactions (13)
  • Par Maxou 17 oct 2012 - 19 H 12

    Je trouve illogique – voire dangereux politiquement – de mélanger la question du mariage pour tous, qui sera la consécration de l’égalité de tous les couples (et de leurs enfants) dans l’accès à des droits relatifs à « l’état des personnes » avec celle de la PMA, qui touche à la bioéthique. La stérilité des couples lesbiens n’est pas le résultat d’une maladie. Il est logique de s’interroger longuement sur le fait d’y apporter une réponse médicale (qui en plus, alimente cette tendance récente à vouloir privilégier la filiation génétique par rapport aux autres filiations).

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  • Par Phil86 17 oct 2012 - 19 H 17

    Mais la PMA pour les hétéros n’a pas non plus de fonction médicale : elle ne « guérit » de rien du tout, elle apporte une aide à la procréation à des couples qui, pour des raisons diverses, ne peuvent de toute façon pas procréer par eux-mêmes, ce qui est bien le cas des couples lesbiens.

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  • Par Phil86 17 oct 2012 - 19 H 19

    « Et elles savent, aussi, que la raison qu’on donne pour opposer l’adoption (où un enfant pourrait avoir deux pères ou deux mères) et l’AMP (où il ne le pourrait pas) est en réalité un mythe qui aujourd’hui prend l’eau de toutes parts : le mythe qui consiste, quand on fait un enfant à trois – un couple requérant l’aide d’un donneur ou d’une donneuse –, à maquiller ensuite cela en une fausse procréation charnelle à deux.

    Ce point est capital : les lesbiennes font ici les frais des montages pseudo-procréatifs du droit français de l’AMP, alors même qu’il serait parfaitement possible, pour le plus grand bénéfice de tous, parents et enfants, d’en sortir pour assumer ce qu’on fait depuis déjà quarante ans , des engendrements avec tiers donneur. Comme tout serait plus simple, plus lisible, si le projet prenait une option claire sur la filiation en général en assumant que oui, d’ores et déjà le mot parent a changé de sens dans la société, et qu’il est temps de l’instituer en droit. Car c’est parfaitement possible. »

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/18/filiation-l-impense-du-projet-taubira_1761913_3232.html

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  • Par nileju 17 oct 2012 - 19 H 26
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    Oui donc on a la pma pour les lesbiennes mais pour les gays, qu’en est-il ?

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  • Par Maxou 17 oct 2012 - 19 H 36

    « Pour les gays » (si on peut dire) ce n’est plus de la PMA. On bascule sur la « maternité pour autrui » (en principe, sous forme de « gestation pour autrui »). Là ça pose encore d’autres questions, notamment celle de l’instrumentalisation du ventre d’une femme tierce (donc on tombe dans le débat sur le droit de contractualiser sur son propre corps et ses produits et la question classique des lois protégeant les gens contre eux-mêmes).

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  • Par Phil86 17 oct 2012 - 19 H 38

    La GPA viendra tôt ou tard dans le débat législatif. Mon avis est qu’il faudra l’encadrer et donc… la légaliser. Sinon, nous continueront à faire l’autruche et à reculer pour mieux sauter.

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  • Par Maxou 17 oct 2012 - 19 H 54

    Effectivement, ça reviendra dans le débat législatif… et c’est même déjà prévu puisque ça fait partie de la loi bioéthique, qui doit être revue dans un délai maximum de 7 ans (cela a été prévu lors de la dernière réforme de 2011).
    Sur le fond, qu’il y ait débat, ok. Mais mon questionnement porte sur le fait que certains tentent délibérément de mélanger ces deux questions, la réponse à l’un étant évidente, l’autre (d’une autre nature) l’étant moins. C’est un truc bon pour cliver à mort la société sur le mariage pour tous pour de mauvaises raisons. Est-ce ce que nous souhaitons ?

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  • Par Phil86 17 oct 2012 - 20 H 46

    Le mariage et les questions liées à la parentalité et à la filiation sont intimement liées, il n’est pas possible d’aborder le premier sans aborder les secondes.

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  • Par Maxou 18 oct 2012 - 11 H 44

    Oui. Mais, précisément, ce n’est pas le sujet des débats sur la PMA et la GPA, qui concernent le rapport entre science (ou plutôt « technique ») et dignité humaine. Ce sont bien deux questions distinctes. D’où le malaise qu’engendre la tentative de certains de mélanger les deux débats (ce que je comprends aisément. C’est humain. Je fais face avec mon mec aux mêmes questionnements, comme de nombreux homo rêvant de devenir parent.).

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  • Par Phil86 18 oct 2012 - 11 H 49

    La PMA étant ouverte aux hétéros, je vois mal comment elle pourrait ne pas l’être aux lesbiennes.

    La GPA est une question plus complexe car elle suppose la gestation par une tierce personne. Mais je pense qu’elle viendra tôt ou tard devant le parlement.

    La procréation biologique n’est plus la seule méthode procréative, il faudra bien prendre acte de cet état de fait. En matière sociétale, le droit se retrouve très souvent au pied du mur. C’est à lui de s’adapter à la société, du moins dans une société ouverte fondée sur l’état de droit, l’égalité entre citoyens et la démocratie.

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  • Par Maxou 18 oct 2012 - 12 H 05

    La PMA n’est pas du tout « ouverte aux hétéros » suivant un principe absolu ! (et c’est tant mieux)
    art 2141-2 du Code de la santé publique : « L’assistance médicale à la procréation a pour objet de remédier à l’infertilité d’un couple ou d’éviter la transmission à l’enfant ou à un membre du couple d’une maladie d’une particulière gravité. Le caractère pathologique de l’infertilité doit être médicalement diagnostiqué. »

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  • Par Phil86 18 oct 2012 - 12 H 30

    mais la PMA *ne propose pas de soin thérapeutique*, elle propose une aide à la procréation à des couples qui, pour des raisons diverses, ne sont pas en capacité de procréer par eux-mêmes… évidemment, comme elle ne s’adresse qu’à des couples hétéros, il y a forcément une raison médicale à leur demande, mais je ne vois pas ce qui distingue un couple de lesbienne d’un couple hétéro ne pouvant procréer par lui-même (si on refuse la pma aux lesbiennes, la logique voudrait qu’on la refuse aussi à ces couples hétéros, puisque de toute façon, les couples qui en font la demande ne peuvent pas faire un enfant par eux-mêmes et ont besoin d’une aide extérieure, tout comme les couples lesbiens)… bon, je ne te répondrai plus, on ne sera jamais d’accord de toute façon… bonne journée, Maxou !

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  • Par Maxou 18 oct 2012 - 12 H 41

    Victoire par ko ;-) (je plaisante. Le sujet est complexe. C’est juste que, ce qui me paraissait évident au 1er abord, me fout de plus en plus mal à l’aise au fur et à mesure que je réfléchis aux implications de la question. Même pour les hétéros. Donc mélanger ça avec le mariage et l’adoption, qui sont des évidences, me semble dangereux. Bref, je boucle). Bonne journée !

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