Daniel Borrillo et quelques autres universitaires ont rencontré hier Najat Vallaud-Belkacem, dans le cadre de la mission sur la lutte contre l’homophobie qui lui a été confiée par le Premier ministre. Contacté par Yagg à l’issue de cette rencontre, le professeur de droit privé à l’université de Nanterre a salué l’arsenal répressif mis en place par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin en 2004. Depuis lors, les propos homophobes sont interdits, mais il faut aller plus loin, insiste Daniel Borrillo. «La répression ne suffit pas, explique-t-il, elle doit être accompagnée par la prévention, mais il ne peut y avoir de prévention sans connaissance.»

C’est en vertu de ce principe que lui-même et les autres universitaires réunis par la ministre des Droits des femmes sont tombés d’accord sur l’idée qu’il faut faire de l’homosexualité l’objet de recherches scientifiques. «Les associations font un travail remarquable, assure Daniel Borrillo, mais ce qu’elles publient n’est pas utilisable pour la recherche. Il faut produire une connaissance scientifique de l’homophobie en France.» L’enseignant déplore notamment le manque de moyens et d’attention envers ce domaine de recherche. «Les étudiants sont obligés de partir à l’étranger pour leurs travaux sur l’homosexualité. On n’a même pas de données fiables sur le suicide des jeunes», regrette-t-il.

« DÈS LA MATERNELLE »
Daniel Borrillo suggère donc de faire de l’homosexualité une notion transversale. Les autres universitaires présents, spécialistes d’histoire, de littérature ou de biologie, ont eux aussi approuvé l’idée que prévenir l’homophobie requiert que des efforts pédagogiques soient effectués «dès la maternelle» et dans toutes les matières. L’autre phase de réflexion a consisté à concilier la question des droits des femmes avec celles des LGBT. Le fait que ces deux sujets relèvent des questions de genre permet de les lier et de les traiter de façon conjointe.

Najat Vallaud-Belkacem s’est en tout cas montrée «très attentive» lors de cette discussion informelle avec les universitaires. Leurs indications devraient l’aiguiller dans le rapport sur la lutte contre l’homophobie qu’elle remettra prochainement au Premier ministre.