Opinions & Débats | 11.10.2012 - 11 h 12 | 0 COMMENTAIRES
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«Oui, nous voulons tout tout de suite. Parce que c’est le bon moment», par Judith Silberfeld

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Alors qu'il avait toutes les cartes en main pour mettre en place une véritable égalité des droits, le gouvernement tergiverse. Il s'agit non seulement d'un reniement sur les engagements de campagne, mais aussi d'une erreur politique.

Bien sûr que nous aurions aimé y croire. Très vite, pourtant, il est apparu, de plus en plus clairement, qu'il fallait s'attendre à être déçu-e-s. La formulation de l'engagement 31, déjà, laissait la place à trop d'interprétations: adoption plénière? Adoption simple? Pour tous les couples ou juste pour les couples mariés? Avec la possibilité d'adopter l'enfant du partenaire? Autant de questions, et bien d'autres encore, auxquelles s'ajoute l'erreur de limiter l'homoparentalité à l'adoption. Mais passons.

Puis vint la nomination du gouvernement, où, de l'aveu même de Najat Vallaud-Belkacem, qui s'est retrouvée titulaire d'un ministère des Droits des femmes, il manquait un portefeuille sur l'égalité des droits (d'où la mission contre l'homophobie et la transphobie qui lui a été confiée par Jean-Marc Ayrault). Un gouvernement dont la ministre déléguée à la Famille a semblé, dès ses premières interviews, vouloir marquer son territoire, en insistant – et on ne le lui reprochera pas – sur le fait qu'elle était la ministre de toutes les familles, homoparentales incluses.

On a dès lors eu le sentiment d'assister à une bataille d'égos: qui marquerait l'Histoire en ouvrant le mariage, plus de 10 ans après les Pays-Bas, aux couples gays et lesbiens? Qui succéderait à Robert Badinter dans nos cœurs? Aujourd'hui, il semble que la réponse soit: personne.

Certes, nous allons pouvoir nous marier. Dans certains cas, nous allons même le devoir (on pense aux téméraires qui voudraient tenter d'adopter en couple). Mais c'est tout. Pas de présomption de parentalité, pas de PMA, pas de statut du parent social. Quant à la GPA, on n'y pense même pas.

«BEEN THERE, DONE THAT»
D'aucuns, y compris au sein de la communauté LGBT, nous reprochent d'en demander trop, de vouloir tout tout de suite, de refuser la logique du «chaque chose en son temps». Been there, done that. Dans les années qui ont précédé le vote de la loi instaurant le pacs, nous réclamions le droit au mariage parce que nous étions conscient-e-s que cette «étape» du pacs, non contente de priver nos familles de quelque reconnaissance que ce soit, reportait aussi toutes les autres «étapes» aux calendes grecques.

Sans doute parce qu'il a peur de ne toujours pas pouvoir compter sur ses troupes – en 1998, la loi sur le pacs n'avait pu être votée, faute d'un nombre suffisant de député-e-s socialistes présent-e-s à l'Assemblée –, le gouvernement, qui dispose pourtant officiellement d'une majorité confortable au Sénat comme à l'Assemblée nationale, nous refait le coup du «raisonnable». On a vu, en 1998, le succès qu'avait eu le raisonnable.

On nous objecte aussi que l'égalité des droits ne devrait pas être prioritaire, que nous ne sommes pas juste LGBT et devrions comprendre qu'en ces temps de crise, le gouvernement a d'autres chats à fouetter. En 1982, lorsqu'il a aboli la peine de mort et dépénalisé les relations homosexuelles avec des mineurs de plus de 15 ans, Robert Badinter appartenait également à un gouvernement confronté à la crise. Puisqu'il semble là aussi de plus en plus évident qu'à l'épreuve de la réalité, le gouvernement aura du mal à tenir les belles promesses du candidat Hollande, puisque l'économie mondiale marche sur la tête et que la France n'est pas l'Islande, la période est idéale pour donner des droits à moindres frais, pour engranger des symboles, pour marquer l'Histoire de son empreinte. Les droits fondamentaux (égalité homos/hétéros, droits des trans', droit de vote des étrangers, égalité hommes/femmes), ça ne nourrit pas, mais ça réchauffe le cœur. Et c'est bon pour le karma de ceux et celles qui les rendent accessibles à tou-te-s. En ce moment, un bon karma, ça ne se refuse pas.

Photo jmayrault / Yagg

Suivez Judith Silberfeld sur Twitter: judeinparis

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Cofondatrice et rédactrice en chef de Yagg.
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