Santé
Santé, VIH | 02.10.2012 - 11 h 17 | 14 COMMENTAIRES
Ipergay: Stop ou encore?
Publié par
Le comité associatif demande l'arrêt de l'essai de prévention chez les gays si des modifications importantes ne sont pas apportées.

[Mise à jour – 17h15] Arthur Vuattoux, vice-président d’Act Up-Paris, nous informe qu’«Act Up-Paris n’est pas solidaire de cet avis [du Comité associatif], tout comme les Flamands Roses». Nous avons modifié le début de l’article en ce sens. «Face à l’impossibilité d’une unanimité, une motion, visant à refléter les positions ayant une majorité absolue des avis exprimés, a été adoptée pour rédiger cet avis», précise par ailleurs le communiqué du Comité associatif.

L’essai Ipergay vit-il ses derniers jours? L’étude de PrEP (Prophylaxie pré-exposition) de l’ANRS qui a démarré en janvier 2012 et dans lequel un antiviral, Truvada, est testé pour mesurer son efficacité dans la réduction de la transmission du VIH, est sous le feu des critiques du Comité associatif de l’essai (17 associations-membres) qui réclame l’arrêt de l’essai si des modifications importantes ne sont pas apportées.

Réunies samedi 29 septembre, les associations-membres de ce Comité (dont Warning, le Sneg, HM2F) exigent que les investigateurs de l’essai modifient l’essai sans attendre. C’est en particulier deux points qui posent problème: le bras placebo et la posologie de Truvada. Sur ce dernier point, l’été a été riche en rebondissements. Le 16 juillet dernier, la Food and Drug Administration (FDA) a approuvé l’utilisation de Truvada comme traitement préventif contre le VIH. L’agence américaine, qui préconise un traitement en continu (tous les jours) a basé son avis sur les résultats d’iPrex, l’essai américain qui a montré une réduction de plus de 40% de la transmission, et de plus de 90% chez ceux qui prenaient parfaitement leur traitement, tous les jours. En France, plusieurs institutions comme le Conseil national du sida (CNS) ou le Groupe d’experts français sur le sida ont émis des recommandations plutôt favorables à l’utilisation de Truvada, en particulier chez les gays séronégatifs.

POUR UN TRAITEMENT PRÉVENTIF EN CONTINU
Pour le Comité associatif d’Ipergay, il n’est plus question d’attendre, selon le communiqué publié lundi 1er octobre: «Très majoritairement, les associations du comité pensent que l’’avis de la FDA, les recommandations de l’’OMS, du CNS, et celles du Groupe d’’experts français constituent un changement de contexte qu’’il convient de considérer dès à présent quant à la manière d’’étudier l’’intermittence d’une PrEP orale.» Le Comité associatif réclame donc qu’une PrEP en continu soit mise en place dans Ipergay, selon les recommandations du Groupe d’experts français (pages 19 à 22 du document téléchargeable en PDF). Selon le Comité, «le bénéfice est double, puisque ces personnes, en plus d’’un effet protecteur de Truvada, pourraient dès à présent bénéficier d’un accompagnement personnalisé, quand auparavant peu ou pas de solutions leurs étaient proposées».

QUID DU PLACEBO?
Les participants à l’essai IPergay sont répartis en deux groupes: l’un avec Truvada, l’autre avec placebo, en plus pour les deux bras d’un suivi personnalisé et des conseils de prévention. Warning réclame l’arrêt du placebo. La majorité absolue des associations du Comité (ALS, Boucle Rouge, Fédération LGBT, FGL, HM2F et Keep Smiling) s’est prononcée pour la continuité du placebo à la seule condition que les participants qui le désirent puissent avoir accès à une prise de PrEP au Truvada quotidienne dès à présent. Act Up-Paris, le Sneg et les Flamands roses souhaitent conserver le placebo dans l’’essai.

Le Comité associatif doit rencontrer le comité scientifique de l’essai cet après-midi, mardi 2 octobre. S’il n’obtient pas satisfaction, il réclamera l’arrêt de l’essai, qui selon nos informations aurait recruté 120 participants sur les 300 attendus dans la phase pilote. L’avenir d’Ipergay se joue maintenant.

Print This Post
 
LES réactions (14)
  • Par tof81 02 oct 2012 - 12 H 15
    Avatar de tof81

    Je n’ai pas très bien compris, c’est quoi une prise de PrEP au Truvada ?

    Cela sers à quoi de dire à ceux qui ont le placebo qu’ils doivent prendre un truc en plus ?

    Ils sauront de suite qu’ils ont le placebo et l’essai sera nul …

    Bref, c’est confus pour moi.

    Signaler ce commentaire

     
  • Par Christophe Martet 02 oct 2012 - 12 H 40
    Avatar de Christophe Martet

    @tof81 PrEp est l’acronyme de l’anglais (Pre Exposure Prophylaxis= prophylaxie pré-exposition). La demande du comité associatif porte sur la mise en place de la prise quotidienne de Truvada dans l’essai pour ceux qui le souhaitent. Les modalités concrètes ne sont pas encore très précises.

    Signaler ce commentaire

     
  • Par tof81 02 oct 2012 - 12 H 47
    Avatar de tof81

    Merci @christophe pour l’explication.

    Du coup, je ne vois pas trop l’intérêt de donner du truvada à ceux qui ont un placebo. Ce n’est plus un placebo …

    Signaler ce commentaire

     
  • Par pierrot le ptipédé de paris 02 oct 2012 - 13 H 24

    Il faut aussi savoir que le comité associatif marchait normalement jusqu’à présent au consensus et que le scrutin majoritaire a été adopté à la dernière reunion

    Signaler ce commentaire

     
  • Par pierrot le ptipédé de paris 02 oct 2012 - 13 H 41

    Babar doit confondre essaie de médicament pour le traitement des séropositifs (malades) africains et essaie de traitement pour les séronegatifs (pas malades) français.
    D’un coté on a des personnes qui sont malades et dont on risque la vie en utilisant des placébo.
    De l’autre coté dans l’essaiee ipergay des personnes non malade et dont la prise de placébo ne rend pas plus malade mais diminue en fait la prise de risque.
    En effet dans ipergay 1) on ne sait pas si on a le placébo ou pas (ce qui amène a plus de prudence dans les prises de risque) et 2) on ne sait pas si la prise de truvada diminue ou pas le risque de contamination (c’est d’ailleurs le but de l’essaie: savoir si la prise de truvada non-continue diminue le risque de contamination, sachant que la prise en continue a été testée et ne montre pas d’effet probant car un intervalle de confiance élévé).

    Signaler ce commentaire

     
  • Par Kenji-tek 02 oct 2012 - 13 H 47

    Le problème dans l’essai est que les personnes qui ont le placebo ou la vraie molécule (Truvada) ne sont pas au courant car l’essai est en double-aveugle ; ce qui pose des problèmes d’éthique pour la communauté gay.
    Face aux enjeux importants, le comité a décidé d’émettre un avis à la majorité absolue des avis exprimés puisque le consensus n’était pas possible et que le comité associatif ne pouvait pas se permettre de ne pas communiquer pour le blocage d’une seule association.

    Signaler ce commentaire

     
  • Par pierrot le ptipédé de paris 02 oct 2012 - 14 H 30

    @Kenji-tek: d’après l’article “Act Up-Paris, le Sneg et les Flamands roses souhaitent conserver le placebo dans l’’essai” ça fait 3association pas une à moins que l’on ne sache pas compter. ^^

    Signaler ce commentaire

     
  • Par Kenji-tek 02 oct 2012 - 15 H 19

    @Pierrot : Je parlais du mode de fonctionnement adopté lors de la réunion quand je disais qu’une association avait fait blocage…
    Donc si je ne sais pas compter, tu ne sais peut-être pas lire ?

    Signaler ce commentaire

     
  • Par laurentv 02 oct 2012 - 16 H 34
    Avatar de laurentv

    l’intérêt de l’essai diminuerait quand même beaucoup avec une prise en continu, puisque c’était déjà le cas pour l’étude américaine qui avait révélé un gros problème d’observance du traitement.
    il me semblait que le but d’Ipergay était de déterminer si une prise plus ciblée (avant un rapport et après s’il y a eu prise de risque) serait plus facile à respecter tout en restant efficace.
    ce qui réduirait à la fois le nombre de contaminations, le coût et les effets secondaires par rapport à une prise en continu.

    pour ce qui est du placebo, je ne comprends pas trop.
    est-ce qu’il s’agit de donner en continu à ceux qui le demandent soit le truvada soit le placebo?
    ou bien de leur donner de manière sure le truvada? ce qui fausserait évidemment la comparaison puisque les comportements différeront selon qu’on soit sûr ou non d’avoir le “vrai” traitement.

    Signaler ce commentaire

     
  • Par Jonas 02 oct 2012 - 18 H 53

    Il est important que le placebo continue d’être administré en double aveugle, simplement pour qu’on puisse évaluer l’efficacité (et la tolérance) du Truvada. Sans placebo pour servir de contrôle, l’essai perdrait beaucoup en qualité !
    Pourquoi Warning serait contre ça ??

    Jonas épidémiologiste

    Signaler ce commentaire

     
  • Par pierrot le ptit pédé de paris 02 oct 2012 - 23 H 20

    @Kenji: je ne suis pas dans les réunions moi j’ai quelques connaissance du dossier et je me base surtout sur l’article.
    Donc l’article qu’il y a 3 assoc’ qui sont contre l’arret du bras placébo. Tu dis que Seul act up faisait blocage…. qui es-tu donc pour savoir ça???

    Signaler ce commentaire

     
  • Par Stephen Karon 07 oct 2012 - 4 H 34

    quelques précisions :
    - les associations du comité (sauf Act Up) pensent que la prise de Truvada quotidienne est désormais une stratégie qui a un bénéfice avérée (par les americains -FDA ; les experts français – CNS, groupe d’experts Yeni) et qu’il convient donc de pouvoir proposer aux gays qui s’exposeraient aux risques de transmission du VIH.
    - continuer a étudier la PrEP intermittente (ou à la demande) comme dans Ipergay avec un bras placébo n’est acceptable que si en parallèle, ou dans le cadre de l’essai (au choix des promoteurs d’Ipergay), ces personnes se voient proposées un accès effectif à une PrEP quotidienne.
    >> l’acceptabilité de l’essai Ipergay avec son placébo est donc liée à cette condition (que les participants puissent avoir accès à une PrEP quotidienne si ils le souhaitent). Si alors, leur choix se porte sur le fait de participer à l’essai Ipergay avec un placébo, alors, c’est OK pour le comité associatif. Par contre, si les participants n’ont pas la possibilité de faire ce choix, alors leur consentement est biaisé, et le comité pense que cela n’est pas acceptable.

    Signaler ce commentaire

     
  • Par Stephen Karon 07 oct 2012 - 5 H 00

    Ensuite, et concernant la manière la meilleure d’étudier une PrEP intermittente (question posée par l’ANRS au comité associatif ici : http://vih.org/reseau/anrs/carnets/une-consultation-est-lance-e-sur-l-essai-anrs-ipergay-30555), les avis divergent.

    3 associations (Act Up, les Flamands Roses et le SNEG) pensent qu’il faut conserver une méthodologie d’essai avec un placébo.
    D’autres pensent qu’il est plus intéressant de trouver une méthodologie d’étude où les personnes savent qu’elles prennent une molécule active (donc sans placébo, car le principe d’un placébo est que les participants ne sachent pas qu’ils le prennent). Enfin d’autres associations n’ont pas d’avis tranché sur cette question.

    En gros, le débat qui se joue peut se résumer ainsi : ceux qui pensent qu’il faut d’abord étudier l’efficacité de la stratégie intermittente (nécessité d’un placebo dans ce cas) avant de passer dans des conditions réelles si c’est efficace ; et ceux qui pensent qu’il est tout autant prioritaire de mesurer l’effet protecteur de la stratégie d’intermittence dans des conditions plus proche de la vraie vie (donc sans placébo).
    Dans le premier cas, l’étude s’astreint des modifications comportementales pouvant survenir (car les gens ne savent pas si ils ont une molécule active) ; dans le second cas, on mesure l’efficacité du Truvada mais également les éventuelles modifications pouvant survenir (puisque les gens savent qu’ils prennent une molécule active)…

    Signaler ce commentaire

     
  • Vous devez être connecté pour poster un commentaire.

    Aucun message ne correspond à vos critères de recherche.