France
Culture & Loisirs, Société | 30.09.2012 - 13 h 55 | 3 COMMENTAIRES
2Fik: «Ma rencontre avec Valérie Trierweiler»
Publié par
Le photographe ouvertement homosexuel a rencontré cette semaine à New York la Première dame de France. L'occasion aussi pour Yagg de faire le point sur son travail.

Si vous êtes un-e fidèle de Yagg, vous connaissez sûrement déjà 2Fik, photographe, vidéaste et performer que nous suivons régulièrement dans nos pages. Homosexuel, arabe, français, canadien, marocain: dans ses œuvres, il se met en scène sous les traits de plusieurs personnages, il questionne ses multiples identités, ses différentes cultures, le poids de la religion, de l’intégrisme, les clichés dans la communauté gay, etc.

Le 27 septembre dernier, Valérie Trierweiler, qui accompagnait François Hollande à New York, a rendu visite à The Invisible Dog, la galerie qui a le vent en poupe en ce moment et qui a été créée par un Français, Lucien Zayan, à Brooklyn.

2Fik, qui poursuit une collaboration avec la galerie new-yorkaise entamée il y a plus d’un an, était présent. L’occasion pour Yagg de faire le point sur cette rencontre et son travail d’artiste.

Tu as rencontré cette semaine la Première dame de France. Qu’est-ce que vous vous êtes dit? La situation était assez amusante: j’étais à The Invisible Dog pour une résidence artistique afin de travailler sur ma prochaine série. Ce matin-là, je venais de finir la préparation de mes silhouettes pour mes photos et je m’apprêtais à shooter Les Danseuses Bleues de Degas quand Mme Trierweiler est arrivée, accompagnée de la femme de l’Ambassadeur de France aux États-Unis et de son entourage de sécurité. C’était une visite totalement privée et aucun journaliste ne la suivait. Elle devait donc trouver cette visite fort agréable…

Je me suis trouvé face à une femme très attentive et curieuse, qui a pris le temps d’échanger avec moi. Je lui ai présenté mon travail et expliqué mon processus créatif ainsi que les sujets que je traite dans mon art, c’est-à-dire la notion d’identités, l’immigration, le genre ou encore le féminisme.

«Harem» © 2Fik

Je crois savoir que tu as évoqué avec elle la différence de réception de tes œuvres en France et en Amérique du Nord, c’est ça? C’était un des sujets que nous avons rapidement évoqués. Je ressens que mon travail est perçu différemment en France et en Amérique du Nord. D’une certaine façon, c’est totalement logique car ma façon de voir l’identité a beaucoup évolué depuis que j’habite à Montréal. Ça fait 9 ans maintenant que j’y suis. Ma vision est donc devenue plus nord-américaine qu’avant. Le traitement de l’identité l’est donc devenu aussi.

De plus, le fameux clash entre le modèle d’assimilation à la française et celui de l’intégration à la québécoise ou étasunienne est réel. Je ne saurais dire lequel des deux systèmes est le meilleur mais il est sûr qu’ici, les différences sont mises en avant et sont souvent sources de fierté et de richesse culturelle.

C’est pour cela que mon travail est perçu différemment à Paris ou à Brooklyn: ma façon de représenter mes personnages peut paraître très caricaturale en France mais sera perçue comme réaliste en Amérique du Nord.

Je me base sur les réactions que j’ai eues lors de mes expositions dans plusieurs villes du Canada et à Brooklyn. À Paris, c’est surtout la réaction des personnes à qui je montre mon travail qui me sert de référence. Je n’ai jamais encore exposé à Paris.

La montée des intégrismes religieux, quels qu’ils soient, mais aussi d’une certaine islamophobie, ça t’inquiète? Il est évident que la montée des intégrismes, religieux mais aussi communautaires, m’inquiète profondément. J’ai l’impression que depuis le 11-Septembre, une sorte de cabale anti-islam s’est mise en marche. D’un autre côté, j’ai l’impression qu’un communautarisme religieux s’est fortement développé (autant en France qu’au Canada ou aux États-Unis) en réponse à ce débalancement. Quand le focus est mis sur une communauté, celle-ci réplique, à sa façon.

Je continue à penser que les croyances et coutumes religieuses sont de l’ordre de la sphère personnelle et intime et ne devraient en rien être dans l’espace public ou devenir l’objet d’un quelconque jugement ou préjugé.

Enfin, à ce jour, nous sommes tous et toutes des produits mondiaux et métissés. Il n’y a plus vraiment de logique entre le faciès, la religion, la culture et les us et coutumes. On peut être arabe, agnostique, ne pas savoir cuisiner marocain mais faire de super bons tiramisus.

Ton travail est reconnu à New York, mais pas encore à Paris. Ça t’énerve? Ça m’a énervé, voire même blessé à un moment mais je pense que cela était dû à ma nostalgie affective avec Paris. Je pensais que j’avais besoin de me sentir reconnu là-bas pour bien vivre ma réussite ici. Mais aujourd’hui, je me dis que je n’ai vraiment pas besoin de l’aval du milieu artistique parisien pour me sentir rassuré sur la qualité de mon travail.

Depuis ma première expo en 2009, j’ai exposé une dizaine de fois et ai été invité dans plusieurs universités pour faire des présentations à des étudiantes et étudiants en gender studies ou en sociologie. J’ai même eu l’occasion d’être un sujet de recherche! Je me dis donc que mon travail doit être quand même pertinent pour que cela fonctionne aussi bien.

Enfin, il se peut que mes photos soient exposées bientôt à Paris donc on verra ce que ça va donner. Vous découvrirez alors ma première série 4 ans après les Montréalaises et les Montréalais, mais mieux vaut tard que jamais. Dans tous les cas, je suis impatient d’avoir le feedback du public parisien. Mais n’oublions pas que ma carrière artistique a été lancée à Montréal depuis Paris grâce à une interview et un portfolio dans un magazine [Têtu, ndlr] en 2006! Comme quoi, il y a des Parisiens qui ont du flair…

Que prépares-tu pour ta deuxième expo à The Invisible Dog et quand pourra-t-on la voir? Ma deuxième expo porte sur les peintures célèbres. Je remets en scène mes personnages dans des remixes de toiles classiques. Par exemple, Autoportrait à l’oreille coupée, de Van Gogh est devenu Autoportrait à la rage de dent avec Alice, mon personnage de fashionista franco-libanaise. Dans cette série, on est moins dans le réalisme et plus dans le fantasme et l’imaginaire. Comme toujours, j’essaie de rester dans l’actualité et de traiter le tout avec humour tout en gardant un message sérieux en filigrane. Cette série sera exposée fin avril 2013 à Brooklyn, puis passera par Toronto et Montréal. Peut-être qu’elle viendra à Paris en 2014. Mais avant de voir cette deuxième série, il faudra voir la première!

Le site officiel de 2Fik.

Photo (de gauche à droite: Valérie Trierweiler, Lucien Zayan, directeur de The Invisible Dog et 2Fik): Simon Courchel

Print This Post
Avatar de Yannick Barbe
Publié par
Directeur de la rédaction de TÊTU
Autres articles | Profil | Compte Twitter
 
LES réactions (3)
  • Par tof81 30 sept 2012 - 15 H 10
    Avatar de tof81

    Ce n’est pas la venue de la première dame qui m’intéresse ici, mais c’est le travail de 2Fik.

    Merci Yagg de le suivre et de nous tenir informé.

    J’avais bien aimé sa vidéo qui affirmait que le bruit des talons aiguilles n’avaient pas de genre :)

     
  • Par traitdunion 02 oct 2012 - 0 H 20

    Je trouve un peu hautain de dire que le travail de 2Fik n’est pas reconnu à Paris , et suite de ça réponse . Sur une exposition récemment à l’Institut du Monde Arabe , un vaste espace lui était consacré avec de photos géante de son travail . Mais bien sur que son travail est reconnu à Paris , drôle de question , drôle de réponse . Mais cet article était sur le rencontre avec le Première dame ou sur son travail ?

     
  • Par traitdunion 02 oct 2012 - 0 H 25

    excuses j’ai voulu dire :  » et la suite de sa réponse à cette question » …

     
  • Vous devez être connecté pour poster un commentaire.

    Aucun message ne correspond à vos critères de recherche.