Égalité des droits, Mariage, Opinions & Débats | 18.09.2012 - 11 h 54 | 0 COMMENTAIRES
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«Référendum mon amour», par Bruno Selun

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Pourquoi Christine Boutin et consorts tiennent-ils/elles tant à l'organisation d'un référendum sur l'ouverture du mariage? Parce que le résultat serait une nette défaite du mariage et de l’adoption pour tous, assure Bruno Selun.

«[…] aujourd’hui, la classe politique et la population française sont bien plus partagées sur le sujet qu’elles n’y paraissent. Or, il ne doit plus y avoir de passion sur ces sujets-là. Il faut que la décision sur le mariage homosexuel soit sans appel. D’où mon appel solennel à un référendum.» — Christine Boutin, Journal du dimanche, 14 août 2012

Quelle est cette grande passion pour la démocratie participative dont est saisie Christine Boutin? À en croire l’absence d’analyse dans nos médias, ce référendum serait une proposition nouvelle, originale, presque spontanée. Il n’en est rien: c’est un calcul politique qui a déjà fait ses preuves en 1998 aux États-Unis (et de nombreuses fois depuis), dont Madame Boutin n’est en France que le simple relais.

Explications: il est indéniable que les Français sont aujourd’hui largement favorables au mariage pour tous. Derniers chiffres en date: 63% (sondage BVA, janvier 2012), 65% (IFOP, août 2012), et 53% pour l’homoparentalité (léger recul de 3 points depuis janvier). L’engagement 31 de François Hollande a été mis en avant à de nombreuses reprises, et la victoire socialiste de mai a donné une légitimité démocratique à ces promesses. Un référendum semblerait donc superflu, voire risqué pour les tenants du statu quo.

Mais voilà: je mets ma main à couper que si un référendum devait être organisé, le résultat serait une nette défaite du mariage et de l’adoption pour tous.

UNE TACTIQUE TESTÉE ET APPROUVÉE
En effet, si un scrutin populaire était à l’horizon, la gigantesque machine des lobbies conservateurs se mettrait en marche. Madame Boutin, son Parti Chrétien Démocrate (composante de l’UMP), l’Église catholique et nos amis sectaires de Civitas mobiliseraient tous de gigantesques moyens pour désinformer et polariser. Des moyens publics (interventions dans les médias, campagnes de désinformation en ligne, débats, pétitions), des moyens moins visibles (porte à porte, tracts, campagnes ciblées auprès des seniors et des croyants), et tout cela financé à hauteur de plusieurs millions d’euros…

… et ils gagneraient. Pourquoi? Car ceux qui croient ardemment que le mariage pour tous sera la ruine de notre société — que dis-je, de notre civilisation! — seront très largement mobilisés, beaucoup plus que les partisans de l’égalité.

Cette tactique du référendum est testée et approuvée: aux États-Unis, où des référendums peuvent être imposés aux États à condition de réunir un certain nombre de signatures (ou si les députés le décident), 30 États ont organisé un tel scrutin sur le mariage pour tous depuis 1998. Et combien ont réussi à l’interdire? Tous les 30 (la seule exception fut l’Arizona en 2006: 49% contre le mariage pour tous, 51% pour; une victoire au raz des pâquerettes rapidement annulée deux ans plus tard avec 56% contre et 44% pour).

Idem chez nos voisins de l’Union européenne: la Slovénie s’est vue imposer un tel référendum sur son nouveau Code de la famille au printemps 2012. En dépit d’une importante concession faite aux conservateurs (le mariage fut remplacé par un partenariat civil avec les mêmes droits, dont l’adoption), le référendum du 25 mars fut sans appel: 45% en faveur des droits pour les couples de même sexe, 55% contre.

Les sondages slovènes indiquaient pourtant, comme aux États-Unis, que la loi aurait dû passer. Mais les conservateurs ont systématiquement mis en œuvre de colossaux moyens (notamment financiers) pour mettre en place une campagne jouant sur les peurs irrationnelles de certains électeurs, réussissant à les faire voter en masse.

«STRATÉGIE PRIMAIRE»
C’est cette stratégie primaire qui est à l’œuvre chez nos amis Civitas, dont les autocollants jouent sur les stéréotypes d’une manière haineuse et hargneuse. Leur vidéo sur fond de musique chrétienne aux airs guerriers est un autre exemple édifiant. Enfin, il faut aussi noter le vocabulaire belliqueux qui accompagne cette vidéo: «bataille», «résister», «être prêt», «réthorique [sic] adverse», termes évoquant une authentique croisade chrétienne.

Voilà pourquoi un référendum est si cher aux opposants à l’égalité, et voilà pourquoi Christine Boutin continuera d’asséner que «si le gouvernement continue comme ça, il ne fera qu'attiser les passions et les violences», et mettra en danger «la paix sociale et civile» — rien que ça! Tout un Sodome et Gomorrhe.

Mais la véritable crainte de Christine Boutin, de Civitas et de la hiérarchie catholique, c’est justement que l’apocalypse annoncée n’ait pas lieu. Le ciel ne tombera sur la tête de personne, et 2013 marquera leur plus grand flop depuis la légalisation de l’IVG en 1975.

Il nous restera beaucoup de combats à mener pour la PMA, les droits des trans', la lutte contre les violences, l’éducation, le droit d’asile, et j’en passe. Le mariage et l’adoption ne marqueront pas la fin de nos combats. Mais que cela leur plaise ou non, nous vivrons heureux… et nous aurons beaucoup d’enfants.

Bruno Selun est le secrétaire de l’Intergroupe LGBT du Parlement européen. Les opinions exprimées ici le sont à titre personnel (les intertitres sont de la rédaction).
Suivez Bruno Selun sur Twitter: bselun

Photo DR

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