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Société | 14.09.2012 - 15 h 47 | 5 COMMENTAIRES
Ouganda: Le producteur d’une pièce gay-friendly risque 2 ans de prison
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Entendu hier par le tribunal, David Cecil a plaidé non coupable. Le procès devrait se poursuivre lundi 17 septembre.

Lorsque la pièce La Rivière et la Montagne a été jouée pour la première fois, au mois d’août, dans un petit théâtre ougandais, tout le monde s’attendait à ce que la police intervienne. La représentation, à l’origine prévue au Théâtre national, avait été interdite par le gouvernement.

Écrite par Beau Hopkins, un Britannique installé à Kampala, la pièce met en scène Samson, un jeune gay confronté à la corruption de son patron. Alors qu’il s’apprête à dénoncer les agissements de son supérieur, il est lui-même promu au sein de l’entreprise. Il révèle alors son homosexualité à son meilleur ami, Olu. Ce dernier, qui se prépare à devenir pasteur, doit alors choisir entre garder le secret de son ami ou le trahir pour faire évoluer sa propre carrière. Tandis que la mère de Samson veut tout tenter pour convertir son fils à l’hétérosexualité.

La veille de cette première représentation, David Cecil, le producteur, britannique lui aussi, de la pièce, avait reçu une lettre du Conseil ougandais des médias, demandant que la pièce ne soit pas jouée tant que que le Conseil n’avait pas décidé si elle devait ou non être autorisée. David Cecil a depuis été arrêté pour avoir sciemment désobéi à cet ordre, qu’il explique avoir pris comme une simple recommandation.

Selon le quotidien britannique The Guardian, Simon Lokodo, le ministre de l’Éthique, a déclaré que la pièce ne pouvait pas être autorisée parce qu’elle fait «la promotion de l’homosexualité en Ouganda, et l’Ouganda est opposé aux causes homosexuelles. Nous mettrons la pression sur toute personne qui dira que cette abomination [l'homosexualité] est acceptable».

La pièce a été jouée du 17 au 23 août dans le centre culturel Tilapia dirigé par David Cecil et sa compagne, rapporte Radio Netherlands Worldwide (RNW). La décision de refus du Conseil des médias est intervenue le 29 août. Toujours selon RNW, la décision de jouer la pièce malgré l’avertissement aurait été prise de concert par David Cecil, Beau Hopkins, la metteuse en scène ougandaise Angella Emurwon et les différent-e-s acteurs/trices ougandais-es.

«Je voulais juste ouvrir le dialogue», a affirmé David Cecil à la radio, regrettant d’être «tombé dans le piège» des autorités locales qui saisissent toutes les occasions de montrer que l’homosexualité est un mal importé par les occidentaux comme lui.

«Quand j’ai lu le script pour la première fois, je voulais jouer le rôle d’Olu, qui est le meilleur ami de Samson, a de son côté expliqué Okuyo Joel Atiky Prynce, l’acteur qui joue Samson, à France 24. Mais l’auteur m’a encouragé à interpréter le personnage de Samson. J’ai relu le script, j’y ai beaucoup réfléchi, me disais: “Bon sang, ça va être dur”, car je savais que jouer ce rôle pouvait mettre non seulement ma carrière en danger, ma aussi ma vie. Et puis je me suis dit “Combien de temps allons-nous nous taire, et laisser des personnes se faire maltraiter et même être sacrifiés à cause de leur sexualité?” (…) J’ai une amie lesbienne dont la famille a organisé une séance de “viol correctif”, un viol durant lequel elle a contracté le sida. Les gens ferment les yeux devant de telles horreurs.»

«Le tabou autour du sexe en général et de l’homosexualité en particulier existe bel et bien dans ce pays, poursuit-il. Mais ce qu’il faut dire, c’est que cette haine est poussée à son paroxysme par les extrémistes. La société ougandaise, dans son ensemble, n’est pas fondamentalement homophobe. Je l’ai découvert au cours de mes recherches. La plupart des gens me disaient qu’ils n’en avaient rien à faire qu’une personne soit homosexuelle, à partir du moment où elle le gardait pour elle.

«Je crois que lorsque le tabou sera brisé, les Ougandais accepteront chacun tel qu’il est, peu importe sa différence. Et c’est là que l’art intervient.

«Quand des musiciens célèbres ont commencé à admettre qu’ils étaient séropositifs, les gens ont commencé à mieux accepter les personnes autour d’eux atteintes du sida. Il ne faut pas attendre que le gouvernement se réveille et change les lois. Notre devoir, c’est d’ouvrir les yeux de la société, lui montrer qu’être homosexuel n’est pas un problème, et nous recentrer sur les véritables problèmes que connaît l’Ouganda – la corruption, les infrastructures obsolètes ou l’accès aux soins et à l’éducation, des thèmes que nous abordons aussi dans la pièce.»

Entendu hier par le tribunal, David Cecil a plaidé non coupable. Le procès devrait se poursuivre lundi 17 septembre.

Un reportage de la chaîne indépendante NTV:

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur ‪Briton remanded over Homosexuality‬

Via Box Turtle Bulletin.

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LES réactions (5)
  • Par Pégase 14 sept 2012 - 16 H 36
    Avatar de Pégase

    Ministre de l »éthique », non mais LOL !
    Et cette minable excuse comme quoi ce serait l’occident qui amènerait l’homosexualité en Afrique me tape sur le système !

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  • Par etienne 15 sept 2012 - 10 H 35

    re-bonjour yagg;si en Europe nous avions des gouvernants aussi RUDIMENTAIRES,ET RUSTIQUES,notre sort ne serait pas plus enviable que celui qui est fait à mes soeurs et frères homosexuels d’Ouganda,et d’autres pays;et au train où vont certaines des élites de nos régions,je ne suis pas très rassuré.Rien n’est acquis à lhomme..

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  • Par oniisan 17 sept 2012 - 1 H 45
    Avatar de oniisan

    Bon sang : Organiser le viol de qqn-e pour ré-assigner son orientation sexuelle? De toute évidence, ça fera tout l’inverse, c’est une simple question de bon-sens. Peu importe le degré de violence, une personne normalement constituée fuit la violence faite à son égard, c’est un simple principe de survie. Sans compter sur le fait que le viol, commis par un homme ou par une femme, sur un homme ou sur une femme est un traumatisme en soi. Le viol correctif reste un abus sexuel en soi et devrait être condamné, point final. D’autant que la circonstance gravvante d’agression à caractère LGBTIphobe est aggravante dans certains pays (et devrait l’être dans tous les pays). « Ré-assigner » une personne, affectivement . sexuellement parlant : mais c’est tout simplement IMPOSSIBLE : personne / rien ne pourra faire aimer tel ou tel acte sexuel, on aime ou on n’aime pas, point. On peut détester tel ou tel acte à cause d’expériences passées ou simplement par répulsion / non-envie mais on ne pourra jamais « se forcer » à aimer qqc, si le goût est forcé, c’est justement que la personne se fait violence ou qu’on lui fait violence pour qu’elle aime, c’est évident. Excusez-moi d’enfoncer une porte ouverte mais bon ! C’est comme le mouvement contre-nature chez Aristote : une pomme qui est lancée retombera nécessairement parce que son lieu de prédilection est le sol, parce que c’est un objet terrestre (son foyer est plus exactement le centre de la terre). Les goûts, c’est pareil, on aime ou on n’aime pas telle chose, de manière naturelle, cad spontanée, on a des goûts et des « dégoûts » si je puis dire et rien ni personne ne saurait contrôler le fait d’aimer ou de ne pas aimer telle ou telle chose. On peut être amené à détester une chose parce qu’elle nous a fait-e souffrir, mais on ne peut pas vraiment « apprendre » à aimer… Non, sincèrement, je ne pense pas que ce soit possible.

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  • Par oniisan 17 sept 2012 - 1 H 46
    Avatar de oniisan

    Merci de me tenir au courant si vous voyez, lisez, etc une pétition ou qqc qui puisse concrètement aider.
    k2snofandesu [at] uahoo.fr

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  • Par oniisan 17 sept 2012 - 1 H 52
    Avatar de oniisan

    Le point sous-jacent dans mon avant-dernier post était le suivant : à partir du moment où il y a abus, violence, la personne qui subit ne peut pas aimer ce qui se passe, ça coule de source. N’importe qui de « normalement » constitué ne supportera pas lui violence qui lui est faite, point. On ne peut pas forcer qqn-e à être homo’, comme on ne peut pas forcer qqn-e à être hétéro, comme on ne peut pas forcer asexuel-le, comme on peut pas forcer qqn-e à être bi, point final. On est telle identité ou on ne l’est pas, point. Si les personnes intolérantes n’arrivent pas à le supporter, et bien, c’est justement elles qui ont un problème et qui devraient se faire soigner : un-e individu-e normalement constitué-e ne se met pas à agresser Pierre Paul Jacques sous prétexte qu’il.elle ne saque pas sa manière de parler, de s’habiller, de se maquiller, de faire crac-crac ou je ne sais quoi : tout est prétexte à agression, de toute façon… Donc, les agresseur-e-s qui prétextent un quelconque droit à l’agression sur les victimes / la victime, ça me fait bien rire (jaune) quoi ! Qui a provoqué quoi?

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