Société | 29.08.2012 - 11 h 41 | 0 COMMENTAIRES
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Procès de Bradley Manning: les audiences préliminaires ont repris

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Le jeune soldat, dont l'orientation sexuelle et l'identité de genre posent question, est détenu dans des conditions particulièrement humiliantes. Son avocat veut utiliser cette punition pour obtenir un abandon des charges.

Les audiences préliminaires du procès de Bradley Manning ont repris hier, mardi 28 août, devant la cour martiale de Fort Meade, dans le Maryland. Le jeune soldat de 1e classe est accusé d'avoir divulgué, via le réseau WikiLeaks, des centaines de milliers de documents classés «secret défense» relatifs aux guerres d'Afghanistan et d'Irak. Parmi les documents rendus publics, une vidéo où des soldats ouvrent le feu sur une douzaine de civils à Bagdad. Bradley Manning a été arrêté le 29 mai 2010 dans la capitale irakienne, où il était en service. Il a ensuite été transféré aux États-Unis.

DES COURRIELS DE L'ADMINISTRATION PÉNITENTIAIRE
La défense cherche à obtenir la totalité des courriers électroniques internes à l'administration de la prison militaire de Quantico, en Virginie, relatifs aux conditions de détention de Bradley Manning. C'est là qu'il était détenu avant d'être transféré à Fort Leavenworth, dans le Kansas. À la suite d'une demande de la défense datant de 2010, les courriels ont été sauvegardés par l'administration pénitentiaire sur ordre du parquet, mais ils n'ont été communiqués aux avocats de Bradley Manning que tardivement, et partiellement. En effet, selon le comité de soutien à Manning, le parquet n'avait communiqué à la défense que 84 courriels sur 1374. Hier, d'autres courriels auraient été transmis, mais certains sont encore retenus.

La défense veut utiliser ces courriels pour obtenir l'abandon des charges qui pèsent contre son client. En effet, si le traitement infligé à Bradley Manning est assimilé à une punition avant condamnation, cela pourrait rendre nulle la procédure, d'après David E. Coombs, un avocat de la défense.

DES CONDITIONS EFFROYABLES
Durant son séjour à la prison militaire de Quantico, Bradley Manning était surveillé en permanence par un garde. Il était réveillé à 5 heures du matin et ne pouvait se coucher avant 22 heures. Il lui était interdit de s'allonger, ou de s'appuyer contre le mur. Il était confiné dans sa cellule sans fenêtre 23 heures sur 24. Quand il en sortait, il était enchaîné. Il devait manger seul, dans sa cellule, avec une cuiller. Les seules visites autorisées étaient celles de ses avocat-e-s. Il devait demander aux gardes pour avoir du papier toilette, et n'avait accès au savon que de manière restreinte. D'autres restrictions lui étaient également imposées.

Ce traitement, qui a pris fin lorsque Bradley Manning a été transféré Fort Leavenworth en avril 2011, a été vivement condamné par le Rapporteur spécial de l'ONU sur la torture, Juan Ernesto Mendez.

VIRÉ DE CHEZ SON PÈRE
En 2010, le New York Times et le New York Magazine ont retracé le parcours de Bradley Manning. Il est né en 1987 dans l'Oklahoma dans une famille marquée par la violence et l'alcoolisme de son père, lui-même un militaire. Les parents de Bradley divorcent en 2000 et sa mère rentre vivre au pays de Galles, d'où elle est originaire. Bradley part vivre avec elle. Il est victime de harcèlement homophobe à l'école. Sa mère le renvoie en Oklahoma pour vivre chez son père, avec sa grande sœur.

Quand son père découvre qu'il est gay, il expulse Bradley de son domicile, d'après le récit des ami-e-s de Bradley au New York Times. Mais Brian Manning a affirmé au NY Magazine qu'il avait délogé son fils parce que ce dernier voulait vivre à ses crochets sans trouver de travail.

ENGAGEMENT DANS L’ARMÉE
Le jeune homme est alors contraint de vivre dans sa voiture. Il trouve du travail dans la vente puis, en 2007, s'engage dans l'armée avec le projet de financer des études universitaires.

Il est envoyé en Irak où il travaille comme analyste informatique. Sa carrière militaire ne se fait pas sans difficulté. Il y éprouve de l'ennui et souffre d'un manque de libertés. Il est également choqué des agissements de l'armée américaine, qu'il juge bien éloignés des objectifs officiels de sauver des vies.

DES QUESTIONS SUR UN PARCOURS DE TRANSITION
Par e-mail depuis la base militaire, Bradley Manning aurait contacté en 2009 un conseiller sur le genre (gender counselor) basé aux États-Unis. Il lui aurait demandé des informations sur un parcours de transition vers le genre féminin. D'après le conseiller, Bradley Manning était «ferme» sur son appartenance au genre féminin.

Certain-e-s militant-e-s, qui se basent sur ce passage de l'article du NY Magazine ainsi que sur quelques autres sources, affirment qu'il est impératif de parler de Manning au genre féminin.

Dans une tribune publiée sur le site du comité de soutien à Bradley Manning, comité auquel elle appartient, et dans le Washington Blade, l'écrivaine féministe Rainey Reitman répond à ces prises de positions. Selon elle, l'identification de Bradley Manning au genre féminin apparaît dans certains témoignages, mais ce n'est pas un fait avéré, vérifié par une communication de la première personne concernée.

Les rares messages adressés par Bradley Manning depuis la prison ne font pas état d'une telle communication. Ses avocat-e-s et sa tante soutiennent que «Brad» ou «Bradley» lui conviennent. «Aucun-e d'entre nous n'a le droit de changer de pronoms pour Manning, à moins qu'il ne nous dise de le faire», écrit Rainey Reitman. Elle ajoute que Manning est dans une situation extrêmement contraignante à tous points de vue ; elle invite donc les militant-e-s à œuvrer à sa libération, pour qu'il soit en mesure de parler librement.

LA GÊNE DE CERTAINES ORGANISATIONS LGBT
Certains militants gays et anti-guerre saluent la divulgation de documents de l'armée américaine par Bradley Manning et font un lien entre le harcèlement homophobe, dont il aurait également été victime au sein de l'armée, et la violence de la guerre: «Pour les gays qui ont fait face à ce genre de harcèlement hyper-masculin, les détails de ce dossier sont reconnaissables comme les expériences [qu'ils ont eux-mêmes vécues] à l'école, au travail et dans le sport. La guerre est une manière de résoudre les conflits, à travers la violence et l'agression, qui relève historiquement d'un rôle de genre masculin traditionnel», analyse l'historien gay Larry Goldsmith dans The New Republic.

Cette analyse n'est pas partagée par tout le monde. La Human Rights Campaign (HRC), la National Gay and Lesbian Task Force ainsi que la Gay and Lesbian Alliance for Defamation (GLAAD), trois organisations LGBT majeures aux États-Unis, ont toutes omis ou refusé de répondre aux questions de The New Republic, et n'ont produit aucun communiqué de soutien à Manning.

Le directeur des Log Cabin Republicans (un groupe de LGBT du Parti républicain), l'officier de réserve R. Clarke Cooper, a, lui, fustigé Bradley Manning: «Les avocat-e-s de Manning prétendent que sa lutte avec son orientation sexuelle a contribué à ses problèmes émotionnels qui auraient dû l'empêcher de travailler dans un environnement classé secret défense. Cette argumentation honteuse est une insulte aux dizaines de milliers de militaires gays et lesbiennes qui ont servi avec les honneurs sous Don't Ask Don't Tell. Nous avons tou-te-s servi sous la même loi, avec les mêmes défis (...). Nous n'avons pas commis de trahison pour autant».

En revanche, l'ancien candidat à la primaire républicaine Ron Paul a, lui, affirmé son soutien à Bradley Manning à Tampa, en Floride, à la veille de la Convention nationale de son parti.

Les audiences préliminaires sont prévues jusqu'à vendredi, puis devraient reprendre au mois d'octobre. Bradley Manning risque la prison à vie.

Photo savebradley

Lire aussi Bradley Manning, traître à la nation ou héros gay?, sur le blog Un complément d'actualité LGBT.

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