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Marches des Fiertés 2014
Ciné | 22.08.2012 - 20 h 09 | 2 COMMENTAIRES
«Keep The Lights On»: Ni avec toi, ni sans toi
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Dix ans dans la vie d'un couple gay, de la rencontre à la séparation. Le nouveau film de Ira Sachs, ce mercredi dans les salles, est bouleversant de force et de simplicité.

Qu’est-ce qui fait que l’on tombe amoureux de quelqu’un, instantanément, au premier regard, au premier contact physique? Qu’est-ce qui fait que dès ces premiers instants, on n’imagine pas vivre une seule seconde du reste de sa vie sans l’autre? Qu’est-on prêt à accepter pour vivre une histoire d’amour? Aimer passionnément est-ce s’oublier dans l’autre au risque de s’y perdre? Ces questions – et d’autres – sont au cœur de Keep The Lights On, le très beau film du réalisateur américain Ira Sachs, sorti aujourd’hui dans les salles.

BONNE DISTANCE
Erik (Thure Lindhart) réalise des documentaires. Paul (Zachary Booth, énigmatique à souhait) est avocat. Le premier, ouvertement gay, promène une certaine nonchalance ponctuée de pulsions inavouables – il est accro au phone sex. L’homosexualité du second est moins assumée et son visage d’ange blond cache de sérieux démons intérieurs: une addiction au crack qui prend de plus en plus de place dans sa vie. Et forcément dans son couple. Nous allons les suivre pendant 10 ans, au rythme de leurs joies et de leurs peines. Les histoires d’amour finissent mal, en général, et sont rarement simples. Ici, la drogue tient le rôle du 3e dans un plan à trois qui virerait à l’enfer. Comment supporter l’addiction de l’autre? Faut-il tenter de l’aider? Y succomber à son tour pour le rejoindre et ne pas perdre le contact? Erik se pose toutes ces questions, et ne trouve pas forcément de réponses. Car la grande réussite de Keep The Lights On est de refuser tout regard moralisateur. Ira Sachs, qui met en scène ici sa propre histoire (Erik, c’est lui) se tient à bonne distance de son sujet, ne versant ni dans le larmoyant, ni dans le sensationnalisme.

Keep The Lights On met aussi en lumière des faits douloureux qui ont marqué la communauté gay new-yorkaise, entre autres, à l’orée des années 2000: l’explosion de la consommation de crack et de crystal meth qui a provoqué beaucoup de dégâts (et qui continue de le faire). La scène où Erik se rend chez un plan cul, une gym-queen sous effets qui adore baiser devant les fenêtres de son appartement à Manhattan, en dit plus que n’importe quel documentaire. On conseillera vivement la lecture de Portrait d’un fumeur de crack en jeune homme, de Bill Clegg, récit totalement terrifiant et d’une précision glaçante de son addiction par celui (Paul dans le film) qui a partagé la vie de Ira Sachs. En deux mois, Bill a tout perdu, devenant comme un zombie dans la ville. Un témoignage qui éclaire la même histoire mais d’un autre point de vue.

NOUVELLE ÉTAPE
À l’image du formidable Week-end, d’Andrew Haigh, sorti il y a quelques mois, Keep The Lights On semble dessiner une nouvelle étape dans le cinéma gay où les questions liées à la visibilité et au coming-out sont moins primordiales que celles touchant à l’intimité et au couple. Comme si la vie sociale des gays, le rapport aux autres (la société) était l’arbre qui cachait une forêt: celle des non-dits, de la sexualité, de la vie affective. Ces deux films offrent un miroir à nos vies que d’aucuns aimeraient bien se passer. Ils le font avec une infinie délicatesse et une élégance rare. Et c’est passionnant.

Voir aussi:
Ira Sachs: «Il y a encore beaucoup de choses que les gays continuent de garder pour eux-mêmes»
«Keep The Lights On»: l’avis des spectateurs-trices

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Directeur de la rédaction de TÊTU
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LES réactions (2)
  • Par tof81 22 août 2012 - 23 H 25
    Avatar de tof81

    Merci Yannick pour ton article :D

    Il me donne encore plus envie de voir « Keep The Lights On ».

    Merci pour les extraits, cela permet d’attendre que le film soit diffusé sur Toulouse.

     
  • Par Red 23 août 2012 - 0 H 31
    Avatar de Red

    Je partage tout à fait ta critique.

    La plongée au coeur « du couple gay » pose aussi des questions des conséquences sur l’intime des relations des LGB avec la société dans son ensemble. Toujours les mêmes questions : pourquoi plus de mal-être, de suicides, d’addictions? Le rejet de la société n’en est-elle pas la cause?

     
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