Des pirates informatiques ont pris le contrôle du site Internet du Premier ministre ougandais Amama Mbabazi mardi et mercredi, pour y poster de faux messages de soutien à la communauté homosexuelle, en signe de protestation contre l’homophobie des autorités du pays, rapporte la BBC. L’action a été revendiquée par des Internautes se réclamant des Anonymous et du groupe The Elite Society.

Le faux communiqué publié sur le site du Premier ministre annonçait un soutien inconditionnel pour la Gay Pride qui avait eu lieu la semaine précédente.

«Nous sommes heureux d’avoir expulsé l’étroitesse d’esprit de ce pays, et nous repartons de zéro en commençant par présenter nos entières et formelles excuses à tou-te-s les homosexuel-le-s vivant en Ouganda aujourd’hui».

La suite du texte disait: «La triste vérité est que cette déclaration n’a jamais eu lieu, et que tou-te-s les politicien-ne-s ougandais-e-s soutiennent l’identification et le meurtre des homosexuel-le-s pendant que nous restons là à ne rien faire. Tout comme nous avons tout oublié de Kony, nous allons tout oublier de cette histoire parce que ce n’est pas à côté de chez nous».

LE PRÉCÉDENT KONY
Kony 2012 est une campagne vidéo diffusée sur Internet en mars dernier, lancée par 3 Américains pour arrêter Joseph Kony, le chef de l’Armée de résistance du seigneur (LRA, un groupe rebelle ougandais), et le poursuivre devant la Cour Pénale Internationale (CPI) pour crimes de guerre. Cette campagne avait fait l’objet de nombreuses critiques, accusée de présenter des faits de manière «simpliste» et de passer sous silence «les initiatives locales» pour mettre fin aux conflits de la région. Tout en condamnant les atrocités commises par Joseph Kony, de nombreuses voix s’étaient élevées contre une démarche où «l’homme blanc hétérosexuel américain» prétend «sauver le monde».

«CAUSER LE CHAOS»
Des critiques similaires s’élèvent déjà contre du piratage du site du Premier ministre ougandais et les prochains piratages prévus dans le cadre d’une campagne intitulée #OpFuckAfrica («Opération Nique l’Afrique») qui entend cibler les gouvernements du continent pour leur homophobie. Les pirates informatiques revendiquent l’attaque du site web de l’Université du Ghana ainsi que celui de la Bourse de ce pays. Le but des hackeurs? «Causer le chaos dans les pays africains où les LGBT sont persécuté-e-s. L’égalité ne requiert pas de débat et n’est pas négociable».

UN VISAGE ASSOCIÉ AU PIRATAGE SANS AUTORISATION
Melanie Nathan, avocate et auteure d’un article sur la 1ère Gay Pride d’Ouganda dans le magazine américain The Advocate, s’inquiète de l’utilisation faite des photos de la marche par les Anonymous: «Ils ont associé une photo et un visage au piratage informatique». Des critiques se sont élevées au sujet du nom de la campagne, de l’efficacité de s’attaquer à des sites web qui peuvent être utiles dans la vie quotidienne, et du choix de cibler le continent entier.

GAY PRIDE À ENTEBBE
L’homosexualité est illégale en Ouganda, et une proposition de loi pour la punir de mort a été présentée en 2009 et en février 2012 au Parlement. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la 1ère Gay Pride du pays le 4 août dernier, dans la ville d’Entebbe, sur les rives du Lac Victoria. Des marcheur-euses ont été arrêté-e-s par la police et rapidement relâché-e-s. La journaliste Alexis Okeowo rapporte dans le New Yorker que la marche faisait partie d’un week-end de la Pride, avec des projections de films, un défilé de mode, des séances de baignade et des fêtes jusqu’au petit matin.

Photo liryon