À la veille de la fameuse prière du 15 août, deux quotidiens publient leur interview du cardinal Philippe Barbarin, dans laquelle celui-ci réaffirme son soutien à l’initiative du cardinal André Vingt-Trois et son opposition à l’égalité des droits pour les couples de même sexe.

«DÉNATURER LE MARIAGE»
«Par la prière, nous affirmons surtout que la source ultime du bien n’est pas dans l’autorité politique, a-t-il affirmé dans Le Figaro. Nous prions pour celle-ci, car nous croyons que Dieu veut la bénir et peut lui donner lumière et force pour être vraiment au service de tous.» La prière sera donc censée éclairer les parlementaires afin qu’ils/elles fassent le «bon» choix. Lorsque le journaliste évoque la laïcité, l’ecclésiastique fait mine de s’étonner et se pose en victime: «La laïcité interdirait la prière? Est-ce cela que vous me demandez? Sommes-nous en tyrannie?». Pour Philippe Barbarin, il ne fait aucun doute que l’égalité des droits risquerait de faire basculer notre société dans le chaos: «L’heure est grave. C’est une rupture de civilisation de vouloir dénaturer le mariage, qui est depuis toujours une réalité merveilleuse et fragile.»

PAS HOMOPHOBE?
Le cardinal se défend de toute hostilité envers les homosexuel-le-s et ressort le vieil argument usé jusqu’à la corde de toute personne opposée au droit au mariage et à l’adoption, mais qui ne souhaite pas être qualifiée d’homophobe: «On peut prier pour l’engagement des époux, pour les enfants et les jeunes, afin qu’ils « bénéficient pleinement de l’amour d’un père et d’une mère » sans être taxé d’homophobie, j’espère!». Pourtant, ce n’est pas la première fois que Philippe Barbarin parle des couples de même sexe et ce, en des termes peu élogieux, comme lorsqu’il était aventuré dans une comparaison de l’homosexualité avec «une agression d’un point de vue spirituel» fin 2011 lors d’une interview accordée à Lyon Capitale. Dans Le Progrès, le cardinal rappelle aussi les nombreux homosexuels catholiques qui «ont laissé un héritage extraordinaire, de Michel-Ange à Max Jacob»: «Les homosexuels sont ce qu’ils sont et ils essaient comme moi d’être fidèles au Christ et de servir leurs frères.»

«UN PARLEMENT, CE N’EST PAS DIEU»
Dans l’interview du Figaro, après avoir abordé le thème de l’euthanasie, le journaliste questionne le cardinal sur les réactions déclenchées par cette prière. Celui-ci minimise la polémique et victimise une nouvelle fois les croyant-e-s: «L’Église a l’habitude d’être le paillasson sur lequel on s’essuie les pieds.» Pour lui, le gouvernement ne parvenant pas à endiguer la crise, s’est cherché de nouveaux enjeux sociétaux. Alarmiste, Philippe Barbarin agite la menace d’un bouleversement de l’ordre de la société si l’ensemble des citoyen-ne-s se voyait accorder les mêmes droits. Il persiste dans Le Progrès: «Un Parlement est là pour trouver du travail à tout le monde – en voilà, une priorité! – pour s’occuper de la sécurité, de la santé ou de la paix. Mais un Parlement, ce n’est pas Dieu le Père. Il ne peut pas proclamer: « À partir d’aujourd’hui, nous décidons qu’une femme n’est plus ce que vous croyez, et nous décidons que le mariage devient autre chose ». Que chacun garde le sens des limites de sa responsabilité!».

PATERNALISME
En guise de conclusion, le cardinal laisse enfin entendre dans Le Progrès que la reconnaissance de l’homoparentalité tiendrait du caprice: «Mais ce n’est pas pour cela qu’on peut dire « oui » à tout. Il arrive que des parents disent « non » aux désirs de leurs enfants. C’est pour leur bien, et au nom de l’amour qu’ils leur portent!». L’égalité serait donc une valeur républicaine somme toute assez théorique pour l’Église.

RÉACTIONS
Le Collectif Contre l’Homophobie a réagi aux propos de Philippe Barbarin mais aussi à ceux du cardinal Bernard Podvin, interviewé sur France Inter ce matin: «Si toutes les religions sont respectables, il n’appartient à aucune d’entre elles de s’ériger en modèle de référence dans l’espace public et de chercher à imposer son dogme et à influencer le contenu des lois qui s’appliquent à tous les citoyens, qu’ils soient croyants, agnostiques ou athées.» Enfin, le Collectif a invité l’Église à «faire profil bas» et à consacrer ses prières «aux victimes des actes dont elle s’est rendue responsable à travers les siècles.»

Photo Medef