Une centaine de personnes se sont rassemblées samedi 11 août à Beyrouth devant le ministère de la Justice libanais pour protester contre les «examens de la honte». Il s’agit de tests anaux et vaginaux, conduits par des médecins sur ordre du parquet et censés déterminer les pratiques sexuelles de la personne examinée. L’article 534 du Code pénal libanais punit les relations sexuelles «contre-nature», et des «tests de virginité» sont par ailleurs imposés aux femmes dans certains cas.

Trente-six hommes ont récemment été arrêtés dans un cinéma de Bourj Hammoud, dans la banlieue proche de la capitale, en vertu de l’article 534. Une chaîne de télévision conservatrice avait dénoncé le lieu de drague. Les détenus ont tous été soumis à ces examens anaux, au cours desquels un œuf est utilisé, et qui sont qualifiés de viols par l’association LGBT Helem Liban.

«LES TRAVAILLEUSES DU SEXE ET LES MILITANTES SONT CIBLÉES»
Au sujet des «tests de virginité», Mahdy Charafeddin, membre de Helem, explique à Yagg: «Ces tests sont utilisés contre les femmes à partir du moment où un policier l’a décidé. Habituellement, la police utilise ces tests contre les travailleuses du sexe, contre les femmes qui viennent déposer plainte pour agression, ou contre les femmes qui rentrent en opposition avec la police: une militante pour les droits des réfugié-e-s irakien-ne-s a ainsi été soumise à ce test.»

UN COMMUNIQUÉ DE L’ORDRE DES MÉDECINS
En réaction aux arrestations dans le cinéma et aux humiliations qui ont suivi, les militant-e-s de Helem avaient initialement prévu de manifester sous les fenêtres de l’Ordre des médecins. Le président de la corporation, le Dr Abou Charaf, a rapidement publié un communiqué condamnant les examens anaux: «L’Ordre des médecins a jugé ces examens comme non-scientifiques et contraires aux droits humains», explique à Yagg Charbel Maydaa, directeur exécutif de Helem Liban.

ESPOIR ET COLÈRE
La manifestation a donc été déplacée devant le ministère de la Justice, puisque la position de l’Ordre des médecins n’empêche pas le parquet de demander la pratique de ces examens. «Nous étions environ 130, estime Charbel Maydaa. Des membres de Helem, des sympathisant-e-s… Beaucoup auraient aimé venir mais ne l’ont pas fait pour éviter des problèmes avec leur famille». Mahdy Charafeddin ajoute: «Nous avons vu de nouveaux visages». Il décrit l’ambiance générale du rassemblement: «Il y avait un sentiment d’espoir que le Ministre satisfasse nos revendications, ainsi que de la colère vis-à-vis de ce qui se passe».

Certain-e-s manifestant-e-s brandissaient des slogans ironiques, tels que «Honorable ministre, avant de tester mon anus, ayez au moins l’amabilité de m’inviter à dîner» ou encore «Un œuf n’est pas assez».

«Notre objectif est d’obtenir un rendez-vous avec le ministre pour lui expliquer combien ces examens violent les droits humains les plus basiques, la dignité humaine et le droit à disposer de son corps», résume Mahdy Charafeddin. Il rappelle également que l’abrogation de l’article 534 du Code est lun des principaux objectifs de Helem, depuis la fondation de l’organisation en 2004.


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Photos Facebook Helem