Pour certains socialistes, l’égalité des droits pour les couples de même sexe semble encore faire débat. Ainsi, le courant des Poissons Roses entend déposer une contribution hostile à l’ouverture du mariage pour les homos et à l’homoparentalité au Congrès du parti qui aura lieu fin octobre. Le groupe est emmené par Philippe de Roux, ancien membre de l’UMP, et s’inspire des positions chrétiennes sur les questions de société.

La contribution qui doit être déposée aborde largement les questions économiques et sociales, mais un chapitre est plus particulièrement consacré aux questions de société comme le divorce (les Poissons proposent une sorte de «formation» pour les mariés), l’euthanasie (ils sont contre), la prostitution (position abolitionniste) et enfin la question des droits des couples gays et lesbiens.

Dans ce texte qu’auraient signé notamment Michel Rocard ou Jean-Pierre Mignard (ce dernier se démarque en faisant part toutefois de son désaccord sur le chapitre où les questions LGBT sont abordées), on trouve notamment les affirmations suivantes:

«L’amour entre personnes de même sexe est un fait, et peut être créatif (sic). De même, un couple de personnes de même
sexe est aussi digne qu’un autre. Toute discrimination visant une personne en fonction de son orientation sexuelle doit être combattue.»

Toute discrimination doit être combattue… à l’exception de celles qui sont défendues par les Poissons Roses, bien entendu.

«Ouvrir le mariage citoyen aux couples de même sexe et abandonner le principe d’altérité pose la question de l’accès à l’adoption et à la procréation médicalement assistée.»

Car c’est bien la question de la parentalité qui effraie les auteurs de cette contribution.

«Faut-il, au nom d’un droit à l’enfant pour tous les couples, remettre en cause le principe fondamental du « droit de l’enfant à connaître ses parents et être élevé par eux »? Peut-on, au nom du droit de l’adulte, priver délibérément certains enfants de cette altérité entre l’homme et la femme? De la même manière que la parité entre les hommes et les femmes est une valeur indispensable dans la vie de l’entreprise ou les organisations politiques, le serait-elle moins lorsqu’il s’agit d’élever un enfant? La différence sexuelle entre les parents est-elle structurante dans l’éducation des enfant? De quelles études sérieuses et reconnues dispose-t-on sur le sujet aujourd’hui? Par ailleurs, est-il juste d’organiser et de programmer la naissance d’enfants à qui l’on va interdire de connaître leur père ou leur mère? Toutes les implications anthropologiques et sociales doivent donc être pesées.»

Et le courant de proposer «un large débat, qui à ce jour n’a pas eu lieu, sur la question de l’adoption ainsi que de l’ouverture de la procréation médicalement assistée à des couples de même sexe, en replaçant l’intérêt de l’enfant au centre» et en lieu et place de l’adoption: «le parrainage ou l’adoption des enfants dans leur pays d’origine (au sein d’une famille choisie localement), quand c’est possible». L’enfant serait davantage considéré comme enfant-ambassadeur de son pays afin que soient respectées la construction de son identité et ses racines culturelles et afin d’éviter les dérives de marchandisation.»

Président d’Homosexualités et Socialisme (HES), Gilles Bon-Maury, interrogé par Yagg, reste sceptique sur la démarche:

«Il m’est difficile d’accorder un quelconque crédit à cette organisation, que je ne connais pas, et que je n’ai jamais vue au PS. Il existe bien une famille politique issue des chrétiens de gauche, dans le prolongement de ce que l’on appelait la « deuxième gauche ». Cette filiation a été importante dans l’histoire du parti. Je comprendrais que les Poissons Roses souhaitent récupérer cet héritage. Je ne pense pas qu’ils y parviennent avec ces méthodes.»

Et le président d’HES de balayer d’un revers de main les arguments des Poissons Roses:

«Je ne connais pas cette organisation mais j’en connais les arguments: ce sont ceux qui ont déjà été usés par les prises de position officielles de l’épiscopat français et des élus de droite qui s’en font généralement le relais.»

«Sur les questions qui nous mobilisent, la position du PS est déjà ancienne et profondément inscrite dans l’identité du parti: la lutte contre l’homophobie figure dans la déclaration de principes du PS. À de nombreuses reprises depuis 2004, les militants socialistes ont voté pour l’ouverture du mariage et de l’adoptio», rappelle Gilles Bon-Maury, avant d’ironiser:

«Après 8 ans de silence dans un parti en faveur de l’égalité des droits, et une victoire de la gauche à la présidentielle et aux législatives avec un programme explicite sur ce sujet, cette contribution a comme un parfum de poisson… d’avril.»