Le 14 août prochain se tiendra la première Marche Lesbienne (ou Dyke March) de Montréal. Le parcours célébrera l’histoire lesbienne de la ville: «Nous allons nous arrêter dans différents endroits emblématiques, les lieux festifs, ceux qui ont soutenu le combat pour nos droits, ceux qui ont marqué notre histoire et nos esprits, explique à Yagg Valérie Simon du collectif d’organisation de la marche. Au programme, DJs et performeuses assureront l’animation tout au long du défilé qui se terminera au cabaret Mile End pour une after party. Enfin, c’est le groupe new-yorkais MEN qui clôturera la soirée.

PAR ET POUR LES GOUINES
Pour le collectif, il est primordial que cette marche soit non-mixte: «Nous ne jouerons pas à la police politique ou identitaire, mais nous avons clairement exprimé le fait que c’est une marche par les lesbiennes, et pour les lesbiennes.» Sans perdre de vue la dimension festive de cette manifestation, l’événement servira à «créer un espace pour celles qui partagent l’identité lesbienne». Pour le collectif, il est nécessaire de «repolitiser» cette notion. Inspirées par le groupe militant des Lesbian Avengers, les filles du collectif se placent dans la lignée de cette première marche lesbienne qui s’est tenue en 1993 à Washington. Une façon de regarder en arrière pour renforcer la communauté lesbienne montréalaise et «écrire son histoire»: «Nous ne connaissons pas vraiment l’histoire des lesbiennes au Québec, il y a eu une désagrégation de la communauté lesbienne, constate Valérie Simon. Un des premiers pas que nous ferons avec cette marche est de remettre en contact des sous-groupes de notre communauté. Nous souhaitons reprendre le contact avec des lesbiennes qui nous ont ouvert la porte de la visibilité, grâce à leurs luttes dans les années 70-80.»

LESBOPHOBIE
«Comparativement à d’autres pays, nous avons obtenu le mariage, mais cela n’empêche pas l’homophobie de s’exprimer dans le quotidien des lesbiennes», affirme Valérie Simon: présomption d’hétérosexualité toujours bien ancrée dans la société, sexualisation de l’identité lesbienne, invisibilité, le collectif entend bien lutter contre toutes ces formes de lesbophobie. «Il y a de moins en moins de crimes haineux, mais il y a une lesbophobie sournoise qui détruit des vies.» De plus, malgré un mouvement féministe fort au Québec, le masculinisme, un courant conservateur dénonçant les discriminations subies par les hommes, est devenu de plus en plus présent ces dix dernières années.

UNE MARCHE POLITIQUE ET INDÉPENDANTE
Le collectif a fait le choix de ne pas être associé aux grands événements LGBT de Montréal qui ont lieu cet été: le Festival Divers/Cité qui s’est terminé le 5 août, mais aussi la Fierté Montréal Pride, qui se tiendra le dimanche 19 août, soit quelques jours après la Marche Lesbienne. Les organisatrices posent un œil très critique sur «le manque de diversité de l’organisation» de ce dernier événement: «Nos principes d’organisations sont anti-capitalistes, féministes et anti-racistes. Nous remarquons que la Pride qui devient de plus en plus commerciale, est centrée sur la visibilité des entreprises et la vente de produits de consommation. Elle est de plus en plus dépolitisée.»

Une opinion cohérente avec la position en soutien au mouvement étudiant qui a secoué le Québec cette année: «Les membres du collectif ont pour leur part participé activement à la grève et aux manifestations», souligne Valérie Simon. Clin d’œil à la mobilisation contre la hausse des frais de scolarité, l’un des personnages de l’affiche de la Marche Lesbienne porte un carré rouge, un des symboles du Printemps Érable.

[Mise à jour – 13/08/12] Suite aux propos de Valérie Simon, de la Marche Lesbienne, publiés dans cet article, Mylène St Pierre, gestionnaire de projet à Fierté Montréal, a souhaité réagir. Voici un extrait d’une lettre ouverte qu’elle nous a fait parvenir. «Le fait que la plupart des gens considèrent l’organisation des Fiertés gaies, ici et ailleurs, comme essentiellement réservée à une clientèle masculine, est loin d’être un secret. C’est pourquoi j’ai scruté le programme d’un œil critique et reconsidéré les possibilités dans le but de donner leur place aux activités pour les femmes, pour les personnes trans’ ainsi que pour les jeunes. J’ai proposé une grande variété d’événements au président de notre association, Éric Pineault, chacun étant une possibilité pour chacune des voix qui forment notre communauté de se faire entendre, car elles sont, selon moi, encore trop souvent étouffées. L’un des événements que j’ai proposés est une Marche des Femmes (Dyke March). J’étais bien sûr au courant que les premiers défilés de la Fierté gaie de Montréal avaient été initiés par un groupe influent de femmes à la fin des années 70 et début des années 80 et il me tenait à cœur de leur rendre hommage ainsi qu’au vaste espace qu’elles nous ont ouvert. J’ai également voulu créer un espace où les femmes, au même titre que les autres, puissent se sentir les bienvenues, où leurs voix puissent être entendues, et où elles auraient la liberté de revendiquer leur place légitime dans le cadre du large panel des activités proposées par Fierté Montréal. Cette marche s’adresse à tous ceux qui se considèrent comme femmes, s’y identifient ou qui sont alliés aux diverses communautés du monde LGBT. Mon souhait le plus cher est de voir femmes, alliés, personnes de tous âges et de toutes origines marcher ensemble. Que vous vous considériez comme étant une lesbienne de cuir, une personne bisexuelle, « Genderqueer », allié hétéro, homme féministe, radical, hippy ou même rien de tout cela, venez marcher avec nous. Réclamez votre espace et venez célébrer votre identité avec ferveur et fierté!».

Page Facebook de la Marche.

Photo du collectif Rachel Vanier