La nouvelle n’aura échappé à personne: Mika vient de faire son coming-out. Si la déclaration a beaucoup été saluée, elle a aussi entraîné nombre de commentaires ironiques ou sceptiques sur le ton du «c’était un secret de Polichinelle» ou «tout ça c’est du marketing». Rien de très original, Ricky Martin ou Anderson Cooper avaient déjà eu droit au même traitement. Prenons le temps de répondre à ces arguments.

Celui du marketing, tout d’abord. Il existe peut-être des agents ou des responsables de maison de disques qui encouragent leurs artistes à sortir du placard parce qu’ils estiment que cela fera gonfler leur ventes, mais je n’en ai jamais rencontré. Bien au contraire, ce sont souvent ces personnes-là qui maintiennent les musicien-ne-s, mais aussi les acteurs-trices depuis des décennies dans le placard, sous prétexte que cela ferait peur aux hétéros ou qu’ils ou elles resteraient cantonné-e-s au rôle de l’homo de service – ce qui est totalement infamant comme chacun sait…

HONNÊTETÉ
Certains se sont ensuite interrogés sur le timing du coming-out de Mika. Il va sortir un album… il fait ça pour faire parler de lui. Le chanteur s’apprête effectivement à sortir un album et comme chaque musicien dans ce cas-là, il commence à donner des interviews. Au cours desquelles on lui demande presque systématiquement s’il est gay. Jusqu’ici il avait noyé le poisson; cette fois-ci, il a choisi de répondre honnêtement. Certes, ces interviews ont pour but de faire parler de lui et de promouvoir son futur disque. Mais l’argument du coming-out marketing ne tient pas. D’ailleurs, pour ne pas faire du marketing, fallait-il qu’il reste dans son placard?

Dire qui l’on est n’est pas de l’ordre du commerce, mais de celui de l’honnêteté. L’honnêteté fait-elle vendre? Tant mieux, a-t-on envie de répondre.

On a aussi le droit de prendre la sincérité juste pour ce qu’elle est et d’arrêter de voir un calcul derrière chaque mot. Vos proches vous ont-ils répondu «ah toi, tu as quelque chose à me demander!» lorsque vous leur avez dit que vous étiez gay, bi, lesbienne ou trans’?

RESPECT
Le «secret de Polichinelle», ensuite. C’est vrai, personne n’imaginait sérieusement que Mika soit en fait hétéro. Déjà parce qu’il avait concédé être bisexuel et ensuite, parce qu’il avait employé la phrase magique «je n’aime pas les étiquettes» (il aurait pu dire – et a sans doute dit aussi: «je ne parle pas de ma vie privée»). Chacun sait qu’un hétéro ne dit jamais qu’il n’aime pas les étiquettes. Il affirme qu’il n’a rien contre les homos, mais qu’il est tout simplement hétéro, point.

Pour autant, l’importance du coming-out de Mika ne doit pas être minimisée. Ne serait-ce que parce que prononcer ces mots n’a peut-être pas été facile pour lui. Dans son interview, il déclare d’ailleurs: «C’est grâce à la musique que j’ai trouvé la force d’être à l’aise avec ma sexualité, au-delà des simples paroles de mes chansons.»

Que chacune ou chacun se souvienne de son propre coming-out. Qui n’a jamais ressenti au moins un peu d’appréhension avant de franchir le pas? Sans même parler de celles et ceux qui n’ont encore rien dit. Mika, qui n’a que 29 ans rappelons-le, n’a visiblement pas eu la force de parler de son orientation sexuelle en public avant. Au nom de quoi devrions-nous le lui reprocher?

Notre expérience personnelle ne devrait-elle pas nous inspirer un peu plus de respect?

Et parmi ceux qui jouent la carte ô combien facile du cynisme, combien seraient prêts à évoquer leur attirance pour les personnes de même sexe, non pas juste à leurs proches, mais au monde entier comme l’auteur de Grace Kelly ou de Relax vient de le faire?

Chaque coming-out, à plus forte raison quand il est aussi public que ceux de Mika, Ricky Martin, Anderson Cooper ou Diana King, est une victoire sur l’homophobie et sur toutes celles et tous ceux qui préfèrent nous voir rester dans le placard. Laissons donc tomber les postures d’ironie deux secondes et apprécions ces gestes pour ce qu’ils sont: des petits pas supplémentaires vers un monde où plus aucun homo, bi ou trans’ n’aura peur de dire qui il est.