Ciné, Livres, People | 01.08.2012 - 12 h 37 | 4 COMMENTAIRES
Disparition de l’écrivain gay Gore Vidal
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Un géant de la littérature américaine s'est éteint hier, à l'âge de 86 ans. L'homosexualité, dès «Un garçon près de la rivière» (1948), l'un de ses premiers romans, a traversé son œuvre.

Gore Vidal, l’un des géants de la littérature américaine, est mort hier, mardi 31 juillet, à l’âge de 86 ans, des suites d’une pneumonie, dans sa villa à Hollywood. Le romancier, ouvertement gay, observateur souvent critique des mœurs et de la politique américaines, a également écrit pour la télévision, le cinéma et le théâtre.

UN ROMAN QUI FAIT SCANDALE
En 1948, il signe Un garçon près de la rivière, l’un de ses premiers romans: une histoire d’amour entre deux lycéens à l’épreuve du temps, inspirée de la propre vie de l’auteur, qui provoquera le scandale et lui «vaudra un ostracisme durable de la part de la critique», souligne Didier Eribon dans son Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes.

«MYRA BRECKINRIDGE»
En 1968, il publie Myra Breckinridge, qui sera adapté deux ans plus tard au cinéma avec un casting hallucinant (Raquel Welch, John Huston, Mae West, Tom Selleck, Farrah Fawcett): «un monument kitsch et l’un des sommets du cinéma camp», écrit Didier Roth-Bettoni dans L’Homosexualité au cinéma. Myra Breckinridge est un film foutraque où Raquel Welch interprète une femme trans’ dont la mission secrète est de «détruire le mâle américain dans toutes composantes». La scène de «rodéo-sodomie» est culte.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Myra Breckinridge – Trailer (1970)

SOUS-TEXTES
Côté cinéma, on retiendra également que Gore Vidal a écrit le scénario de Soudain l’été dernier (1959), de Joseph L. Mankiewicz, d’après la pièce de théâtre éponyme de son ami Tennessee Williams, et qu’il a participé à celui de Ben-Hur (1959), de William Wyler, à une époque où – Code Hays oblige – l’homosexualité ne pouvait être abordée explicitement à l’écran. Dans le premier cas, le sous-texte incite à penser que l’homosexualité du personnage principal (quasiment invisible, traité via des flashbacks) est une déviance mentale, source de souffrance conduisant irrémédiablement à la mort. Ironie terrible: l’acteur Montgomery Clift, qui joue un personnage hétéro dans le film, est alors lui-même dans le placard et souffre en silence. Même si la grande Elizabeth Taylor est là pour le soutenir entre les prises et qu’elle a tout compris depuis bien longtemps…

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Suddenly, Last Summer – trailer

Dans Ben Hur, Gore Vidal aurait injecté une histoire d’amour souterraine et non-dite entre Ben-Hur (Charlton Heston) et Messala (Stephen Boyd).

Stephen Boyd et Charlton Heston dans «Ben-Hur»

Il l’expliquera plus tard dans le formidable documentaire The Celluloid Closet.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur The celluloid closet-1995-extrait Ben-Hur

Photo (Gore Vidal) David Shankbone

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Avatar de Yannick Barbe
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Directeur de la rédaction de TÊTU
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LES réactions (4)
  • Par Christophe Martet 01 août 2012 - 15 H 36
    Avatar de Christophe Martet

    Ils devaient être sous acide à la Fox quand ils ont laissé tourner Myra Breckinridge :)

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  • Par Spyro 01 août 2012 - 16 H 03
    Avatar de Spyro

    C’est lui qui a écrit le Vidal ? :D *sort*

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  • Par Silvius 01 août 2012 - 22 H 52
    Avatar de Silvius

    Ben Huuuuuuuuuuuuuur !!!!!! Un film que j’adorais quand j’étais petit et que j’adore encore plus maintenant avec son sous-texte gay !
    Bon, il est peut-être mort, mais du coup j’ai appris son existence… et je vais pouvoir lire ses livres.

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  • Par Oxt 02 août 2012 - 18 H 07

    Gore Vidal a aussi écrit d’extraordinaires romans décrivant les dessous de la vie politique américaine de la fin du XIXe, notamment sur Lincoln. Il était ami avec Paul Bowles qui raconte comment Gore Vidal « persécutait » Truman Capote qui le détestait et tentait vainement de le fuir lors de ses voyages en Europe.

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