Après l’annonce de la prolongation de leur détention jusqu’en janvier 2013, le procès des trois membres du collectif féministo-punk Pussy Riot s’est ouvert hier matin à Moscou. Nadézhda Tolokonnikova, Maria Alekhina et Ekaterina Samoussevitch sont accusées d’avoir participé à une performance de prière punk anti-Poutine dans l’enceinte de la cathédrale du Christ Sauveur en février dernier (lire Russie: Mobilisation pour la libération de deux militantes du groupe punk Pussy Riot). Elles encourent 7 ans de prison pour hooliganisme.

«FÉMINISTE»=BLASPHÈME
Fait inhabituel, si les vidéos et les photos étaient interdites dans le tribunal, l’audience était pourtant retransmise en direct sur le site web du tribunal. La diffusion était toutefois suspendue durant les témoignages. Plusieurs personnes ayant assisté à la prière punk anti-Poutine entonnée par le Pussy Riot ont été entendues à la barre, certaines faisant part d’un traumatisme après la performance du groupe, d’autres décrivant leur action comme «inacceptable et immorale et pas seulement dans une église». Par ailleurs, le mot «féministe» prononcé dans l’enceinte de la cathédrale a été considéré comme un blasphème selon la cour.

Admettant que leur performance au sein d’un lieu de culte était une erreur éthique, les trois jeunes femmes ont déclaré que leur intention n’avait jamais été de blesser les orthodoxes, mais de protester contre la patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe et proche soutien de Vladimir Poutine. Mais leurs excuses n’ont pas convaincu tout-e-s les croyant-e-s. Pour Valentin Lebedev, chef de l’Union des citoyens orthodoxes, elles n’ont toujours pas présenté leurs excuses «pour la monstrueuse et offensante performance utilisant des textes sacrés et des prières mêlés à des jurons».

PRISON
La défense a déjà fait part de ses craintes quant à l’issue de ce procès. Selon l’un des trois avocat-e-s, Mark Feigin, la seule véritable indécision est la durée de la peine dont vont écoper les trois jeunes femmes: «On ne peut pas espérer que la cour sera neutre et objective car la juge a rejeté tous nos appels depuis le début et a interdit l’interrogatoire des parties lésées et de nos témoins.»

Dans une interview au média indépendant Mnenia, l’avocate Violetta Volkova ne s’est guère montrée plus optimiste: «L’emprisonnement n’est pas la pire chose qui pourrait arriver. Les filles sont prêtes pour la détention. Elles savent que le procès n’est pas pour ce qu’elles ont fait, mais pour leurs opinions politiques. Le plus terrible sera si la peine est requise par l’État, nous risquons de ne plus jamais les revoir. Nous craignons qu’avec les connivences entre les autorités qui ont lancé cette violente campagne d’accusation contre Pussy Riot par la télévision d’État, n’importe quoi puisse leur arriver là où elles seront incarcérées. Et nous devons nous rendre compte que cette sentence injuste serait littéralement une condamnation à mort.»

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