Santé
Santé, VIH | 27.07.2012 - 12 h 24 | 1 COMMENTAIRES
Prévention par Truvada: Les volontaires de l’essai Ipergay témoignent
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Aux États-Unis, le médicament Truvada a été autorisé pour limiter la transmission du VIH chez les séronégatifs. En France, des gays testent l'efficacité de ce médicament dans l'essai Ipergay. Pourquoi? Avec quels résultats espérés? Quatre volontaires et un accompagnateur témoignent sur Yagg.

TOM, VOLONTAIRE D’IPERGAY:

«La décision que j’ai prise n’était pas seulement pour moi-même. Je suis d’accord avec les autres participants: nous le faisons aussi pour les autres, pour tous ceux qui sont dans notre communauté.»

 

Tom a souhaité témoigner par écrit.
Pourquoi vouliez-vous faire partie de l’étude?
Tom: Je suis en colère. Les nouvelles contaminations par le VIH ne diminuent pas en France mais au contraire, elles augmentent. En depuis de toutes les informations sur le problème de la prévention: la publicité, les affiches, plaquettes, etc. qui sont toujours disponibles dans tous les bars gays, et ailleurs, ainsi que les programmes, (Sidaction, Solidays, 1e Decembre..).  Après trente ans, je pense que nous sommes moins bien lotis en 2012.

Nous avons vraiment besoin de faire quelque chose, c’est urgent. À Paris, il y 1 gay sur 5 qui est séropositif et certains ne le savent pas car ils ne sont pas testés. Il y a 7000 nouvelles contaminations chaque année. Dans la communauté gay, cela se représente 3500 cas en 2011, c’est presque dix pédés par jour! Et cela augmente chaque année, donc “business as usual” ne suffit pas.

Comment avez-vous eu connaissance d’Ipergay?
Je suis un militant contre le sida depuis 24 ans. Et j’ai suivi toutes les nouvelles sur l’épidémie depuis toujours dans les médias. J’ai trouvé des informations sur l’étude dans la page Yagg sur Facebook. Quand je l’ai vue, je me suis dis que ça, c’était pour moi. J’étais l’un des premiers à signer la protocole. Mais ce n’était pas une décision facile. L’étude n’est pas sans controverse. Et je voulais explorer plus à ce sujet. Donc, après avoir quitté Act Up-Paris il y a environ 5-6 ans, je l’ai récemment rejoint.
Une partie de la controverse est liée à l’existence du bras placebo: certains participants prennent le vrai antiviral [Truvada] et certains ne les prennent pas. On sait pas qui fait quoi. Mais après avoir parlé au professeur Molina à ce sujet, (sur le chat de Yagg) je me sens à l’aise avec le fait que c’était décidé en avance, que si un trop grand nombre de nouvelles contaminations se produisent au cours de l’essai, il sera analysé par une comité d’experts indépendants et, si nécessaire, peut-être arrêté. Dans l’étude, nous n’avons absolument aucune contrainte. Nous pouvons quitter l’étude pour une raison quelconque, sans donner d’explication.
Un autre point gênant, c’est le coût de l’étude, et le coût du médicament choisi dans l’étude. Certains militants demandent, est-ce qu’il ne serait pas mieux d’investir l’argent pour des programmes de prévention qui encouragent l’utilisation du préservatif? Puis, il y a la question de savoir ce qui se passera après l’étude? Comment peut-elle être présentée au public? Comment les médicaments seront-ils payés? Y aura-t un suivi aussi intense comme c’est le cas aujourd’hui pour les participants dans l’étude? Aujourd’hui, par exemple, quand je vais à l’hôpital, pour mes visites mensuelles, j’ai cinq professionnels de la santé et deux membres d’associations pour m’aider. La visite dure environ 2 heures, la plupart du temps passé à parler. Cela ne peut se passer avec nos médecins généralistes, où nous passons, parfois cinq minutes, le temps de faire une ordonnance.
Il n’y a pas de suivi des soins maintenant. Donc, est-ce qu’il y aura le financement des cliniques santé, destinés –pour le dépistage et l’encadrement des participants–, en particulier aux communautés LGBT et aux travailleurs du sexe? Y aura-t-il un accès aux soins de santé sans jugement, comme c’est le cas au 190, au Kiosque Info Sida, ou dans les locaux de Aides? On a absolument besoin d’un bon encadrement pour ce traitement.  Ce n’est pas du tout juste des médicaments à avaler. On a dans Ipergay, un “Focus Group” où les participants partagent leurs vécus, leurs expériences, etc. C’est aussi un lieu pour parler de la prévention sans jugement.

Qu’attendez-vous de l’essai, pour vous-mêmes, vos partenaires, la communauté gay?
J’espère qu’on pourra trouver un autre outil pour la prévention du sida  car aujourd’hui ça ne marche pas aussi bien.  Je sais ce que je fais, et je sais ce que font les autres. J’ai  parlé avec beaucoup de gens –mes partenaires, mes amis, d’autres militant-e-s…).

Ce n’est pas parce qu’on ne sait pas qu’on n’utilise pas le préservatif, c’est que, pour des raisons diverses, c’est un problème. Et on doit discuter de tout ça pour trouver une solution.

Les antiviraux ne sont pas la solution miracle pour le problème de la prévention du sida.  Mais, avec cette étude, peut-être on ne sait pas où on va arriver, mais au moins, une chose est sûre,  on est sur le bon chemin. Je l’espère en tout cas!

Photo © Tom Craig/Directphoto.org

Voir page suivante le témoignage vidéo de Marco, accompagnateur de l’essai Ipergay.

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LES réactions (1)
  • Par frédéric Debuiche 27 juil 2012 - 22 H 36

    Merci Christophe d’avoir pris le temps de nous recevoir. Les éclairages, les mots de chacun donne un écho à l’essai IPERGAY. Que cela permette à chacun de prendre connaissance de ce qu’est Ipergay et que, grâce à ton travail, nous collaborions ensemble à une information juste, sans tabou, respectueuse.
    Merci YAGG

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