Le journaliste gay Joseph Macé-Scaron porte plainte contre Le Seuil, l’éditeur d’un autre journaliste gay, Didier Lestrade, pour un passage du livre Pourquoi les gays sont passés à droite: «Si Joseph Macé-Scaron est vivant et apparemment en bonne santé, c’est parce que des millions de gays ont offert leur corps à la médecine pour obtenir les multithérapies qui existent aujourd’hui.» L’avocat de Joseph Macé-Scaron, joint par téléphone, nous a informé que la plainte a été déposée le 26 mars dernier, soit quelques semaines après la sortie du livre. La plainte vise à faire reconnaître l’atteinte à la vie privée et Joseph Macé-Scaron réclame au Seuil 100000 euros.

«CE PROPOS EST INDÉCENT, INSUPPORTABLE, INDIGNE»
Dans son livre, Didier Lestrade critiquait certaines personnalités gays et lesbiennes (Caroline Fourest en prend aussi pour son grade) dont Macé-Scaron à qui il reproche entre autres de ne pas s’être mobilisé contre le sida. Mais selon maître Richard Malka, les propos incriminés dépassent les bornes: «On a laissé passer beaucoup de choses, mais ce type de propos doit être sanctionné.» Et l’avocat d’ajouter: «Certains principes méritent d’être rappelés. Contraire à la morale, ce propos sur l’état sérologique de Joseph Macé-Scaron est indécent, insupportable, indigne. Nous avons estimé que c’est le genre d’informations qu’il faut protéger de manière absolue».

Sur sa page Facebook, Didier Lestrade avait annoncé hier que Joseph Macé-Scaron portait plainte contre lui, mais c’est en fait l’éditeur qui est visé. Une première audience doit avoir lieu à la rentrée. Maître Malka ajoute: «Si le tribunal dit qu’il y a atteinte à la vie privée, l’argent sera reversé à Aides.»

[Mise à jour, 16h20] Didier Lestrade nous a fait parvenir sa réaction.

«Ce que je peux dire, c’est que ce passage du livre n’est en aucune manière une façon pour moi de mettre un doute sur le statut sérologique de Joseph Macé-Scaron. Parfois, ça m’intéresse de le savoir, mais dans son cas, je m’en fiche complètement (…) Mon point était juste de dire, dans ce chapitre, que pour quelqu’un  qui est farouchement anticommunautariste, le succès de la lutte contre le sida et l’arrivée des trithérapies était CLAIREMENT un succès de cette communauté LGBT et sida. Donc toutes les personnes, séropos ou non, voient aujourd’hui les bienfaits de cette victoire dans le sida.»
«Dans l’idée, je suis totalement favorable à l’outing mais dans le cas de Joseph Macé-Scaron, ça ne m’est pas venu à l’idée de me lancer dans une telle démarche.»
Si j’avais voulu faire une allusion perverse à son égard, je l’aurais faite d’une manière beaucoup plus franche, à mon habitude. Et d’ailleurs, le service juridique du Seuil n’a pas du tout vu ce problème avant parution, si on m’avait demandé de clarifier la phrase ou même de l’enlever, je l’aurais fait, comme le j’ai fait au cours de mes 7 bouquins précédents. On ne s’amuse pas avec ça, c’est connu.»