Dans une lettre publiée par le Robert F. Kennedy Center for Justice and Human Rights, quatre lauréat-e-s du prix Nobel de la Paix s’inquiètent de la  façon dont les personnes LGBTI sont traitées dans le monde.

L’économiste bangladais Muhammad Yunus, la militante américaine pour l’interdiction des mines antipersonnelles Jody Williams, l’avocate iranienne Shirin Ebadi et l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu ont officiellement apporté leur soutien aux personnes LGBTI et appelé la communauté internationale à respecter la dignité humaine en luttant contre toutes les discriminations:

«Collectivement nous représentons un ensemble de pays et de cultures. Aujourd’hui plus que jamais, nous voulons faire savoir que les mêmes valeurs culturelles que nous avons encouragées et promues durant notre combat de longue haleine pour la paix, nous incitent à dénoncer la violence et les discriminations que nos semblables subissent chaque jour uniquement parce qu’ils/elles sont gays, lesbiennes, bisexuel-le-s, trans’ ou intersexué-e-s.»

Les militant-e-s ougandais n’ont pas manqué de saluer le courage de ces quatre personnalités pour cette prise de position faite conjointement avec le Sexual Minorities Uganda (Smug), peu de temps après une recrudescence de la répression contre les LGBTI en Ouganda. Le 20 juin, le ministre de l’Éthique et de l’Intégrité Simon Lokodo a annoncé l’interdiction d’une trentaine d’organisations des droits humains. Ces ONG représenteraient, selon lui, une menace pour les traditions et les valeurs ougandaises en recrutant des enfants pour les rendre homosexuel-le-s. De plus, lundi 18 juin, la police a fait irruption dans un atelier organisé à Kampala par le Réseau des défenseurs des droits humains de l’Afrique orientale et de la Corne de l’Afrique, où étaient présent-e-s des militant-e-s LGBTI venu-e-s du Kenya, du Rwanda et de Tanzanie. En février dernier, les forces de l’ordre étaient intervenues de la même manière lors d’une réunion organisée par des militant-e-s LGBTI dans un hôtel d’Entebbe.

«Il est clair que notre gouvernement et les leaders chrétiens ont intensifié leur campagne d’intimidation et de harcèlement contre la communauté LGBTI» affirme Frank Mugisha, directeur exécutif de Smug, qui avait été récompensé par le prix Robert F. Kennedy en 2011. Les militant-e-s ougandais-e-s redoutent notamment qu’une nouvelle loi criminalisant l’homosexualité soit votée, ce qui renforcerait le climat de répression. Actuellement en discussion au Parlement, elle punirait les personnes LGBTI, mais aussi celles et ceux qui ne les dénonceraient pas aux autorités. «L’inquiétude des lauréat-e-s du Nobel est une réponse directe à celles et ceux qui détournent les valeurs culturelles pour justifier une atteinte grandissante contre les droits humains», affirme Kerry Kennedy, présidente du RFK Center.

Photos World Economic Forum (Muhammad Yunus) / Justin Hoch (Jody Williams) / Shahram Sharif (Shirin Ebadi) / Elke Wetzig (Desmond Tutu)