France
Égalité des droits, Homoparentalité, Mariage, Société | 27.06.2012 - 12 h 45 | 3 COMMENTAIRES
Espoir et détermination pour Chloé Avrillon après le procès en appel à Rennes
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Chloé Avrillon se bat pour obtenir des papiers qui correspondent à son identité de femme, sans pour autant avoir à divorcer d'avec Marie, la mère de leurs 3 enfants.

Chloé Avrillon se bat pour obtenir des papiers qui correspondent à son identité de femme, tout en restant mariée à Marie, son épouse depuis août 1997.

Après une décision défavorable du tribunal de grande instance (TGI) de Brest, Chloé avait décidé de faire appel. Le procès a eu lieu ce lundi à la cour d’appel de Rennes, mais la décision ne sera rendue qu’en octobre.

RASSEMBLEMENT DE SOUTIEN
Avant l’audience à 14h15, Chloé, Marie et leurs soutiens se sont réuni-e-s au centre LGBT de Rennes vers midi. «Il y avait des militant-e-s de Rainbow Brest, du centre LGBT, de l’Association Beaumont Continental (ABC). Une vingtaine de personnes étaient présentes pour nous soutenir, explique à Yagg Chloé Avrillon. Nous nous sommes ensuite dirigé-e-s vers le palais du Parlement de Bretagne [où siège la cour d'appel, ndlr]; nous avons déroulé une banderole, et répondu aux questions de la presse.»

«UNE PLAIDOIRIE BRILLANTE DE MAÎTRE LUDOT»
Le ventre noué, Chloé et Marie Avrillon sont ensuite entrées dans la salle d’audience pour le jugement. «Notre avocat, Me Emmanuel Ludot, a donné une plaidoirie brillante, raconte Chloé Avrillon à Yagg. Il a rappelé les décisions favorables au changement d’état-civil dans des situations similaires à Caen en 2003 et Montpellier en 2011, en a appelé au respect des valeurs de notre République: liberté, égalité, fraternité. Il a également insisté sur le fait que les Français-e-s venaient d’élire un Président et une Assemblée favorables au mariage des couples de même sexe. Me Ludot a aussi rappelé qu’il s’agissait là de reconnaître une situation de fait, et non de prendre une décision rétroactive, et que la France avait voté la résolution 1728 (2010) du Conseil de l’Europe et qu’elle était donc en devoir de l’appliquer sur son territoire.» L’avocat de la famille a également pris les devants sur toute demande d’expertises médicales: «Il a rappelé que les preuves de mon transsexualisme et de ma féminité avaient déjà été avancées».

«UN DISCOURS D’UN AUTRE ÂGE DU PROCUREUR»
Dans la réponse du parquet, une première victoire pour Chloé: l’abandon de toute demande d’expertise médicale supplémentaire. «Je ne remets pas en cause la féminité de votre cliente», a lancé le procureur général à Me Ludot. «Pour le reste, le discours du procureur venait d’un autre âge, témoigne Chloé Avrillon. Il a parlé de trouble à l’ordre public!». Une position, défavorable au changement d’état civil, qui a bouleversé Marie Avrillon: «elle en pleurait», confie Chloé.

«RECONNAÎTRE LA FIN D’UNE SOUFFRANCE»
«Accorder un changement d’état-civil serait reconnaître la fin d’une souffrance portée pendant longtemps, et dont la société et en particulier ses lois peuvent êtres tenues pour responsables, analyse Chloé Avrillon. Je veux avoir des papiers avec une identité qui me corresponde, tout en préservant l’avenir de Marie et de nos enfants. C’est une question de respect et de dignité.»

COMPLICATIONS POUR ALLER VOTER
Et Chloé de rappeler les difficultés rencontrées au quotidien par les personnes dont les papiers ne correspondent pas avec leur identité: «Faire un chèque est compliqué… Passer des concours administratifs, voter, être élues… est quasiment impossible. Je suis allée voter aux dernières élections cantonales, c’était très compliqué. J’ai été échaudée et je ne me suis pas rendue au bureau de vote pour l’élection présidentielle et les législatives. Mais j’ai appelé à voter à gauche».

LE CHAMPAGNE OU LA COUR DE CASSATION
La question en jeu dans son procès, pour Chloé, c’est celle de «l’égalité des droits, pour les homos, pour les trans’. La lutte pour l’égalité est urgente, pas seulement pour nous, mais aussi pour les personnes handicapées par exemple, qui sont privées d’accès à tant d’endroits!».

La décision de la cour d’appel sera rendue le 16 octobre 2012. «Je préfère vivre dans l’espoir!, positive Chloé. À Brest on avait eu une procureure favorable et un juge défavorable, là on espère que ce sera l’inverse! Si on gagne, on fait une grande fête, on sabre le champagne!». Et en cas d’échec? «Je ne lâcherai rien, j’irai jusqu’au bout, à la Cour de Cassation, à la Cour européenne des droits de l’Homme s’il le faut», répond-elle.

Elle a l’intention de se battre dans les cours de justice, mais Chloé Avrillon tient aussi à rappeler que l’égalité pour les trans’ et les homos se fera aussi en faisant pression sur les politiques: «Là non plus, il ne faut pas lâcher. Il faut obliger le gouvernement à tenir ses promesses, et même à aller au-delà».

Photo DR (Marie et Chloé photographiées par leur fils, photo publiée avec l’autorisation de la famille)

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LES réactions (3)
  • Par Liao 27 juin 2012 - 15 H 07
    Avatar de Liao

    Bon courage
    Parce qu’une chose est sûre. La justice est aveugle…

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  • Par caphi 28 juin 2012 - 15 H 42

    « Il faut plus de lumière pour libérer un coeur que pour faire une aube, plus d’amour que de mots pour écrire à celles qu’on blesse… » Yvon Rivard. Extrait de « Les Silences du corbeau »

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  • Par caphi 28 juin 2012 - 15 H 48

    « Si la justice se présentait toujours sous l’apparence du courage, il y aurait plus de justice. » Alain. Extrait de « Minerve ou la sagesse »

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