Nicolas Gougain (à droite sur la photo) et Philippe Chauliaguet (à gauche), respectivement porte-parole et co-secrétaire de la commission politique de l’Inter-LGBT, étaient les invités d’un chat avec les internautes de Yagg le 21 juin dernier.

Pendant une heure, il a évidemment été question de la Marche des Fiertés LGBT de Paris (organisée par l’Inter-LGBT) dont la prochaine édition aura lieu le samedi 30 juin, mais aussi du projet de fusion entre le Centre LGBT Paris-IdF et l’Inter-LGBT, de l’agenda politique, de GPA ou encore du traitement médiatique des marches et autres gay prides.

Voici l’intégralité des échanges.

Numa: Est-il prévu d’organiser un débat serein et objectif entre représentants des associations et spécialistes sur le thème de la GPA [Gestation pour autrui], afin que l’Inter-LGBT puisse, à moyen terme, prendre une position officielle sur cette pratique?
Nicolas Gougain:
Nous avons déjà organisé un débat interne en 2010/2011. Il y a encore un certain nombre de clivages entre nos associations membres sur cette question. Au final, nous n’avons pas pris position sur la GPA pour autant, nous avons estimé qu’il était important de travailler sur la situation des enfants nés de GPA à l’étranger avec au moins un des parents français. En effet, ces enfants sont considérés comme apatrides et ne sont pas reconnus par le droit français.

Georges: Qu’en est-il du projet de fusion entre le Centre LGBT Paris-IdF et l’Inter LGBT? Merci!

Eleuthère: Dans la fusion du Centre et de l’Inter, pourquoi la mention du sida a-t-elle disparu des statuts de la future structure?
NG: Eleuthère, qu’en savez-vous? Plus sérieusement, les statuts ne sont pas encore finalisés et l’objet social de l’association a été largement enrichi depuis la 1ere version des statuts qui a circulé sur nos listes de diffusion. On s’achemine plutôt vers une finalisation à la rentrée de septembre. Ce sont de toute manière nos associations membres respectives qui auront le dernier mot.

Philippe Chauliaguet: Le but à atteindre est de créer une nouvelle structure dynamique qui additionne les compétences et missions du Centre LGBT Paris-IdF et de l’Inter-LGBT tout en essayant d’en développer de nouvelles.

NG: Par exemple, des cycles de formation, une coopérative militante pour les associations.

Stéphane: Bonjour. Y aura-t-il des ministres à la marche?
NG: Pour le moment, nous ne savons pas encore. Toutefois, je rappelle qu’Aurélie Filippetti était à la marche de Metz et Najat Vallaud-Belkacem à celle de Lyon. Il ne serait pas surprenant qu’un ou plusieurs ministres passent à la Marche de Paris le 30 juin. Ceci dit, on attend avec impatience les derniers remaniements au sein du gouvernement.

Louis: Y aura-t-il un char GayLib cette année?
NG:
Oui

Johnny: Quelles sont vos relations avec le gouvernement? Participerez-vous directement aux négociations sur l’égalité des droits?
NG: On a sollicité un rendez-vous auprès de Jean-Marc Ayrault pour échanger avec lui sur la question du calendrier et du périmètre des réformes à venir. Nous ne souhaitions pas le solliciter avant de connaître le résultat des élections législatives. Maintenant que nous savons qu’il dispose d’une majorité parlementaire claire, nous pouvons rentrer dans le dur du travail.

La Marche étant la 1ère grande manifestation politique de la mandature, le gouvernement sait qu’il est attendu sur ce sujet-là à ce moment précis.

Une fois la Marche passée, nous relancerons l’ensemble des ministères avec qui nous avions de toute manière l’habitude de travailler.

PC: Après la séquence d’interpellation pour les élections, les associations sont conscientes qu’il reste un travail indispensable d’accompagnement en tant qu’expertes sur les sujets qui nous préoccupent.

Gwen: Bonjour à vous deux et tout d’abord merci pour votre implication dans la cause LGBT. On ne remercie jamais assez les militants… Ma question: Le mois de juin c’est le mois des Marches et nous sommes beaucoup à être attachés à cet événement qui permet à bon nombre de personnes de la communauté (et autre) de converger et de se rassembler au moins une fois par an. Mais ici et là nous entendons des personnes qui voudraient que ces rassemblements soient moins «carnavalesque», plus «revendicatif»… Que pensez-vous de ces critiques?
PC: J’ai l’habitude de dire: pour connaître les marches à Paris et en régions qu’elles ne sont pas si «carnavalesques», elles sont avant tout militantes mais souffrent d’un traitement médiatique partiel voire partial.

La chose indispensable pour que la marche nous ressemble c’est d’y aller comme vous êtes.

NG: C’est pour ça que nous avons lancé avec Yagg l’opération Pourquoi tu marches? sur Dailymotion. Il s’agit de mettre en avant la diversité des marcheurs et marcheuses, la diversité des raisons qui font que l’on marche, que ce soit pour revendiquer ou tout simplement pour s’affirmer. Cette manifestation est unique en son genre.

QueerX: Combien coûte l’organisation d’une marche? Comment êtes-vous financé?
NG: Le financement de la Marche est assuré par les dons des marcheurs et des marcheuses récoltés chaque année à l’octroi Pont de Sully. Chaque année nous récoltons autour de 20000€. La moitié sert à financer des projets inter-associatifs tout au long de l’année et des chars associatifs lors de la Marche de Paris. L’autre moitié sert à faire fonctionner l’Inter-LGBT toute l’année et à payer les frais de la Marche. Bien sûr, certaines prestations sont assurées par des partenaires mais sont gérées indépendamment de la manifestation. C’est le cas du podium de la Marche à la Bastille qui est financé par la Région Ile-de-France et une entreprise d’événementiels.

Laure: Bonsoir. Combien de personnes attendez-vous? Et les passants sont-ils comptés lors du «comptage officiel» de la marche?
PC: On attend au moins 500000 personnes. C’est notre chiffre officiel dans lequel on intègre le public. Quant aux chiffres annoncés par la Préfecture, ils n’intègrent même pas tous les marcheurs. Elle annonçait 36000 personnes comptées en 2011, mais 650000 en 2006. Pour autant nous n’avons pas senti une démobilisation massive des marcheurs, bien au contraire.

Christophe Martet: Attendez-vous une prise de parole forte du Président et/ou du Premier ministre avant ou après la Marche?
NG: Il serait dans leur intérêt de la faire entendre avant la Marche.

PC: Ce serait décevant qu’ils ne profitent pas de l’occasion pour faire des annonces fortes face à l’attente des LGBT.

Thomas: Bonjour, chaque année, les médias relaient la marche mais en ce qui concernent les TV, je trouve que le message reste superficiel voire anecdotique. Ce qui est dommage étant donné la force de ce média. Avez-vous prévu de recentrer le discours média, de briefer les différents portes paroles…
NG: Le traitement médiatique de la Marche a quand même évolué sensiblement dans le bon sens ces dernières années. Nous ne sommes pas les rédactions de TF1 et de France 2, nous ne sommes pas responsables des montages vidéos finaux. Le traitement médiatique depend aussi beaucoup du contexte.

Cette année, avec les perspectives de progression des droits qui n’ont jamais été aussi proches, j’imagine que les médias traiteront en premier lieu de la question des droits.

PC: Le traitement médias ces dernières années a changé par qu’ils arrivent à parler de nos sujets en dehors de la période de la marche, quand l’actualité l’impose, et nous comptons sur le rôle des médias dès la rentrée pour éclairer les Français sur les projets de réforme.

Gwen: En parlant de mobilisation, j’ai appris l’année dernière la façon de compter de la part de la préfecture et nous étions quelques yaggeurs assez choqués. Par exemple, les marcheurs sur les trottoirs ne sont pas comptés or il est fort possible que cela double carrément les chiffres. Avez-vous réalisé des démarches auprès des autorités compétentes pour tenter de changer la donne?
NG: Comme on l’a dit tout à l’heure, la Marche est une manifestation singulière. Pour être réaliste, on ne peut pas appliquer les mêmes règles de comptage pour nous que pour une manifestation syndicale type 1er-Mai. Or ce sont ces règles que la Préfecture applique, notamment depuis 2010, et avec zèle. Nous sommes impatients de voir comment la nouvelle direction de la Préfecture de Police de Paris compte s’y prendre cette année.

stephane75: Bonsoir. Y a-t-il un parrain ou une marraine pour la marche cette année? Avez vous vous essuyé des refus?
NG: Cette année, nous aurons une marraine et un parrain. Vive la parité! À savoir Zabou Breitman et Charles Berling. Ils prennent leur participation très au sérieux et sont impatients d’être avec nous, avec vous.

Yagg: Le chat est maintenant terminé… Le mot de la fin à nos invités.
PC: Merci pour vos questions. Rendez-vous samedi 30 juin, dès 13h, place du 18 juin, à Montparnasse, pour une après-midi militante et joyeuse. L’égalité n’attend plus!

NG: Cette Marche promet d’être exceptionnelle car jamais nous n’aurons été aussi près d’obtenir les droits que nous attendons depuis si longtemps. Notre mobilisation est essentielle pour montrer aux pouvoirs publics notre détermination à conquérir cette égalité et nos droits dans les plus brefs délais. Nous comptons sur vous!

Photo Yagg

Le chat VIH/Actualités bénéficie du soutien du laboratoire MSD France.