L’association de lutte contre les discriminations et de promotion du sport féminin Les Dégommeuses, à l’origine du projet Foot For Love, tire la sonnette d’alarme sur la situation des LGBT en Afrique du Sud. Alors que l’association accueille en ce moment à Paris le club sud-africain le Thokozani Football Club, ainsi que la photographe Zanele Muholi, plusieurs meurtres d’une extrême violence ont eu lieu en Afrique du Sud à l’encontre de personnes LGBT: «Le 23 juin, à une semaine exacte de la Marche des Fiertés 2012, le township de Nyanga (Cape Town – Afrique du Sud) a été le théâtre d’un nouveau crime de haine, indique l’association dans un communiqué de presse. Une jeune lesbienne de 22 ans, prénommée Phumeza, a été abattue par balle dans son propre domicile à cause de son orientation sexuelle. Cet assassinat est le troisième qui frappe la communauté LGBT sud-africaine en moins d’un mois.»

«NORMAL»
La jeune femme a été tuée sous les yeux de sa mère et de sa nièce de 6 ans. «Nous nous inquiétons de voir que cela devient normal pour les lesbiennes de se faire attaquer dans cette région, a déclaré Funeka Soldaat de l’ONG Free Gender. C’est dans ce même quartier que Nontsikelelo Tyatyeka [une jeune lesbienne assassinée à l’automne 2010 et dont le corps n’a été retrouvé qu’un an plus tard dans une benne à ordures] a été tuée parce qu’elle était lesbienne. On dirait que certaines personnes dans la communauté ne veulent pas accepter les lesbiennes. C’est effrayant de voir de jeunes gens se faire tuer brutalement, simplement parce que d’autres ne sont pas à l’aise avec leur orientation sexuelle.»

Au début du mois, lundi 4 juin, toujours à Cape Town, Neil Daniels, 36 ans a été retrouvé mort dans un champ, poignardé, mutilé et brûlé. Des témoins auraient aperçu l’homme se faire agresser deux jours plus tôt. Pour son père, le révérend Casper Edwards Daniels, il est probable que l’homosexualité soit le motif du meurtre, bien que seule sa famille proche ait été au courant. Un homme a été arrêté, Clayton Fillies, âgé de 18 ans.

AUCUN SIGNE DE REMORDS
Le 9 juin, Thapelo Makuthle a été violemment agressé et tué à Kuruman par deux hommes. Il a été quasiment décapité, sa langue a été arrachée et ses organes génitaux coupés et placés dans sa bouche. Sizwe Tajini, un des meurtriers présumés, a été arrêté. Une audience se tenait hier où il a déclaré endosser seul la responsabilité de son crime. Selon les militant-e-s présent-e-s dans la salle, Sizwe Tajini n’a montré aucun signe de remords, tout en adoptant une attitude ouvertement méprisante envers eux/elles. Une audience pour déterminer sa caution aura lieu le 3 juillet. Thapelo Makuthle était âgé de 24 ans et militait à l’ONG LEGBO. Gay et trans’, il avait été récemment couronné Miss Gay Kuruman.

FORCES DE L’ORDRE PEU FORMÉES
Si l’Afrique du Sud est le seul pays d’Afrique à avoir reconnu le droit au mariage pour tous les couples, c’était en 2006, les LGBT sont encore fortement discriminé-e-s, notamment dans les zones défavorisées, que ce soit en milieu rural ou dans les townships. Dans la région du Cap-du-Nord, les violences sont monnaie courante et les forces de l’ordre peu formées à traiter ces affaires. «La police n’est pas digne de confiance. Ils ne savent même pas ce qu’est un crime de haine. Si on leur demande s’il y a un lien avec la sexualité, ils diront non parce qu’ils ne comprennent pas le contexte», déplore Shaine Griqua, directeur du LEGBO. En trois mois, 15 membres de l’ONG ont subi une agression.

SILENCE DU PRÉSIDENT
La chef de l’opposition au Parlement Lindiwe Mazibuko a vivement critiqué le silence du président Jacob Zuma: «Il y a une recrudescence de crimes homophobes qui s’est récemment installée dans notre pays, y compris ces crimes insoutenables et impensables appelés «viols correctifs» commis contre les lesbiennes sud-africaines. Dès aujourd’hui, l’Afrique du Sud a besoin d’un leaderhsip fort du Président Jacob Zuma et d’un signe de son engagement pour assurer à tou-te-s les Sud-africain-e-s qu’ils/elles peuvent vivre sans craindre la violence ou la discrimination.»