Homoparentalité, Société | 26.06.2012 - 11 h 48 | 0 COMMENTAIRES
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Une étude américaine remet en cause l’absence de différences entre les enfants issus de familles hétéros et homos

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Menée par un sociologue texan, cette étude est vivement critiquée par les associations LGBT, qui y voient de nouveaux arguments offerts aux opposant-e-s de l'homoparentalité.

Une nouvelle étude américaine portant sur l'homoparentalité attire tous les regards depuis la publication de ses résultats. Intitulée How different are the adult children of parents who have same-sex relationships? (En quoi les adultes dont les parents ont été en couple avec une personne de même sexe sont différents?) et réalisée par le sociologue texan Mark Regnerus, du New Families Structures Study (NFSS), elle apparaît comme plus rigoureuse dans sa méthode, mais déclenche aussi bon nombre de critiques sur sa portée.

DES ENFANTS D’HÉTÉROS PLUS ÉPANOUIS?
L'étude de Mark Regnerus montre que les adultes ayant vécus leur enfance dans des foyers stables, composés de deux parents hétérosexuels biologiques, ont eu davantage de chances de mieux se développer socialement, émotionnellement, ou encore professionnellement. Ces constats remettent ainsi en cause de nombreuses études montrant qu'il n'existe pas de différences dans l'épanouissement d'un enfant élevé dans une famille hétéroparentale ou dans une famille homoparentale.

L'étude de Mark Regnerus se démarque pour plusieurs raisons, notamment parce qu'elle est représentative au niveau national. L'étude s'appuie sur des témoignages d'adultes issus de 8 structures familiales différentes: IBF: Intact biological family (famille biologique entière), LM: lesbian mother (mère lesbienne), GF: gay father (père gay), Adopté, Divorcé/a obtenu la garde, Parent remarié (belle famille), Parent célibataire, Autres. Selon l'étude, ces 8 catégories permettent de combiner à la fois la relation entre les parents et l'expérience du foyer (stabilité ou bouleversements). En tout, ce sont près de 3000 personnes de 18 à 39 ans qui ont été interrogées. En se fondant donc sur des ressentis d'adultes plus ou moins âgé-e-s, issu-e-s d'États différents et de contextes sociaux variés, l'étude balaie de façon très large les nouveaux schémas familiaux et sur une période très étendue, où les familles homoparentales se construisaient souvent suite à un divorce des parents biologiques.

Il est souvent reproché aux études menées auprès des familles homoparentales de toujours s'adresser à des couples issus d'associations d'homoparents, qui seraient donc capables de porter un discours plus ou moins militant. Cette méthode entraînerait un témoignage biaisé, ce qui remettrait en cause la crédibilité des résultats obtenus. L'étude du NFSS a donc choisi de s'adresser à l'ensemble des structures familiales pour obtenir une diversité dans les types de foyers.

«SCIENCE AU RABAIS»
Auprès des associations LGBT, cette nouvelle étude ne passe pas: «C'est de la science au rabais», a déclaré Herndon Graddick, le président de la Gay and Lesbian Alliance Against Defamation (Glaad). Même son de cloche chez le Family Equality Council qui signale «une méthodologie défectueuse et des conclusions mensongères menées par une idéologie de droite», une accusation fondée notamment sur les financements de l'étude qui proviendraient d'organismes réputés conservateurs (le Witherspoon Institute et la Bradley Foundation).

Plus concrètement, les critiques notent que l'étude compare par exemple les personnes dont un parent aurait eu une relation avec quelqu'un du même sexe et celles ayant vécu avec des parents biologiques mariés. «Ça n'a rien à voir avec le fait d'être élevé-e par des lesbiennes ou des gays», déplore Philip N. Cohen, professeur de sociologie à l'Université du Maryland.

Enfin, publiée elle aussi en juin, la suite de l'étude réalisée par Nanette Gartrell et Henny Bos, chercheuses américaines en psychologie de l'enfant, sur les enfants élevé-e-s par des mères lesbiennes, montre une fois encore qu'il n'y a pas de différences dans le développement psychologique des enfants né-e-s et élevé-e-s dans des familles homoparentales. En 2010, elles s'étaient intéressées à l'adaptation psychologique des enfants (lire Les mères lesbiennes seraient de meilleurs parents), cette année aux modèles masculins (ou à leur absence).

UN MODÈLE FAMILIAL PARFAIT?
Si certain-e-s accusent cette étude d'être contre l'homoparentalité, et donc d'être elle aussi biaisée, il est hors de questions pour le sociologue Mark Regnerus de diaboliser les homoparents: «Ce n'est pas une question de parentalité. Beaucoup de parents homos sont manifestement excellents». La NFSS se défend de faire de la politique en traitant le sujet de l'homoparentalité. Et d'autres sociologues vont dans ce sens: «Ces résultats – comme tout résultat d'une étude sociale – ne devraient pas être utilisés pour restreindre les droits civils d'un groupes d'individus», maintient Paul Amato un sociologue de l'Université de Pennsylvanie qui s'est déjà penché sur l'homoparentalité, dans une étude publiée en ligne le même jour, tout en soulignant l'importance de l'étude de Mark Regnerus dans la compréhension des environnements familiaux.

Mais au-delà des opinions des détracteurs/trices et des partisan-e-s, les résultats de cette étude montrent surtout qu'au delà de la diversité des nouveaux schémas familiaux, il existe un problème qui touche l'ensemble des familles, qu'elles soient homoparentales ou hétéroparentales: «Les familles américaines sont instables, pour des raisons qui ont plus à voir avec la pauvreté, la santé et l'éducation, qu'avec la sexualité», souligne Belinda Luscombe sur le site Healthland du Time.

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Journaliste de Yagg.
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