Dyke Eyes: c’est le titre de la nouvelle exposition signée Emilie Jouvet, visible jusqu’au 9 septembre à la librairie Violette and Co, à Paris (102, rue de Charonne, dans le 11e) – vernissage ce vendredi 22 juin, à 19h.

Nous avons demandé à la photographe et réalisatrice (One Night Stand, Too Much Pussy!) de choisir et de commenter quelques-unes de ses œuvres. C’est beau, tout simplement.

À noter qu’Emilie Jouvet sera présente au Festival Off des Rencontres Internationales de la photographie d’Arles, du 4 au 12 juillet prochain.

«Erin», Monster Ronson, Berlin 2011
«C’était à Berlin, lors de la soirée de clôture du Porn Film Festival au club Monster Ronson. J’étais triste ce soir-là car je n’étais pas retournée à Berlin depuis ma rupture avec ma copine, et mes amies berlinoises qui n’étaient pas au courant n’arrêtaient pas de me demander de ses nouvelles. J’ai remarqué une fille dans la foule, très belle, avec un style dandy vintage hors du commun pour Berlin, qui m’observait de loin. Une Fem et une Butch se trouvent toujours, même dans une assemblée de 1000 lesbiennes déchaînées. Elle s’appelait Erin, et venait d’arriver de Londres. On a passé la soirée à flirter et danser ensemble, elle me fixait de ses yeux bleu turquoise en me tenant très fort serrée contre elle. À la fin de la nuit, on s’est assises dans un coin tranquille. Elle m’avoua alors qu’elle avait le cœur brisé, car sa copine venait de la quitter. Elle m’a prise dans ses bras et on est restées comme ça, étrangement tristes et heureuses, au milieu de la fête. Je l’ai prise en photo avant de partir.»

«Marion in bed», Bourgogne, 2010
«C’était dans une maison de campagne en Bourgogne, un shooting photo de mode pour le magazine lesbien la Dixième Muse. Dans la petite chambre, autour de Marion, hors cadre, tout le staff est entassé contre les murs: maquilleuse, stylistes, assistantes, etc. Et pourtant quand j’ai pris cette photo, à cet instant précis, c’était comme s’il n’y avait qu’elle et moi.»

«Wendy Smoking», UEEH, Marseille, 2007
«C’était à Marseille, en plein été, lors des Universités d’Été Euroméditerranéennes des Homosexualités. Nous étions logées dans la cité U du campus de Luminy, dans de petites chambres vétustes. Il faisait une chaleur à crever, même la nuit. Ce soir-là il y avait une fête en plein air, et Wendy essayait de se maquiller sous le néon du coin salle de bain. Elle portait ma nuisette à balconnets, et avait l’intention d’être sexy en utilisant fièrement tous les artifices de la féminité, malgré les regards méprisants de certaines festivalières. Il y a quelques années, ce n’était pas évident d’aller à des soirées militantes avec des talons et du rouge à lèvres.»

«Kiss On The Grass», Square Édouard Vaillant, Paris 2006
«C’était à Paris, un soir de printemps. À la tombée du jour, nous avons pénétré dans un petit parc juste avant qu’ils ne ferment les grilles. Je ne sais plus comment c’est arrivé, mais mes amies se sont retrouvées par terre, à rire et s’embrasser joyeusement en écrasant les plantations. Ça sentait bon l’herbe humide. J’ai allumé mon flash et je les ai épinglées en pleine action, comme des papillons de nuit.»

Photos Emilie Jouvet