Contre le VHC (virus de l’hépatite C), il n’existe pas de vaccin. Et le traitement standard consiste en une bithérapie d’interféron et de ribavirine. Le traitement, qui dure plusieurs mois et est très contraignant, permet une guérison complète chez une proportion de plus en plus nombreuse de patients. Mais les chances de guérison sont moindres chez les patients co-infectés par le VHC et le VIH.

«JE VEUX GUÉRIR»
Xavier est gay et séropositif pour le VHC et pour le VIH. Depuis février dernier, après une première tentative infructueuse, il décide de recommencer un traitement contre le VHC. «C’est un traitement très lourd, avec de nombreux effets secondaires. Mais je veux guérir», confie-t-il à Yagg au téléphone. Chaque semaine, il s’auto-administre sa dose d’interféron pegylée (une forme plus puissante de l’interféron), grâce à ViraferonPeg, un stylo injecteur commercialisé par le laboratoire Merck. Pendant plusieurs mois, pas de problème. Puis à deux reprises, le 16 mai et le 29 mai dernier, le stylo semble ne pas fonctionner et Xavier a l’impression que les effets secondaires ne sont pas aussi importants. Inquiet, Xavier appelle le numéro vert mis en place par Merck. «J’ai eu l’impression de parler à un mur», dit-il. Il se souvient alors d’un article paru dans Libération en février 2012 et qui faisait état d’un dysfonctionnement du stylo.

UN LANCEUR D’ALERTE
Le lanceur d’alerte est le Pr Albert Tran, hépatoloque à Nice. Dès le début 2011, il avait constaté que dans sa file active de patients, les malades sous ViraferonPeg répondaient moins bien à ce traitement par rapport à ceux qui prenaient le traitement équivalent d’un autre laboratoire, administré lui par une seringue. Avant de contacter le laboratoire, Albert Tran examine le stylo injecteur. Il expliquera plus tard à Ian Philippin, le journaliste de Libération: «J’ai regardé ce stylo de plus près, je l’ai étudié en long, en large et en travers. J’ai constaté qu’en effectuant certaines manœuvres, il peut se bloquer. Il peut également ne pas injecter la dose, sans que l’infirmière ou le patient s’en rendent compte.»

Se souvenant de cet article, Xavier ouvre et examine lui aussi les stylos et constate que du produit est resté dans le stylo du 16 mai (à gauche sur la photo), alors que le stylo du 23 mai –  qui avait fonctionné correctement (à droite sur la photo) est vide.

Suite à l’article de Libération, l’Agence nationale de sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) avait organisé le 23 février dernier une réunion de concertation avec les associations de patients, les professionnels de santé, l’équipe du Pr Tran et le laboratoire Merck. Il en était ressorti que les patients et les médecins devaient être mieux informés des précautions d’usage de prise du médicament.

Mais visiblement, le message n’est pas suffisamment passé et le témoignage de Xavier apporte une nouvelle fois la preuve que le stylo injecteur peut poser problème. Ne trouvant pas d’information auprès du laboratoire ou de l’équipe soignante, Xavier décide d’alerter Act Up-Paris et Yagg. Dans un communiqué de presse du 11 juin (dans lequel le prénom du témoin a été modifié), l’association de lutte contre le sida demande au laboratoire de changer le dispositif d’injection et réclame une meilleure prise en compte des dysfonctionnements par l’ANSM.

LE LABORATOIRE DOIT REVOIR LES NOTICES
Cette dernière n’a pas tardé à réagir. En date du 14 juin, elle publie un Point d’information très détaillé, qui nous a été communiqué par le laboratoire, contacté de son côté. D’une part, l’Agence rappelle que la réunion du 23 février avait «mis en évidence la relative complexité d’utilisation du stylo injecteur et la nécessité, dans un premier temps, de revoir les conditions de formation et d’information des personnels infirmiers et des patients, à la manipulation du stylo injecteur ViraferonPeg».

Mais elle va plus loin. Puisque c’est l’Agence européenne du médicament (EMA) qui a délivré l’autorisation de mise sur le marché, c’est vers elle que s’est tournée l’ANSM. L’EMA demande une simplification et une clarification des brochures d’information des patients. Puis, au détour d’une phrase, on peut lire: «le laboratoire devra modifier la conception du stylo». Merck a jusqu’à la fin de l’année pour le faire. Si l’ANSM use d’un langage diplomatique pour évoquer cette affaire, l’obligation de modifier le dispositif semble bien être la preuve que les dysfonctionnements n’étaient pas uniquement le fait de patients «maladroits».

Sans attendre la fin de l’année, le laboratoire a soumis de nouveaux documents d’information plus adaptés aux patients et aux professionnels. Ces documents devraient être visés par les associations et les représentants des professionnels de santé. Du côté d’Act Up-Paris, on salue cette première avancée obtenue. Xavier, que nous avons contacté hier pour l’informer de la lettre d’information de l’ANSM, semblait soulagé au téléphone. Il attend toujours avec anxiété les résultats de ses examens. Pour l’instant, sa charge virale hépatique est indétectable. Et il espère que la guérison sera au bout de ce long chemin (il doit encore suivre ce traitement jusqu’en février prochain) semé d’effets secondaires.

Pour plus d’informations sur l’hépatite C, sa prévention, les traitements, voir le site Hépatites Infos Service.

Capture d’écran hepatoweb.com

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