Jeudi 14 juin, Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales et de la Santé, a annoncé qu’elle souhaitait mettre fin à l’exclusion des hommes homosexuels du don du sang. Tout en précisant: «On peut et on doit revoir cette politique. La sécurité doit être assurée, il n’est pas question de prendre le moindre risque en termes de transfusion, mais le critère ne peut pas être l’inclination sexuelle.»

«LA PREMIÈRE BÊTISE DE MARISOL TOURAINE»
Une semaine plus tard, dans Libération, le journaliste Éric Favereau se demande si cette annonce ne constituerait pas «la première bêtise de Marisol Touraine» dans un article au titre plutôt maladroit: «Don du sang pour les gays: l’égalité des droits, facteur de risque?». Et le journaliste de convoquer pour étayer son propos «une épidémiologiste de renom» mais dont on ne connaîtra pas l’identité et qui explique que, s’agissant du don par les homosexuels, le «risque existe» sans que le donneur ne soit au courant de sa séropositivité. Puis le journaliste donne la parole à deux présidents de Aides (Christian Saout et Bruno Spire), une association qui s’est prononcée contre l’ouverture du don du sang aux homosexuels.

PLUSIEURS PAYS AUTORISENT LE DON DU SANG
C’est un peu court. Libération aurait aussi pu faire un état des lieux des pays qui ont ouvert, sous certaines conditions strictes, le don du sang aux homosexuels. Des pays tels que l’Australie, le Royaume-Uni et la Suède acceptent les gays et bisexuels, mais uniquement ceux qui n’ont eu aucune relation homosexuelle pendant au moins un an.

Libération aurait pu aussi citer cette étude fort intéressante de l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui avait été publiée sur vih.org et que nous avions reproduit sur Yagg (lire Exclusion des gays du don de sang: qu’en dit l’épidémiologie?). Les auteures, deux «épidémiologistes de renom», Caroline Semaille et Josiane Pillonel écrivent: «Une étude anglaise datant de 2009 a établi que le risque additionnel en cas d’exclusion des donneurs gays abstinents depuis plus de 12 mois était compris entre un don VIH supplémentaire tous les 455 ans et 1 don tous les 21 ans, par rapport au risque en cas d’exclusion permanente. C’est sur la base de cette nouvelle évaluation que les autorités sanitaires anglaises ont pris la décision d’autoriser, à partir du 7 novembre 2011, le don de sang aux HSH [hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes] abstinents au cours des 12 mois précédant le don.» En France, nous n’avons toujours pas conduit ce type d’études.

QUE SERA LA LOI?
On ne connait pas encore très bien les contours de la future loi ouvrant le don du sang aux gays. Les associations qui militent en ce sens insistent toutes sur la sécurité des dons et sur les droits des receveurs. Le collectif qui s’est créé sur la communauté Yagg, il y a quelques mois, s’appelle d’ailleurs: Tous Receveurs Tous Donneurs. Dommage que Libération n’ait pas choisi de traiter de cette question complexe de façon plus approfondie.

Photo montuno