C’est un euphémisme, on en a pas fini avec l’homophobie, latente ou non, dans le footbal et le sport en général. Polémique à l’Euro après des propos plus que limites d’Antonio Cassano, l’attaquant de la Squadra Azzura, l’équipe nationale d’Italie.

«Je suis sincèrement désolé que mes propos aient soulevé la controverse et les protestations d’associations des droits homos». Antonio Cassano, lors d’une conférence de presse, mardi, a présenté des excuses après la blague douteuse proférée la veille.

Interrogé sur la présence, selon le présentateur télé Alessandro Cecchi Paone, de deux joueurs gays et de deux «métrosexuels» dans l’équipe italienne, Antonio Cassano avait répondu:

«S’il y a des pédés c’est leur problème, j’espère qu’il n’y en a pas dans l’équipe nationale. Mais s’ils sont pédés, c’est leur affaire. Y en a-t-il? Je ne sais pas».

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur VIDEO Cassano: ‘Gay in nazionale? problemi loro’

«L’homophobie n’est pas un sentiment qui m’anime, a-t-il tenté de rattraper depuis. Je n’ai voulu blesser personne et ne voulais certainement pas remettre en question le fait de vivre librement sa sexualité chez qui que ce soit. J’ai juste dit que ce n’était pas mon problème. Je ne me permets pas de juger les autres, chacun mérite le respect.»

En Italie, le néologisme existe depuis un certain temps, les «Cassanate» (traduire par «stupidités»): Antonio Cassano est un habitué des blagues vaseuses.

L’affaire a fait réagir au-delà de l’Italie, où les associations dénoncent «l’arrogance et l’irresponsabilité» du joueur. «Mélanger sport et homophobie fait passer un message dangereux, surtout chez les jeunes, s’inquiète ainsi Fabrizio Marrazzo, de l’organisation Gay Center. Cassano a montré qu’il n’avait pas de respect, non seulement du point de vue sportif mais également humain, pour tous ceux qui le suivent et le considèrent comme un grand joueur.»

De son côté, l’association française Paris Foot Gay a publié une lettre ouverte à Michel Platini, président de l’Union européenne des associations de football (UEFA), l’instance dirigeante du football en Europe. «Le joueur italien, Antonio Cassano vient de s’excuser publiquement de ses propos homophobes, cela est-il suffisant?, interroge Paris Foot Gay, soulignant que ces excuses ont été prononcées sous la pression des associations militantes. (…) Que dirions-nous s’il avait déclaré: J’espère qu’il n’y a pas de “nègre” dans mon équipe mais je ne suis pas raciste!».

Et de rappeler que l’UEFA n’a pas réagi aux propos de l’entraîneur du Real Madrid, Jose Mourinho, qui, en février, traitait de «pédés» les organisateurs d’un match opposant son club au CSKA-Moscou (lire José Mourinho parle de «pédés», le Paris Foot Gay saisit l’UEFA).

«Pourtant lors des conférences FARE [‪football contre le racisme en Europe‬, ndlr] qui se sont tenues à Bruxelles et à Rome, votre conseiller Monsieur William Gaillard n’a cessé de déclarer que l’UEFA lutte contre l’homophobie. Nous voudrions donc savoir ce que fait concrètement l’UEFA, tant en terme de prévention que de répression à ce propos», insiste l’association.

«Nous demandons à l’UEFA qu’elle prenne enfin ses responsabilités, qu’elle sanctionne ce joueur, qu’elle enquête enfin sur les déclarations de M. Mourinho comme elle s’y était engagée, conclut-elle. Il ne suffit pas d’inscrire “RESPECT” sur les maillots des joueurs, il faut inscrire ce mot dans votre politique et dans vos règles.»