Tous les ans, près de 3000 gays deviennent séropositifs en France. C’est d’ailleurs le seul groupe dans lequel le nombre de nouvelles infections ne diminue pas. Après des décennies de campagnes sur le préservatif, le paysage de la prévention change. Traitement des personnes atteintes, dépistage, traitement préventif des séronégatifs… les outils se diversifient. Avec toujours le même objectif: faire baisser le nombre de nouvelles contaminations.

LE TRAITEMENT COMME OUTIL DE PRÉVENTION
On sait aujourd’hui que traitées efficacement, les personnes séropositives réduisent considérablement le risque de transmission du VIH. Par ailleurs, des essais chez les hétérosexuels et aussi chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes (Iprex, Partners) ont montré que prendre un traitement préventif avant les rapports sexuels permet de réduire le risque de transmission. Du côté des associations, on met le paquet sur le dépistage, Aides poursuit sa campagne «Juste un doigt» et Sidaction a mené au printemps la semaine Flash Test, pour inciter au dépistage les gays d’Ile-de-France. Le tout grâce aux tests rapides qui délivrent un résultat en quelques minutes.

Le Conseil national du sida (CNS) réunissait le lundi 11 juin les experts de la lutte contre l’épidémie pour débattre de la PrEP (Prophylaxie pré exposition). Act Up-Paris organise une Assemblée générale des PrEP jeudi 14 juin, le Tango un débat sur la prévention le mardi 19 juin. On aura rarement autant parlé de prévention dans le milieu gay. Il faut dire que les choses s’accélèrent. Depuis janvier, l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) conduit un essai d’envergure, Ipergay, pour mesurer l’efficacité éventuelle d’un traitement pour prévenir la transmission du VIH.

QUESTIONNAIRE SUR LES NOUVEAUX OUTILS DE PRÉVENTION
Aujourd’hui, c’est au tour du Syndicat national des entreprises gaies (Sneg) de lancer une enquête en ligne sur la perception qu’ont les gays de ces nouveaux outils – validés ou à l’essai – en matière de prévention. Le questionnaire proposé permettra selon les auteurs de cette étude de renouveler les messages de prévention.

Antonio Alexandre, directeur du Sneg prévention, a bien voulu répondre à nos questions.

Pourquoi lancer cette étude sur la connaissance et la perception des outils de prévention? Cette étude entre dans le cadre de notre appel à projet Inpes 2010/2013. Nous avons déposé plusieurs projets de recherches dans le cadre de nos actions de prévention, certaines réalisées sur le net ont été confiées au sociologue Philippe Adam (IPSR) et un volet d’études qualitatives sous forme de focus groupe dans les établissements est confiée à David Friboulet et Dominique Rolland (Psyform).

Notre préoccupation est toujours de tenter de se caler sur la réalité de terrain et de comprendre les besoins et l’évolution des attentes des gays vis-à-vis de la prévention du VIH et des IST.

Aujourd’hui, il s’avère que nous sortons cette étude prévue de longue date, mais que nous avons dû ajuster jusqu’à la dernière minute, face à l’actualité autour de l’essai français Ipergay et plus globalement dans le contexte international des recommandations d’experts en faveur d’une prophylaxie pré-exposition au VIH pour les personnes séronégatives.

Qu’est-ce qui a changé ces derniers mois? L’essai Ipergay avait fait l’objet d’une préconsultation communautaire importante, mais avec un recueil de points de vue essentiellement associatif. Il nous paraissait crucial de tenter de mieux connaitre la représentation et la perception des gays séronégatifs. Sont-ils prêts à cette prévention combinée? Ont-ils toutes les cartes en mains pour en comprendre l’impact sur leur propre santé? Capote ou pilule? Capote et pilule? Le grand défi de ces recherches biomédicales, c’est le pari de la non-modification des comportements car il nous apparaît difficile de ne pas forger la PrEP dans un discours de prévention alternatif. Notre enquête souhaite faire un état des lieux mais doit permettre aussi une approche prospective sur d’éventuels nouveaux outils de prévention, qui à ce jour font toujours débat quant à leur efficacité.

Sur quoi précisément porte le questionnaire? Le questionnaire comporte des questions sur les pratiques sexuelles, la capote et la réduction des risques, ainsi que sur les opinions et connaissances des hommes gays et bisexuels sur les traitements antirétroviraux, la charge virale indétectable, le TPE [Traitement postexposition], et la PrEP. En répondant à l’enquête, les participants nous aident à mieux définir nos futurs programmes de lutte contre le sida.

Participer à l’enquête apporte aussi des bénéfices personnels. En fin de questionnaire, chaque participant reçoit un retour sur ses réponses.

Qu’attendez-vous des résultats de cette enquête? L’objectif de l’étude est de cerner la façon dont les participants perçoivent la capote et les nouvelles biotechnologies contre le VIH et de savoir si les biotechnologies contre le VIH ont ou pourraient avoir des conséquences dans la vie personnelle des gays. L’enquête apportera des données cruciales qui permettront de faire un état des lieux de la prévention et de recadrer le débat actuel qui oppose trop souvent la prévention comportementale à la prévention biomédicale.

Combien de temps va durer l’enquête et quand comptez-vous publier des résultats? Les participants sont invités à répondre dès à présent et l’étude restera en ligne pour une durée de trois mois. Les résultats seront publiés à la rentrée 2012.

Concrètement, qu’allez-vous faire des résultats? L’étude permettra à la recherche de produire des connaissances qui informeront nos programmes de lutte contre le sida et qui nous permettront de créer de nouvelles générations de campagnes d’information sur les biotechnologies contre le VIH. Plus généralement, les résultats de l’enquête contribueront à la création d’un cadre de connaissances et de références utilisables par l’ensemble des acteurs de la prévention.

Pour répondre à cette enquête confidentielle, cliquez sur Capote et Pilule, quel futur pour la prévention du VIH