Culture & Loisirs
Télé | 11.06.2012 - 12 h 21 | 12 COMMENTAIRES
Ce soir à la télé: «Histoire(s) d’homos», sur France 3
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Cinquante-deux minutes inédites pour retracer l'histoire des gays depuis plus de 30 ans. Ambitieux, foisonnant et un peu frustrant.

France 3 programme ce soir, à 23h05, Histoire(s) d’homos, un documentaire inédit réalisé par Sylvain Bergère et écrit par Goa & Voto à qui l’on doit Le Gai Tapant sur Jean Le Bitoux, le fondateur de Gai Pied.

OÙ SONT LES FEMMES?
Arrêtons-nous d’abord sur son titre: Histoire(s) d’homos. Mais où sont les femmes?, pourrions-nous nous interroger façon Patrick Juvet. En effet, les lesbiennes sont les grandes oubliées – et c’est fort regrettable – de ce 52 minutes qui prend comme point de départ la loi du 4 août 1982, portée par Robert Badinter, abrogeant l’article 331-2 du code pénal, hérité du code de Vichy, qui prévoyait des peines correctionnelles pour tout acte «impudique ou contre-nature» commis avec un mineur du même sexe. Ce que l’on appelle aujourd’hui la «dépénalisation de l’homosexualité».

LA PETITE ET LA GRANDE HISTOIRE
Histoire(s) d’homos évoque donc l’Histoire avec un grand H (grâce aux excellentes analyses du juriste Daniel Borrillo et à une savoureuse sélection d’images d’archives), mais aussi l’histoire avec un petit h à travers les entretiens menés avec 6 gays, âgés de 22 à 98 ans. Certains visages ne nous sont pas étrangers, comme celui de Rudolf Brazda, dernier déporté connu pour motif d’homosexualité, disparu en août dernier, et qui témoigne du calvaire qu’il a vécu. Ou encore celui de Louis Dupont, réalisateur, entre autres, des Garçons de la plage.

Cinquante-deux minutes pour évoquer 6 destins, c’est court, et la frustration nous gagne au fur et à mesure que le documentaire avance. Car il y a de beaux moments dans ses témoignages. Comme lorsque Didier (photo), 54 ans, séropositif depuis fin 1984, raconte les premières années du sida et comment l’insouciance a laissé place à la peur, le tout avec une franchise et une dignité qui forcent le respect. Ou encore quand Alain, 81 ans, en discussion avec sa sœur, sent bien que cette dernière a encore du mal, après toutes ces années, à prononcer le mot «homosexuel» pour parler de son frère. Le poids des non-dits, les relations avec la famille, mais aussi les lieux de drague, les premiers établissements gays et l’émergence de médias communautaires (Gai Pied, Fréquence Gaie), tout ceci est bel et bien évoqué… mais à une vitesse folle. Qui trop embrasse mal étreint.

DEVOIR DE MÉMOIRE
Histoire(s) d’homos pose les bonnes questions, notamment en se demandant si l’homophobie en 2012 est si différente que celle vécue ou ressentie par nos témoins il y a 30 ans ou plus. À ce titre, le plus jeune d’entre eux, Alexandre, 22 ans, explique qu’avant de s’affirmer pleinement, il a mené une «double vie» en se faisant passer pour hétéro. Mais à naviguer entre le général et le particulier, le documentaire s’y perd un peu, et nous avec. Reste le mérite premier de ce film-somme: proposer des ponts entre les générations pour montrer que les vies d’aujourd’hui ont un devoir de mémoire envers celles d’hier.

Photo Capture d’écran

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Directeur de la rédaction de TÊTU
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LES réactions (12)
  • Par Red 11 juin 2012 - 12 H 27
    Avatar de Red

    Où sont les femmes? Décidément, les grandes absentes de l’Histoire écrite par les hommes…

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  • Par gwen 11 juin 2012 - 13 H 10
    Avatar de gwen

    @red LA BARBE !!!!!!!!!! ;-)

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  • Par liliana 11 juin 2012 - 22 H 54

    je me suis aussi faite la réflexion, même pas une seule femme…

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  • Par Edonis 12 juin 2012 - 0 H 06

    Donc les lesbiennes ne sont pas des homos ? Ah oui, en fait elles sont des asociales…

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  • Par WillTMG 12 juin 2012 - 11 H 49
    Avatar de WillTMG

    Si vous aviez lu l’interview des gens qui ont fait ce doc sur un autre média LGBT (Têtu), vous sauriez pourquoi il n’y a pas de femme, je cite donc :

    « Votre film apporte uniquement un regard masculin sur l’histoire de l’homosexualité en France?

    Goa: Ce choix a été immédiat. Nous ne souhaitions pas être consensuels. C’était un format de 52 minutes pour une histoire très dense et nous ne voulions pas tricoter une égalité factice entre hommes et femmes, qui ont chacun des problématiques différentes. Les femmes, nous l’espérons, ce sera pour un autre épisode. Elles en méritent un à elles seules ! Et on y travaille… »

    Bref avant de râler, on se renseigne…

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  • Par Yannick Barbe 12 juin 2012 - 12 H 07
    Avatar de Yannick Barbe

    @will080587
    Cela n’enlève absolument rien au fait que l’on trouve cela regrettable, comme si les luttes communes n’avaient jamais existé. Et pourquoi ne pas avoir alors titré Histoire de gays?

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  • Par Yann 12 juin 2012 - 14 H 22
    Avatar de Yann

    Le film est bien réalisé. Il donne toute la parole aux témoins. J’attends avec impatience son pendant sur les lesbiennes.
    Dans les étapes historiques, nous nous rappellerons que De Gaulle et son gouvernement d’après guerre ont pris soin de maintenir les lois homophobes de Vichy. Cela devrait amener une réflexion parmi les politiques qui se revendiquent gaullistes. Et nous fêterons les 30 ans de la dépénalisation sous Mitterrand le 4 août prochain.

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  • Par WillTMG 12 juin 2012 - 15 H 16
    Avatar de WillTMG

    @Yannick Barbe

    Peut-être parce que « gays » même s’il est utilisé souvent est un anglicisme ? En tant que lesbienne, je préfère un « tome » sur chaque sexe plutôt qu’un seule sur les deux qui soit bâclé. L’histoire des lesbiennes est aussi très liée à celle de la libération de la femme contrairement à l’histoire des gays.

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  • Par Yannick Barbe 12 juin 2012 - 15 H 52
    Avatar de Yannick Barbe

    On souffre suffisamment de cette vision binaire de l’histoire (avec, comme par hasard, les hommes qui gagnent toujours à la fin) pour ne pas en rajouter dans un documentaire. Une histoire comparée des gays et des lesbiennes, ça aurait eu de la gueule, mais c’est peut-être too much pour la télé française, même à 23h05.

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  • Par marietherese 12 juin 2012 - 16 H 17
    Avatar de

    pas vu (trop tard pour moi) mais j’essaierai de le voir sur le site si c’est possible

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  • Par sco 12 juin 2012 - 18 H 27

    @WillTMG
    On pourrait se dire, oui tant mieux ils vont en faire un sur les lez ensuite. On pourrait. Sauf qu’hier soir quand on regardait la réaction des gens sur les réseaux sociaux c’était : « tiens c’est sympa un reportage sur l’histoire des LGBT ». Quand de façon très claire la seule lettre qu’on explorait c’était la G. Du coup la visibilité est uniquement sur les Gays et l’impression est qu’elle est sur toute la communauté. Je pense que l’une des raisons de cela c’est que les scénaristes du doc n’ont pas fait éditorial dans le documentaire lui même.
    A la fin du doc on arrivait au résultat inévitable en la forme de cette perle :
    « Les droits des homos rejoignent aujourd’hui les droits des femmes. » C’était à en pleurer de rire. Mais ça vient du fait qu’ils n’ont pas explicité le choix de se concentrer sur les hommes homos.

    Plus encore, le choix de ne conter l’histoire(s) que de G, pour quiconque a étudié un peu, lu un peu sur la communauté c’est faire fi de toutes les tensions/relations d’entraides/animosités/travail identitaire commun ou en antagonisme qui ont profondément modelé les LGBT. A plusieurs moment du doc, on avait envie de dire aux scénaristes : bah oui mais là faudrait parler de l’influence des Trans* pour comprendre ça, ou là il faudrait parler des Lez pour comprendre ça. C’est faire fi de toute l’histoire de la misogynie et de la transphobie dans la communauté LGBT que de travailler comme ça. C’est peut être un choix…

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  • Par Chris 12 juin 2012 - 21 H 33

    Pour moi ce documentaire m’a semblé vide voire superficiel… même si les analyses de Daniel Borrillo apportent un peu de chair, je n’ai pas été touché par les différents témoignages trop brefs pour moi… Trop ambitieux sans doute de traiter un sujet aussi vaste même s’il ne concerne que les gays (hommes) en si peu de temps… une mise en bouche un peu amer.

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